×L'Editorialjustice régions Dossiers Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Economie

Des centaines de candidats brandissent des "contrats de travail" : Drôle de ruée sur le consulat d'Espagne

Par L'Economiste | Edition N°:203 Le 09/11/1995 | Partager

Des centaines de Marocains venus pour la plupart de la région de Béni Mellal assiègent le consulat d'Espagne de Casablanca en vue d'obtenir un visa. Ils affirment disposer de contrats de travail qui ne sont en fait que des reçus de demandes d'autorisations de travail cachetés en Espagne.

Une foule énorme devant le consulat d'Espagne de Casablanca donne depuis quelques jours à la rue d'Alger des allures de foire. Des centaines de postulants des visas prétendent disposer de "contrats de travail" délivrés en Espagne. Les premiers candidats apparaissent dès l'aube. A 8 heures du matin, la queue arrive jusqu'à l'intersection de la rue d'Alger avec les Boulevards Moulay Youssef et Brahim Roudani. Plus d'un millier de personnes, dont la majorité sont des agriculteurs de la région de Béni Mellal, se présentent chaque jour devant le consulat. Ceux qui obtiennent le formulaire déposeront leur demande une ou deux semaines plus tard; les autres attendent patiemment leur tour sous le regard des services de sécurité qui se sont mobilisés depuis quelques jours devant le consulat. Entre-temps, des discussions se déclenchent par ci par là. Certains parlent de contrats achetés entre 15.000 et 30.000DH ou fournis gratuitement par un membre de la famille. D'autres s'interrogent sur les types d'analyses médicales à réaliser avec le dossier... En fait, ces gens pensent disposer de documents valables pouvant appuyer leur demande de visa. Mais, en réalité, il s'agit d'un récépissé de dépôt de demande d'autorisation de travail cacheté en Espagne. Bien que ce document soit rempli à leur nom avec leur identité, "il ne peut en aucun cas constituer un appui juridique au niveau de la demande de visa", notent les responsables du consulat. D'autant plus que la quasi-totalité des possesseurs de ces documents n'ont jamais été en Espagne, voire jamais quitté le Maroc. C'est ce qui surprend d'ailleurs les responsables du consulat d'Espagne de Casablanca qui se demandent comment régulariser la situation d'un immigré qui n'a jamais quitté son pays.

Depuis deux ans, le gouvernement espagnol a lancé un programme visant à améliorer la situation des immigrés en situation irrégulière déjà présents sur son territoire. Les ministères concernés ont décidé de délivrer des permis de travail temporaires dans certains secteurs d'activité. En parallèle, et en collaboration avec les pays du Sud de la Méditerranée, l'Espagne lutte contre l'arrivée d'une nouvelle vague d'immigrés.

Chaque année, le gouvernement espagnol fixe des quotas de permis de travail dans les secteurs ayant besoin de main-d'oeuvre (l'agriculture et les services domestiques).

En 1994, près de 28.000 autorisations de travail ont été délivrées aux immigrés en situation irrégulière, toutes nationalités confondues. Cette, année, le contingent a été fixé à 9.000 autorisations (pour toutes les nationalités) dans le secteur de l'agriculture, et 300 pour les services domestiques. Les Marocains ont obtenu la part du lion avec près de 4.500 permis. Rappelons qu'il y a plus de 60.000 immigrés marocains en situation irrégulière en Espagne.

Pour obtenir ces autorisations, les immigrés clandestins doivent formuler des demandes auprès des services concernés de la péninsule ibérique.

Le rêve du visa s'évapore

A cette occasion, des réseaux clandestins ont eu l'astuce de déposer auprès des services d'immigration situés en Espagne des demandes d'autorisations avec les noms de personnes résidentes au Maroc. Evidemment, en contrepartie de la demande, le dépositaire reçoit un récépissé, lequel est envoyé aussitôt aux personnes concernées au Maroc.

C'est après une étude minutieuse des dossiers par les autorités compétentes en Espagne que les autorisations sont délivrées. Seuls quelques-uns sur l'ensemble des immigrés en situation irrégulière en Espagne pourront en bénéficier.

L'Union Européenne est devenue très sévère quant à l'immigration clandestine et vis-à-vis des immigrés en situation irrégulière, rappellent les responsables du consulat d'Espagne. Tous les pays membres de la Communauté sont incités à oeuvrer en vue de limiter le nombre des immigrés. C'est afin d'éviter des expulsions massives de familles étrangères en situation irrégulière, que le gouvernement espagnol a opté pour la formule des contingents. Toutefois l'Espagne refuse catégoriquement d'accueillir de nouveaux flux d'immigrés.

Les victimes de Béni Mellal, en possession de reçus cachetés en Espagne, n'auront automatiquement pas de visas. Certains l'ont déjà compris. Ils ont repris le chemin de leurs champs en pensant à leur campagne agricole. Décidément, cette année sera dure... l'argent des semences s'est évaporé avec le rêve du visa.

Hicham RAIQ

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc