×L'Editorialjustice régions Dossiers Société Culture Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Culture

Le Maroc comme les jeunes le voudraient

Par L'Economiste | Edition N°:1476 Le 14/03/2003 | Partager

. Sit-in et concert de soutien aux 14 rockers… une belle leçon de tolérance . Les jeunes ont “peur” et les juges “devraient avoir honte” C'est un Maroc plongé dans une profonde inquisition réprimant jusqu'à l'instinct spontané d'être libre qui se lisait sur les pancartes brandies et les slogans scandés par les manifestants, ce mercredi 12 mars 2003. Mille à cinq mille personnes, peu importe, tout le monde avait les yeux rivés sur l'immense façade du Palais de Justice de Casablanca. Tous pointaient du doigt un “tribunal, une justice, un Etat coupables”. “Faites-en un portrait, mettez-le à la Une de la presse internationale et vous ruinez d'un coup les espoirs d'un Maroc à 10 millions de touristes”, analysait à chaud, non sans regret, un membre du comité de soutien. Pour lui, le sit-in est une réussite. Le mot d'ordre a été respecté à la lettre: en tenue noire à 18 heures 30 précises, des jeunes, des moins jeunes, des familles entières, des vedettes… ont envahi la grande place Mohammed V en une seule vague, le verbe acerbe mais l'air gai. Bien évidemment, les forces de l'ordre veillaient, c'est leur devoir. Très nombreux, les agents étaient “discrets”, parfois même passifs. En effet, alors qu'une simple remarque d'un diplômé chômeur sert généralement de “raison valable” aux agents de police pour dégainer leurs matraques, lors du sit-in, ils supportaient, sans effort apparent, les remarques désobligeantes des manifestants. Parfois, les uns et les autres partageaient la confidence au sujet du procès. Dans la foulée, une jeune fille offre une fleur à un officier. Embarrassé, il l'accepte, avant de la jeter discrètement. Vers 20 heures, la foule envahit le complexe culturel du Maârif. Place à la musique, le sit-in a atteint son objectif qui est de dénoncer et soutenir la cause des jeunes hard-rockers. “Il faut donner une leçon de musique à ceux qui nous en veulent… montrons-leur de quel bois on se chauffe et mettons à nu la sottise de leur acte”. Ces paroles auraient pu émaner d'un des leaders du comité de soutien pour faire grimper l'indice de mobilisation. C'est ce que chuchotait, en fait, un père à sa jeune fille qui s'empressa de passer le message au reste de la famille. A l'intérieur du complexe, l'ambiance tranche avec celle du sit-in, n'étaient les tee-shirts noirs, frappés d'une guitare peinte en rouge, distribués par le comité de soutien et que les manifestants portaient. La salle était archicomble. Elle a accueilli deux à trois fois sa capacité normale. Les pancartes du sit-in ont été accrochées sur les façades internes. Certaines rappelaient la cause à défendre, “celle de la liberté artistique”, sans oublier les “copains restés à l'intérieur (la prison)”. “Nous sommes tous en liberté provisoire”, lisait-on sur l'une d'elles. De même, le portrait robot d'une guitare électrique légendé d'une référence à l'image des bagnards a été posé en bonne place. Le silence s'imposera de lui-même lorsqu'un film tourné le 25 janvier 2003 fut projeté. Il montrait certains des rockers prévenus durant un de leurs spectacles à la FOL. L'air jovial et insouciant, ils jouaient avec les mots, “tant la traduction en arabe des intitulés de notre musique -rock, metal- nous semblait marrantes. Nous étions loin de nous douter que nous jouions avec le feu”, dit l'un d'eux. “Si j'étais jeune j'aurais peur… si j'étais juge j'aurais honte”, concluait le film.Durant ce temps, les techniciens s'affairaient sur scène. Les groupes, “ceux-là mêmes dont la musique dérange”, se déchaîneront sur l'estrade. L'ambiance devient festive et tout le monde se laisse aller. Des discours venaient de temps en temps rappeler la cause, mais la musique le faisait constamment et mieux. “Faites-en un portrait, mettez-le à la Une de la presse mondiale et vous aurez un Maroc exemple de tolérance et d'ouverture”, livre le même membre du comité de soutien. La fête se poursuivra tard, très tard dans la nuit. Mais au fait, où étaient les concernés? Les 11 jeunes prévenus ayant bénéficié de la liberté provisoire étaient bien là, avec leurs familles. Le sit-in leur faisait peur, et même présents, ils n'étaient pas de la fête. Après tout, lâche l'un d'eux, “nous ne sommes qu'en liberté provisoire et notre avenir marqué à jamais”. Adil HMAITY

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc