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    Politique Internationale

    L'autre visage de l'immigration maghrébine

    Par L'Economiste | Edition N°:296 Le 18/09/1997 | Partager

    Témoignages émouvants, portraits de familles, réalités frappantes, beaucoup de sentiments... c'est ce que propose Yamina Benguigui dans son documentaire «Mémoire d'Immigrés, L'héritage maghrébin».


    Ils étaient quelques milliers au début des années 70, ils sont aujourd'hui plus d'un million de personnes à immigrer en Europe. L'immigration maghrébine, en majorité algérienne et marocaine, est plus concentrée en France. Elle a intégré tous les secteurs, de la recherche scientifique à la main d'oeuvre ouvrière.
    Le documentaire «Mémoires d'Immigrés, l'héritage maghrébin», présenté en août par 2M et programmé pour la rentrée 97-98 par Canal+ Horizons(1), se veut à double vocation.
    Yamina Benguigui a voulu d'une part faire connaître la communauté musulmane, reconstituer son parcours...; et d'autre part revaloriser la mémoire d'une immigration et de ses descendants. Il s'agit surtout d'extraire ces gens du pluriel banalisant («les» immigrés, «les» musulmans...), de les faire parler, raconter «leur histoire».
    L'idée a commencé à trotter dans la tête de la réalisatrice lorsqu'elle tournait «Femmes d'Islam». En rencontrant des femmes musulmanes, ce fut la «révélation»! «Pour moi, soudain, c'était ma mère qui se mettait à me parler de ce qu'elle ne m'avait jamais dit», explique-t-elle.

    Le mythe de l'Eldorado


    Elle a, poursuit-elle, été marquée par ce monde du silence qu'elle vient d'intégrer. Les hommes, les pères comme elle les appelle, n'ont jamais raconté leur souffrance, les femmes (les mères), elles, ont vécu leur immigration comme une fatalité et ont décidé de se taire sur la vie qu'elles menaient. Leur mission principale était de ne pas laisser leurs enfants s'enraciner dans une terre qui n'était pas la leur.
    Qu'ils soient pères ou mères, les immigrés ont donc choisi le mensonge. Ils ont donné naissance au mythe de l'Eldorado et l'ont jalousement gardé et protégé, pour l'amour du pays et des enfants.
    «J'ai voulu montrer cette fabuleuse histoire de ces hommes qui ont le courage et la force d'affronter l'inconnu, de vivre et d'entretenir un mythe sans jamais faillir», affirme la réalisatrice. Et de continuer: «Je n'ai pas voulu réaliser un film haineux, essayant de ne pas revenir sur les banlieues, le racisme et la drogue qu'on a assez vu».
    Aujourd'hui, devant le refus des nouvelles générations de rentrer au pays, les Pères et les Mères sont déçus, ils se sentent trahis par leurs propres enfants. Ces derniers, par leur refus rendent le retour des parents, voire de toute la famille, impossible.

    Les Algériens se sont taillé la part du lion dans ce documentaire. La réalisatrice explique cela par le fait que "c'est la plus forte immigration et que l'Algérie était française, ce qui n'était le cas ni de la Tunisie ni du Maroc".
    Le choix musical est à lui seul une autre manière de parler de l'intégration. Pour la première partie, Yamina Benguigui a choisi Dahman El Harachi qui est lui-même un chanteur immigré en France qui est mort et enterré en France. Enrico Macias et Dalida qui accompagnent de leur voix la deuxième partie, sont des chanteurs qui ont trouvé un écho dans le coeur des mères à travers la radio. Dans le troisième volet on retrouve des chansons arabes au rythme occidental, interprétées par des chanteurs comme Rachid Taha, Cheb Hasni, Malike Dom-Ran, Idir, Cheb Mami... reflétant ainsi le vécu des nouvelles générations. Car en fait, ces jeunes se sentent rejetés, déchirés et mal acceptés.

    Les deux rives de la Méditer-ranée leur sont familières, mais en France ils sont des "beurs" et dans leur pays d'origine ils sont des "immigrés".
    Il y a deux ou trois générations, lorsque les immigrés étaient recrutés, ils l'étaient pour un ou deux ans, jamais personne n'a pensé que cela pourrait être pour la vie...

    Hanaa FOULANI

    (1) Les «Mères», le lundi 22 septembre à 19h45 (GMT) et «Les Enfants, le lundi 29 septembre à 19h45 (GMT). Une première diffusion de l'intégralité du documentaire a été programmée le 8 septembre et le premier volet, intitulé «Les Pères», le 15 septembre.

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