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    Chronique

    Penser les économies du XXIe siècle

    Par Pr. Driss GUERRAOUI | Edition N°:4773 Le 16/05/2016 | Partager

    Ici en conférence pour les étudiants de l’Ecole supérieure de journalisme et de communication (appartenant à L’Economiste). Driss Guerraoui est professeur à l’Université Mohammed V-Agdal de Rabat. Il a été conseiller auprès de trois Premiers ministres, El Youssoufi, Jettou et El Fassi, avant d’être nommé Secrétaire général du CESE, le Conseil économique, social et environnemental. Il fait partie de ses trop rares intellectuels marocains qui se font un devoir de partager le capital immatériel qu’ils ont construit: le Pr. Guerraoui a publié une dizaine de livres liés à ses recherches universitaires. Sur ce sujet du dialogue social rénové, on se reportera avec utilité à la tribune du 7 février 2016 (Ph. Fadwa Al Nasser)

    Les sociétés du XXIe siècle ont radicalement changé dans leur manière  de produire de la richesse,  de la consommer et de communiquer autour. Cette réalité, qui évolue à un rythme accéléré impulse de nouveaux  besoins, attentes et aspirations et génère de nouvelles menaces.
    Ce changement radical est en train  de produire une conscience universelle citoyenne selon laquelle le modèle économique hérité du XXe siècle a atteint ses limites, qu’il  est dans une réelle impasse et que  par touches successives un nouveau  modèle économique émerge progressivement incitant à penser   autrement les économies du XXIe siècle et à agir pour préparer nos sociétés  à cette nouvelle réalité. Les manifestations de ce changement sont de plusieurs ordres et concernent les aspects les plus essentiels des économies du XXIe siècle.

    ■ L’expression de nouvelles volontés de puissance
    L’observation de la réalité du système de l’économie mondiale  révèle que nous assistons à une nouvelle répartition  du pouvoir économique dans le monde. Cette nouvelle répartition se traduit par l’expression de la volonté de puissance par de nouveaux acteurs sur la scène internationale comme la Chine, l’Inde, la Russie, mais aussi la Turquie, l’Iran, le Brésil, le Mexique, la Malaisie, l’Indonésie, la Corée du Sud, les Emirats Arabes Unis, le Qatar et l’Afrique du Sud. En Afrique du Nord, de l’avis des observateurs objectifs et des analystes crédibles, c’est le Maroc qui semble émerger, car il s’agit d’un pays qui développe de façon volontariste , déterminée et soutenue ses capacités diverses  pour se hisser à son tour au rang de nouvelle puissance économique régionale,  grâce notamment à une stratégie de modernisation économique généralisée s’appuyant sur des politiques sectorielles dédiées, armé en cela par un phénomène inédit  dans la région à savoir une synthèse réussie entre monarchie, démocratie, islam et modernité.
    Cette nouvelle répartition du pouvoir économique dans le monde est en train de produire des impacts particuliers sur la hiérarchisation des espaces économiques régionaux, des flux des échanges de marchandises et de mouvements de capitaux sur un fond de panne, pour ne pas dire de recul de l’Europe et de perte progressive de la place des Etats-Unis en tant que 1re puissance  économique et ce malgré la pérennité de leur supériorité militaire et de leurs avancées technologiques régulières. De telles évolutions incitent à penser  en des termes nouveaux les dynamiques économiques actuelles et à élaborer  une prospective régionale d’une mondialisation en crise  se fondant de plus en plus sur des alliances géostratégiques et géoéconomiques en perpétuelle recomposition.

    ■ L’urgence d’une gouvernance mondiale

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    Une des plus importantes manifestations de cette rupture  réside dans une gouvernance économique mondiale qui a produit une crise de confiance des acteurs dans le système économique et financier mondial dans son ensemble.
    Les signes avant-coureurs de cette crise se sont déclarés avec les crashs de 2008, 2009 et les crises cycliques qui s’en sont suivies depuis. Ces crises ont révélé l’existence d’une vraie anarchie, voire une réelle jungle portée par quelques  grandes banques, quelques trusts financiers et puissantes compagnies d’assurance face à des millions de ménages surendettés  et livrés aux forces  d’un libéralisme véritablement sauvage. Tout cela se passe devant une quasi passivité d’états-nations qui ont peu ou pas de prise sur ces grands réseaux de la finance internationale.
    Cette réalité des marchés financiers, bancaires et boursiers  a impulsé à son tour des fluctuations  des cours  sur les marchés des matières premières, de l’énergie, des produits agricoles et alimentaires conduisant à une déstabilisation de la situation économique et financière de nombreux pays. Elle a généré,  aussi la perte de la compétitivité de beaucoup de firmes  et secteurs d’activités de par le monde  avec comme  conséquence directe la baisse du pouvoir d’achat de millions de salariés, de pauvres, et de larges pans des classes moyennes. La gravité de ces crises à répétition  et leurs impacts sur la stabilité et la paix sociale de par le monde  incitent à poser la question de la moralisation des relations financières internationales, de la coordination des politiques économiques, de la régulation et du règlement des dysfonctionnements et des différends dans les actes économiques internationaux. Aussi, la création  d’un «Conseil de sécurité économique mondiale», dont la composition reflète la nouvelle répartition du pouvoir économique dans le monde, s’avère réellement nécessaire.  
    Toutes ces transformations imposent de changer radicalement de paradigme pour penser autrement la question économique dans les sociétés du XXIe siècle, comme elles incitent les états-nations, les groupements régionaux et les institutions internationales  à engager résolument les entreprises financières et non financières,  les territoires et les sociétés civiles organisées dans la construction d’une nouvelle génération de modèle de croissance et de formes alternatives de développement.

    L’avènement de nouvelles puissances démographiques

    Au vu des chiffres disponibles,  l’économie mondiale du XXIe siècle va connaître l’émergence  de nouvelles puissances démographiques. C’est ainsi, qu’à l’horizon 2050 sur une population estimée par le système des Nations Unies à 9,5 milliards, l’Inde avec 1,6 milliard d’habitants, la Chine avec 1,3 milliard et l’Afrique avec 2,4 milliards d’habitants  représenteront à elles seules plus de 55% de la population mondiale.
    En schématisant et au regard de ces nouvelles réalités démographiques, les pays du Nord connaîtront une dénatalité et un vieillissement de leurs populations et ce faisant ils auront besoin d’un apport  additionnel de population jeune et qualifiée. Les pays du Sud connaîtront quant à eux une explosion démographique avec une  pression sur leurs marchés nationaux  du travail, ainsi que sur les  besoins essentiels de leurs populations. Aussi, ces pays seront devant l’urgence impérieuse de créer plus de richesses pour financer la croissance et  la solidarité, et plus  d’activités économiques pour promouvoir l’emploi, notamment des jeunes, des femmes et des personnes à besoins spécifiques.
    De ce fait,  si les économies du XXIe siècle vont connaître le développement de nouveaux marchés et de nouveaux foyers de croissance, elles seront, aussi  devant un défi majeur qui est celui de la gestion de la mobilité de la  population mondiale consécutivement aux pressions migratoires qui vont nécessairement s’accélérer et prendre des formes de plus en plus atypiques.

     

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