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    Arts Plastiques : Nabili chez Alwane: les couleurs sur sable

    Par L'Economiste | Edition N°:20 Le 12/03/1992 | Partager

    Nabili chez Alwane, jusqu'au 22 Mars, c'est d'abord une série de compositions abstraites, peintes sur du sable fixé à la toile par de la résine. Peinture abstraite donc et d'une excellente facture: Nabili nous propose là un travail de professionnel rigoureux mais surtout chargé d'émotions.A noter également au chapitre de la Technique, l'usage qui est fait du relief de la toile ainsi recouverte, pour parfaire ces peintures de diverses empreintes: tracés rectilignes ou incisions au couteau, surfaces aléatoires, plans géométriques et marques du doigt qui deviennent signes cabalistiques et dont l'artiste seul détient la clé.


    ON y reconnaît, entre autres traces d'un univers intérieur profond, riche et paraissant sincère, quelques signes familiers: dessins de tapis, calligraphies sommaires ou motifs de tatouages marocains traditionnels dont Nabili avoue subir, aujourd'hui encore, la fascination...
    Enfin par endroits, la toile apparaît sous son revêtement et se présente à l'état brut, à nu ou recouverte d'un glacis de couleur, selon les exigences de la composition, voire les hasards de l'inspiration.
    En fait, plus rien d'étonnant à tout cela au vu de la note de présentation de l'artiste, qui revient d'une longue tournée à travers le monde, via Aix en Provence (sa ville fétiche), Paris, Marseille, Hambourg, Genève, Copenhague, San Diego, etc.
    Et ici à Casablanca, une cinquantaine de toiles, fruit d'une expérience nouvelle de création en matière, autant qu'expression parfaitement maîtrisée de formes abstraites portées en couleurs.
    Des couleurs très présentes, sombres ou lumineuses mais toujours aussi éclatantes, et quel Bleu! On aurait presque envie de dire: des couleurs nouvelles...

    Sans titres


    Mais quel dommage que ces compositions ne soient pas intitulées, le catalogue n'indiquant que des prix en regard de numéros... Tant pis pour la poésie?
    Le n° 25 par exemple (15.000 DH) est une voie d'accès possible à cette exposition, plus que largement à la hauteur des ambitions annoncées de la galerie-hôte: «L'art à la portée de tous grâce au Crédit!» et rien que le meilleur...
    Imaginez le n° 25: sur un fond bleu sourd, un cercle noir inscrit dans le quart supérieur droit de la toile et surmonté d'une espèce de houppe du même noir brillant; vers le haut et à gauche de cette surface circulaire, un il...
    Plutôt une sorte d'amande disposée horizontalement, une forme d'oeil stylisé de couleur orange, parcourue verticalement de deux fines coulures noires: l'ensemble évoque, irrésistiblement, un regard félin, panthère ou chat, de nuit...
    De plus, à la base de cette composition, une surface rectangulaire à l'allure de socle et à dominante ocre, où l'on retrouve l'Orange vibrant de la figure précédente. Le tout est agrémenté d'un zigzag vertical d'un bleu léger qui dispute sa place à d'autres coulures, d'un bleu plus prononcé venant du fond.
    Sans titre? C'est abstrait, vous dit-on ... Mais ça tombe bien, le bleu vous inspire? Ceux de Nabili vous combleront! Et rassurez vous, si le panneau en cinq volets (que l'artiste dédie aux Etats Membres de l'Union du Maghreb Arabe) est affichée 200.000DH (les personnes morales, voilà la clientèle idéale!), si les n° 26 à 32 en coûtent 40.000, en revanche les n° 1, 2 et 3 sont à vous pour 3.000DH seulement, sans compter les facilités de paiement... C'est l'Art à crédit, pardi!

    Un atelier communautaire


    Mais Nabili n'est pas venu pour vendre à tout prix... Parlez lui plutôt de rencontre avec le public et de plaisir partagé. Voici bien un langage que le Maître apprécie davantage. D'ailleurs s'il désire (comme tout le monde!) gagner beaucoup d'argent, c'est simplement pour bâtir l'endroit dont il rêve, quelque part entre Bouznika et Benslimane, un petit coin de paradis pour créateurs en mal d'espace, une sorte d'atelier communautaire.
    L'idée n'est pas neuve, tant pis, tant mieux: le terrain existe et les travaux ont, semble t-il, déjà commencé, courage et bonne chance... A quand l'inauguration?
    Et lorsqu'on lui pose la question de savoir si sa peinture lui suffit pour exprimer une telle soif de création, Nabili répond: «Il faut s'occuper de ce qui existe...» Belle leçon de modestie!
    Nabili a vécu le temps de sa première enfance à Settat. Orphelin de mère à quelques mois, il nous confie aujourd'hui que l'image oubliée du visage de sa mère fait partie de la galerie de ses souvenirs d'homme mais qu'elle se mêle parfois à ses fantasmes d'artiste.
    Dans un demi sourire, Nabili nous en dit un peu plus:
    «On me demande parfois ce que j'aurais pu peindre si je n'avais pas choisi l'abstraction... il m'arrive souvent alors de revoir ce dessin de serpent à travers la vitrine d'une boutique, étant petit enfant. Je crois même qu'il s'agit là de ma première rencontre consciente avec une oeuvre d'art. Et je n'oublie pas l'émotion de cet instant, ce serpent derrière cette vitrine m'ayant paru tout à fait...»
    Merveilleux? Nabili a en effet tout l'air d'avoir croqué la pomme du jardin interdit. Ça lui a réussi...

    Driss MESSAOUDI

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