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Economie

CNJA-Patronat: Le grand déballage

Par L'Economiste | Edition N°:22 Le 26/03/1992 | Partager

Cependant, dans les entreprises ayant recruté des recensés, on signale fréquemment le "comportement d'essais": les recrutés se présentent pendant quelques jours ou quelques semaines à leur nouveau travail, puis disparaissent, expliquant que leur emploi précédent était meilleur.
Il semble que ce soit chez les diplômés d'écoles professionnelles que le phénomène soit le plus présent.
Cette observation est étayée par une autre: il y a eu une différence relativement importante entre les données régulièrement relevées par l'Administration de la Formation Professionnelle et les résultats du recensement, lequel était plus exactement un appel à l'inscription. Un peu plus de 20.000 jeunes diplômés se sont inscrits au recensement avec un diplôme classé sous la rubrique "formation professionnelle".
De son côté, l'Administration de la Formation Professionnelle avait identifié 16.000 jeunes relevant de son domaine de compétences et au chômage. Il importe cependant d'être prudent dans les conclusions à tirer de la différence, dans la mesure où les modes de classement sont différents entre les deux dénombrements.

"Inflation" du chômage

Une troisième interrogation est apparue à l'occasion des confrontations des données recueillies par la Direction de la Statistique et celle des inscriptions CNJA. M. Rachidi EL Ghazouani, Ministre Délégué auprès du Premier Ministre Chargé du Plan, lors de sa dernière conférence de presse présentant l'Enquête Nationale sur les niveaux de vie, a évoqué la question. Il s'est dit persuadé que le recensement des diplômés chômeurs a engendré un phénomène "inflationniste". Les premiers résultats publiés de l'Enquête ne donnent cependant pas de valeurs absolues, mais uniquement des taux de chômage(2).
Les questions de chiffres en ont engendré une autre concernant l'évaluation du phénomène du chômage des diplômés. C'est en effet, avec un certain soulagement que les cercles politiques avaient accueilli le nombre de 100.000 jeunes inscrits, hantés qu'ils étaient par la crainte d'un phénomène considérablement plus important.
Il n'en restait pas moins que le nombre d'inscrits a été jugé anormalement élevé pour être rangé dans la catégorie du chômage frictionnel. L'observation est confirmée par les dates d'obtention des diplômes: seulement 31,7% des inscrits avaient obtenu leur diplôme en 1989 ou en 1990. Les autres avaient des diplômes plus anciens(3).
Côté insertion, les documents du CNJA préparés pour la Première Session, en Mars dernier, indiquent que 6.557 entreprises de 10 salariés et plus ont été enquêtées et que les créations d'emplois envisagées s'élèvent à 21.735 en 1991, 4.073 en 1992 et 24.390 en 1993(4) .
Parmi ces créations, écrit le rapport, "l'offre privée ne peut, théoriquement, absorber en 1991 que 13,4% de la demande", soit 13.474 offres dont le profil correspond à des profils de demandeurs d'emplois. Se trouvait ici posée la question de l'adaptation, que le CNJA recommande aujourd'hui de traiter par un effort de formation à la charge de l'entreprise. De son côté le patronat, qui considère sa charge fiscale estime que la fiscalité est assez forte pour que l'entreprise soit en droit d'attendre un service public correct en matière de formation."On ne voit rien de sérieux venir dans la réforme de l'enseignement" regrette le patronat.

Guide du suivi systématique

On ne dispose d'aucun autre agrégat que les résultats des travaux du CNJA, permettant de suivre le comportement de la partie "offres d'emplois" du marché du travail. C'est une carence reprochée au Ministère du Travail, alors que le Ministère du Plan recueille, depuis le milieu des années 80, des données fiables sur les entreprises et sur la population active.
Seule l'Administration de l'Industrie tient le suivi des intentions d'investissement relevant de son domaine et faisant l'objet d'un dépôt de dossier auprès de ses services. L'objectif de l'investisseur étant d'obtenir les exonérations fiscales liées à son projet, les indications concernant les intentions d'emplois ne sont pas très fiables. Relevées par les antennes provinciales de l'Administration de l'Industrie, ces indications ont servi, parallèlement aux travaux des Commissions et des Visiteurs du CNJA, à alimenter la publication "Carrefour de l'Emploi", le journal d'offres d'emplois, publié par le Conseil National. Bien que décallée dans le temps, cette publication a contribué à rapprocher offres et demandes, sur un marché qui fonctionne à l'aveuglette.
On ne sait donc pas exactement, soulignent la CGEM et ses membres, ce que les entreprises privées ont réellement recruté parmi les recensés CNJA.

Classements de "précaution"

Les entreprises disposant d'un service du personnel organisé, ont cependant tenu le compte "des CNJA", nom inventé pour désigner les recrutés qui s'étaient inscrits au recensement. Elles l'ont fait, expliquent-elles, "à tout hasard, au cas où s'imposeraient des contraintes". Explication significative de deux sentiments contradictoires: celui de participer à une oeuvre nationale et celui de devoir prendre des précautions vis-à-vis de cette même oeuvre nationale.
Par ailleurs, le comportement évoqué l'année dernière, selon lequel les "CNJA" se voyaient refuser l'emploi immédiat dans l'attente "d'invitations plus fermes" de la part des pouvoirs publics, n'est plus signalé aujourd'hui.

Accusations récurrentes

Curieusement, les déceptions du CNJA devant les piètres résultats des entreprises privées ont réveillé une accusation récurrente chez les pouvoirs publics: la CGEM est-elle représentative?
Les membres de la Confédération et M. Bennani-Smires le Président se sont vivement insurgés contre l'insinuation de M. Laraki, qui, il est vrai, mettait le doigt sur une vieille blessure de l'organisation patronale. Les membres de la Confédération acceptent que soit inscrite à leur passif la faiblesse de leurs moyens organisationnels tout en indiquant comme M. Bennani-Smires qu'une partie des travaux sont réalisés par les membres eux-mêmes. Mais ils adoptent une réponse plus offensive en soulignant que les "statuts et la vocation de la CGEM, ne sont pas à imposer quoique se soit aux entreprises privées membres". Le patronat fait remarquer l'extrême hétérogénéité des entreprises privées, qui peuvent s'estimer représentées par la CGEM, tout en soulignant, par ailleurs, que la confédération est représentative des entreprises modernes. Ils expliquent l'opération conduite au sein du GPBM par le petit nombre de ses membres et par les liens organiques unissant les banques aux pouvoirs publics, "ce qui n'est pas le cas pour toutes les autres entreprises privées". Les observateurs se souviennent que la CGEM a été victime de contestations de la part des pouvoirs publics à l'occasion de dossiers chauds, comme le démarrage de la libéralisation commerciale, la réforme des codes d'investissements, ... Néanmoins le comportement jugé "passif" de la Confédération sur l'affaire de la Loi de Finances pour 1992, n'a pas favorisé sa légitimation vis-à-vis des divers partenaires(5). Classiquement, ce sont les Chambres de Commerce qui sont, par opposition, présentées comme représentatives.

Le privé "finance les recrutements du public"

Les entreprises privées sont comparées, dans le problème du recrutement, aux résultats des administrations et collectivités locales.
"Ce n'est pas significatif, rétorque un haut fonctionnaire, car si l'administration et les collectivités recrutent c'est uniquement grâce aux impôts que leur versent les entreprises du système productif".
Dans la haute fonction publique, on regrette que bon gré mal gré, l'économie ait été scindée artificiellement en "trois secteurs recruteurs". Ce partage "fausse le débat" et "déforme les objectifs maintes fois rappelés par M. Malki", Secrétaire Général du Conseil, et selon lesquels le CNJA n'est pas un agent recruteur. Il n'en reste pas moins que le patronat critique ce qu'il estime être une attitude de "donneur de leçons" chez le CNJA.

Coups fourrés

En dépit des explications du CNJA, sa présence dans le paysage socio-politique, la forte médiati-sation dont il a bénéficié, et surtout son mode de travail sur des bases consensuelles, ont entraîné l'apparition d'espoirs de règlement magique et immédiat du problème du chômage.
Tous les partenaires sont d'accord sur ce point: il a y par nature un quiproquo potentiel qui ressurgit dès qu'apparaît une difficulté. Ce quiproquo a tendance à s'envenimer de remise en cause, portant sur la présence du Conseil, auprès ou par dessus les instances gouvernementales, sur les relations et procédures qui lient les administrations, le Conseil et les diverses organisations socio-économiques, sur le fonctionnement des administrations elles-mêmes, ...
Ces remises en cause n'ont pas pour l'instant donné lieu à des analyses dépassionnées et restent au niveau des petits coups fourrés des uns et des autres.

Laïla TRIKI / Nadia SALAH

(1) Cf L'ECONOMISTE du 19 Mars 1992.
(2) Cf L'ECONOMISTE du 12 Mars 1992.
(3) Le CNJA a scrupuleusement publié l'ensemble de ses données dans ses rapports pour la Première Session.
(4) Pages 25 à 29 du rapport intitulé Evaluation des résultats du recensement des jeunes diplômés et de l'enquête auprès des employeurs (Janvier-Février 1991).
(5) Aujourd'hui l'affaire s'est développée: les membres de la Confédération chez qui la cotisation minimale crée des désordres comptables se montrent accusateurs vis-à-vis de leur organisation professionnelle. Le déroulement des consultations entre le Gouvernement et la CGEM demeurent confus et les participants en rapportent des versions qui ne concordent pas exactement et ne permettent pas de déterminer si la CGEM a été une victime, consentante ou pas, de pressions plus ou moins occultes. Le résultat en a été l'acceptation de dispositions du Projet de Loi et l'affaiblissement de la légitimité de la CGEM.

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