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    Tribune

    L’impluvium, la solution alternative à la sécheresse
    Par Yassine Jamali

    Par L'Economiste | Edition N°:3504 Le 08/04/2011 | Partager

    Yassine Jamali est agriculteur et docteur vétérinaire

    Parallèlement à la baisse régulière de la pluviométrie au Maroc, l’enneigement connaît une nette diminution. D’une part, le réchauffement climatique substitue des chutes de pluie aux chutes de neige, d’autre part il accélère la fonte des neiges.
    Or l’impact d’une chute de pluie sur les nappes phréatiques n’est pas le même que celui d’une chute de neige: pour une même quantité d’eau, la pluie ruisselle rapidement et s’écoule en grande partie dans les cours d’eau et les lacs, tandis que la neige s’accumule, fond lentement et alimente plus les nappes phréatiques que les cours d’eau superficiels.
    Les barrages permettent de recueillir l’eau de ruissellement et de la mettre à disposition de l’agriculture intensive et de la consommation urbaine. Mais l’érosion due au ruissellement amplifié par la déforestation, le surpâturage, la mise en culture de versants abrupts, mène à une réduction continue de leur capacité de rétention. Ainsi, on considère que le Maroc perd chaque année la capacité d’irriguer 7.000 à 10.000 ha. Sur 10 ans on aura une réduction cumulée de 70.000 à 100.000 ha de la surface agricole irriguée par l’ensemble des barrages [L’Eau autour de la Méditerranée. Philippe Dugot.]
    Dans le cadre de la gestion des nappes, des barrages, et de l’eau en général, se pose une question: que peut-on faire pour renforcer l’alimentation des nappes d’une part, et lutter contre l’envasement des barrages d’autre part?
    L’aménagement le plus simple, le plus basique est l’impluvium ou fosse d’infiltration (Les Chemins de l’Eau. Hugues Dupriez et Philippe de Leeven). L’impluvium est une petite cuvette creusée sur un terrain en pente pour collecter l’eau de ruissellement et lui permettre de s’infiltrer. Les ouvrages sont exécutés à la main et ne requièrent qu’un matériel et une technicité limités. Ils peuvent être couplés à la plantation d’arbres fruitiers ou forestiers qui profiteront du bulbe d’humidité généré par l’impluvium. Appelés «Zaï» au Burkina Faso, ces impluviums ont permis le reboisement et la régénération de plus de 310.000 hectares grâce à la repousse de millions d’arbres. Une remontée des nappes de plusieurs mètres a été mesurée dans les zones aménagées (Monde Diplomatique. Août 2010). A raison d’une à deux centaines d’impluviums à l’hectare, la réalisation peut être confiée aux agriculteurs eux-mêmes après une courte formation à cette technique. Une subvention à l’aménagement d’impluviums pourrait être accordée, de même que l’Etat subventionne les équipements d’irrigation localisée au nom de l’économie en eau.
    Les terrains autres que privés, qu’ils soient collectifs ou domaniaux, pourraient bénéficier des mêmes aménagements par le biais de financements type INDH ou chantiers de la Promotion nationale. Ces techniques, éprouvées sous d’autres latitudes, doivent au préalable être testées sur le terrain. Quelques versants représentatifs pourraient être aménagés dans le Rif, le Moyen et l’Anti-Atlas, les Zaërs, puis un suivi d’impact sur les puits, sources et cours d’eau alimenté par ces versants permettraient d’évaluer l’utilité de cette technique. Des initiatives privées, par exemple dans la région de S’houl, ou villageoises comme dans la commune de Bellota, province de Ouezzane, ont déjà commencé à démontrer l’intérêt de l’impluvium pour la culture pluviale de l’olivier, du caroubier, de l’amandier et son succès auprès des agriculteurs...
    La collecte des eaux de pluie n’est pas une solution miracle ni l’arme anti-sécheresse absolue. C’est une technique simple et prometteuse qui a sa place parmi la panoplie de mesures destinées à gérer un stress hydrique de plus en plus marqué.
    Cette technique a des retombées:
    - environnementales par ses effets anti-érosifs,
    - sociales car elle est créatrice d’emplois dans des zones rurales vulnérables,
    - agronomiques car elle permet l’installation de vergers fruitiers non irrigués, tout en protégeant les barrages de l’envasement et améliorant le renouvellement des nappes phréatiques.


    Techniques ancestrales


    En Inde, dans l’Etat du Gujarat, tout un réseau de captage a été construit pour diriger l’eau de pluie vers des étangs naturels qui la retiennent et lui permettent de s’infiltrer pour renouveler les réserves souterraines. L’Etat indien du Tamil Nadu compte 40.000 réservoirs de ce type qui irriguent près d’un million d’hectares. On estime qu’au Rajasthan «…quelque 6.500 km² (soit 650.000 hectares) sont gérés d’une manière alternative», ce qui a pour effet «le renouvellement des réserves en eaux souterraines, la renaissance de sources et de ruisseaux autrefois taris».
    (Quand meurent les grands fleuves. Fred Pearce).
    De semblables techniques de récolte des eaux de pluie existent depuis des temps immémoriaux au Proche-Orient, en Asie, en Afrique subsaharienne… Aujourd’hui, ces techniques sont réutilisées dans le désert du Néguev, en Tunisie, au Kenya… quelle que soit la dimension de l’ouvrage, le principe est toujours le même: convertir le ruissellement en infiltration.

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