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Chronique

Brexit, migrations, terrorisme... les liaisons invisibles

Par Mustapha TOSSA | Edition N°:4806 Le 30/06/2016 | Partager

Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres, destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale (Ph. M. T.). 

Serait-il hasardeux de conclure qu'en fin de compte la sortie des Britanniques de l'Union européenne serait aussi le fruit des pressions exercées par des organisations terroristes comme Daesh sur l'espace européen? Est-il une vue de l'esprit de penser que le divorce britannique avec les Européens est potentiellement une conséquence de l'insoutenable effet migratoire sur les pays de l'Union qui est lui-même une œuvre à visée déstabilisatrice des organisations terroristes du Sahel et du Moyen-Orient? Est-il fantaisiste de penser que jamais le courant du divorce britannique n'aurait eu autant de succès s'il n'y avait une situation européenne où immigration massive et menaces terroristes fabriquaient l'ensemble des postures politiques? Les vagues de réfugiés syriens qui frappaient à la porte de l'Europe  et la grande menace terroriste sont actuellement l'œuvre d'un seul label: Daesh, qu'il soit opportunément couvé par le régime syrien ou stratégiquement manipulé par des puissances régionales.
Il est vrai qu'indépendamment de cette situation spécifique, les Britanniques, par tempérament, par culture et par cette idée presque atavique de rester dans le large, auraient pu valider le divorce avec les institutions européennes. Les reproches qu'une

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certaine élite comme certaines franges de l'opinion britannique ne manquaient pas de pertinence et de réalisme. Ces charges et ces critiques, souvent très justifiées des pratiques de la maison commune européenne, servaient même de matériaux idéologiques pour nourrir les courants europhobes du vieux continent. Mais cela était loin de faire pencher la balance de manière aussi forte vers le divorce et le rejet de l'Union.
Il a fallu donc un élément nouveau, d'actualité et de circonstances, suffisamment puissant pour arracher l'adhésion à ce rêve inédit des pays européens engagé dans le processus de l'Union, reprendre sa liberté de décision, reconstruire une souveraineté nationale, ce que certains n'ont pas hésité à décrire comme le grand saut dans le vide. Cet élément nouveau, c'est la gestion catastrophique de la techno structure bruxelloise du phénomène des réfugiés, de toutes ces vagues de réfugiés qui ont été jetées sur les territoires européens par la porte des Balkans, le passage via la Turquie ou les ports libyens. Le grand couac franco-allemand sur le sujet avait nourri toutes les suspicions face aux capacités de discernement et de management du pilote européen. Le deal historique signé entre Bruxelles et Ankara donnait cette vague impression que non seulement l'Union européenne sous-traitait sa sécurité  à la Turquie, avec des concessions majeures, mais renforçait aussi l'emprise d'un homme, Racep Tayyip Erdogan dont les tendances despotiques et les jeux troubles sont sources de grandes inquiétudes. Il y a une vidéo produite par l'Etat islamique dans laquelle l'organisation menaçait ouvertement le gouvernement italien de laisser envahir Rome par des vagues de réfugiés: «Si vous engagez des forces armées en Libye,

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nous vous envoyons 500.000 migrants», disait l'homme de la vidéo qui s'apprêtait, sur fond bleu azur, à commettre l'innommable avec l'assassinat de 21 coptes égyptiens. La menace fut prise au sérieux. Un journal italien écrivait à l'époque: «Les djihadistes émettent l'hypothèse d'envoyer à la dérive direction l'Italie, des centaines de barques remplies de migrants, dès le moment où notre pays évoquerait une intervention armée en Libye».
Y a-t-il donc une relation de cause à effet entre le Brexit et l'essor des populismes en Europe et cette stratégie de la terreur et de la déstabilisation par le biais des déplacements de populations vers les territoires européens endossée publiquement par des organisations terroristes? Sans aucun doute. La relation existe ne serait-ce que dans la capacité de ces événements, terrorisme et vagues de réfugiés, à créer une atmosphère de doutes, de replis identitaires, voire de grandes confrontations communautaires.
A un tel point qu'un grand ponte du renseignement, Patrick Calvar, patron de la DGSI, n'hésite pas à parler de la France comme un pays au bord de «la guerre civile». Avec cet argument à la fois niveau de la formulation crue et qui fait froid  dans le dos: «Les extrémismes montent partout et nous sommes, nous, services intérieurs, en train de déplacer des ressources pour nous intéresser à l'ultra-droite qui n'attend que la confrontation (...) Je pense qu'elle va avoir lieu. Encore un ou deux attentats et elle adviendra. Il nous appartient donc d'anticiper et de bloquer tous ces groupes qui voudraient, à un moment ou à un autre, déclencher des affrontements intercommunautaires». A noter que l'affrontement communautaire est le fantasme absolu d'organisation terroriste comme Daesh dont le rêve et la stratégie est de dresser les communautés les unes contre les autres pour pouvoir prospérer sur le chaos de cette «guerre civile» évoquée par Patrick Calvar.

Défense et sécurité commune

De tous les récits éclairages qui ont tenté d’analyser les enjeux de ce Brexit, rares sont ceux qui ont appuyé sur les bénéfices que les deux parties, GB et UE, peuvent tirer de cette séparation. Pourtant, il y a eu quelques écrits pour pointer un grand projet auquel les Britanniques s’opposaient systématiquement. C’est le projet de politique de défense et de sécurité commune. Londres faisait de la création d’une armée européenne et de son commandement établi à Bruxelles un casu belli qui la pousserait à reprendre sa liberté. Les Européens ont longtemps cédé à ce chantage estimant que le maintien des Britanniques au sein de l’Union valait largement ce sacrifice. Aujourd’hui alors qu’ils ont décidé de prendre le large, sans doute ce projet de défense européenne reprendrait de la vigueur et de la pertinence.

 

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