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«Le mélange des religions est formidable à Essaouira»
Entretien avec Eliette Abécassis, écrivain

Par L'Economiste | Edition N°:3359 Le 10/09/2010 | Partager

L’auteure du roman «Sépharade» (cf.www.leconomiste.com), Eliette Abécassis, d’origine marocaine, était récemment en déplacement au Maroc, plus précisément à Essaouira. Pour elle, «l’esprit de Mogador est resté». Mais tout un travail doit continuer pour restituer et préserver la mémoire juive, estime-t-elle.- L’Economiste: Votre venue à Essaouira est-elle un retour aux sources?- Eliette Abécassis: Ma mère est originaire d’Essaouira. Quand j’étais enfant, on prenait nos vacances ici. Cette année, nous avons décidé de faire un voyage familial dans cette ville à laquelle nous sommes restés très attachés. Ma mère retrouve tous ses souvenirs. De mon côté, cela faisait dix ans que je n’étais plus venue. On a eu l’occasion de visiter la synagogue, ainsi que de se rendre dans le cimetière juif. C’est là que mon arrière-grand-père a été enterré. - La ville a-t-elle changé? Porte-t-elle toujours en elle son héritage juif?- Je suis frappée par la métamorphose qu’a connue la ville en une décennie. Elle s’est développée d’une façon incroyable. Quant j’étais petite, il n’y avait que cinq ou six hôtels, alors que maintenant il y en a environ 200! Il y a également eu un enrichissement économique et culturel grâce aux festivals. On sent qu’il y a moins de pauvreté qu’avant. Je suis venue avec des stylos que je comptais distribuer aux enfants, mais ce n’est plus vraiment d’actualité! Le mélange des religions est formidable à Essaouira. L’esprit de Mogador est resté. Les gens sont fiers de l’héritage juif de la ville. D’ailleurs, actuellement, quelques juifs commencent à revenir. J’ai des amis qui vivent ici une partie de l’année. - Votre ouvrage Sépharade s’inspire de l’histoire juive d’Essaouira. A-t-elle été difficile à reconstituer?- J’ai travaillé pendant dix ans pour écrire cet ouvrage. J’ai interviewé beaucoup de Juifs, j’ai fait des enquêtes, mais cette mémoire est très difficile à restituer. Les Juifs qui sont partis ont transporté le Maroc avec eux, mais n’ont pas su le transmettre à leurs enfants. Lorsqu’ils ont quitté le pays, il y a eu la fin d’un monde. Actuellement, tout est en train de se perdre. De plus, cette mémoire est plutôt orale. Or, la génération qui a vécu à Essaouira est en train de mourir. Les historiens marocains ont le devoir de préserver cette mémoire. De mon côté, je veux aussi participer à ce travail de mémoire. Je compte écrire encore sur ce sujet. - La souffrance de l’exil est un des grands thèmes de Sépharade…- Oui, car c’est une génération qui a été arrachée de ses racines. Les Juifs qui sont partis se sentent encore chez eux au Maroc, ils s’estiment Marocains. Il y a eu un mélange exceptionnel entre les cultures juives et musulmanes au Maroc. Le départ de ces familles s’est donc accompagné de beaucoup de souffrance. Mais, dans «Sépharade», j’ai également beaucoup travaillé sur un autre thème qui est celui du retour aux origines. L’héroïne est une jeune femme d’aujourd’hui, mais qui est hantée par le passé de ses ancêtres qui ont vécu au Maroc. Elle a envie de s’épanouir dans le monde adulte, mais elle a besoin de renouer avec ses origines. Personnellement, je me retrouve beaucoup dans cette histoire. Mes romans sont en partie autobiographiques, mais j’essaye ensuite d’aller vers l’universel et de créer des personnages emblématiques. - Quel est votre prochain projet littéraire?- J’ai un nouveau livre qui va sortir aux éditions Albin Michel et dont le titre est «Une affaire conjugale». C’est l’histoire d’une femme divorcée. Ce livre aborde le thème du couple dans toute sa complexité. Il s’inscrit dans notre époque où il est tellement facile de sortir de son couple, de rencontrer quelqu’un d’autre via les réseaux sociaux… A Paris, plus d’un couple sur deux divorcent. C’est donc un vrai phénomène de société. Comme dans mes autres ouvrages, je fais beaucoup de recherches sur le terrain. Ici, j’ai travaillé avec une avocate à l’origine d’une loi sur le harcèlement moral dans le couple. Je me suis aussi beaucoup documentée sur ce que vivent certaines femmes dans leur couple, sans oser en parler.Propos recueillis par Marie-Noëlle RASSON

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