×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Economie

Le risque-pays Maroc vu par l’AFD
Attention à la justice économique!
Entretien avec Jerôme Sgard, chercheur au Cepii

Par L'Economiste | Edition N°:2373 Le 02/10/2006 | Partager

. Les règles de droit sont à la traîne. Point positif : le renouvellement de la politique sociale. L’Economiste: Quel principal enseignement doit tirer un investisseur de votre dernier rapport sur le risque-pays du Maroc ?- Jérôme Sgard: Deux leçons me semblent importantes. D’une part, la stabilité macroéconomique, la qualité du système bancaire, la relative visibilité de la stratégie économique donnent une stabilité et donc une prévisibilité au Maroc. D’autre part, il y a encore des faiblesses en termes par exemple de formation de la main-d’œuvre, de respect des règles de droit sur le plan microéconomique, de diversification et de densité du tissu entrepreneurial. . Qu’est-ce qui vous pousse à affirmer que le Maroc a peu de chance aujourd’hui d’accéder au statut d’économie émergente?- Il n’y pas de «statut» d’économie émergente à proprement parler, même pas de définition claire de cette catégorie. Ce que je veux dire, c’est que le Maroc ne me paraît pas sur une trajectoire de haute croissance, à forte composante industrielle, reposant sur l’expansion rapide d’une main-d’œuvre salariée et des niveaux d’investissement massifs. En appuyant le trait, ce n’est ni l’Angleterre du début du XIXe siècle, ni l’Allemagne, le Japon ou les Etats-Unis de la fin de ce même siècle, ni enfin la Chine, la Corée ou la Malaisie des dernières décennies, ou même le Brésil ou la Pologne. C’est-à-dire autant de modèles de développement qui sont très durs socialement, qui imposent des tensions fortes à la société, comme en témoigne le caractère autoritaire de plusieurs de ces exemples. . Quelle évolution voyez-vous alors pour l’économie marocaine?- Je ne veux pas dire en revanche que le Maroc n’a pas d’avenir dans la globalisation, ou qu’il serait condamné à la marginalisation économique et sociale – loin de là. Au contraire il a de vrais atouts, qu’il a su développer méthodiquement, sur la durée, depuis une quinzaine d’années : on en voit aujourd’hui les résultats, même s’ils ont été lents à venir. Mais le Maroc restera sans doute sur un modèle de croissance plus progressif, peut-être plus exposé aux chocs externes, mais aussi plus soft socialement que la Chine, pour prendre l’exemple extrême. Il me semble d’ailleurs que beaucoup de Marocains sont attachés à préserver nombre de traditions et d’équilibres sociaux qui contribuent à la richesse de cette société, même si elles peuvent être parfois un élément de freinage en termes de pure performance économique. C’est le message que contenait ce rapport. Au-delà, la capacité à discuter franchement des problèmes de la société, à avoir des débats critiques et à avancer méthodiquement est un grand atout, qui doit être développé. Il permet de construire un consensus sur ce qui va et ce qui ne va pas, et de se donner un certain nombre d’objectifs à moyen terme sur laquelle la majorité est d’accord. Ça fait un peu politiquement correct de dire les choses comme cela, mais c’est décisif à terme. Une société doit se connaître elle-même pour progresser. Par exemple, je suis très impressionné par le renouvellement des politiques sociales engagées ces dernières années et par l’ouverture intellectuelle dont elle témoigne. Je pense qu’à terme, tout ceci aura aussi des bénéfices économiques. J’aimerais parfois que dans mon pays, la France, on montre autant d’ouverture. Un autre exemple est la Tunisie: ce pays, plus riche économiquement que le Maroc, n’a pas du tout aujourd’hui cette souplesse ou cette ouverture, face aux défis actuels. C’est pourquoi, en regardant non pas le niveau mais la tendance à moyen terme, je serais beaucoup plus réservé sur ses perspectives. . Dans quel compartiment de son économie le Maroc doit-il redoubler d’effort pour accélérer son développement?- Je suis assez sceptique sur un discours économique qui tend à choisir tel ou tel secteur économique, et à penser qu’il n’y a d’avenir que là. Généralement, comme en France d’ailleurs, on n’en finit pas avec les discours bavards sur la «nouvelle économie» ou les technologies de l’information. Le genre de choses qu’on entend dans tous les pays du monde. J’aurai tendance à penser qu’il faut partir des acquis les plus prometteurs, comme le tourisme, l’agroalimentaire ou les délocalisations de services par exemple, et puis les soutenir; et, surtout, jouer en amont des secteurs : l’éducation, le social, les infrastructures. Enfin, un enjeu me paraît décisif pour soutenir une économie de marché dynamique et raisonnablement équitable : les règles de droit et la justice économique.  A long terme, quand la croissance se complexifie, dans un pays qui veut s’ouvrir à des échanges plus riches, c’est un enjeu majeur. Ici, les progrès sont toujours lents, mais ils doivent être poursuivis sans relâche. C’est aussi comme cela que l’économie de marché, qui est souvent inéquitable, peut être plus facilement acceptable. Si ses profits vont à ceux qui ont des relations ou des amis bien placés, les critiques viendront tôt ou tard, et elles pourront être redoutables. La réponse, c’est pour une bonne part le droit et la justice. En un mot: la même règle pour tout le monde. Et bien sûr, cette règle du jeu économique n’est pas non plus indifférente sur le plan politique. Le lien est très fort entre les deux champs. Propos recueillis par Bachir THIAM

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc