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Culture

Forum de Fès
L’Islam doit faire son «aggiornamento»

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:4771 Le 12/05/2016 | Partager
Evolution des textes, Charia, ouverture… les propositions du philosophe Yves Michaud
«La situation des pays musulmans est comparable à celle des pays européens au XVIIe siècle»
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Le philosophe Yves Michaud a codirigé le Forum de Fès cette année. Il écrivait dans Le Monde, le 30 avril 2016, que «l’Islam n’est pas compatible avec la démocratie» (Ph. YSA)

Le Forum de Fès a rendu, cette année, un vibrant hommage aux «Femmes fondatrices», notamment musulmanes, ou encore celles contemporaines. Codirigée par le philosophe Yves Michaud, l’édition 2016 a été surtout marquée par des pensées paradoxales débattues toutefois dans la sérénité et le partage.

- L’Economiste: Dernièrement, vous avez écris dans «Le Monde» que « l’Islam n’est pas compatible avec la démocratie». Après avoir animé des débats sur des femmes légendaires musulmanes, maintenez-vous toujours votre position?  
- Yves Michaud:
Oui, je n’ai pas changé d’avis. Car, j’ai constaté dans les échanges du forum que la plupart des intervenantes demandaient une sérieuse étude et réouverture du questionnement sur la révélation et l’Islam. De manière à ce qu’il soit acceptable du point de vue de l’égalité et la liberté. Je dirais que ma remarque faite en France, «un peu grossière», concerne un Islam monolithique tel qu’on nous le présente. C’est-à-dire l’Islam du «Jihad» et non pas l’Islam de «l’Ijtihad». Je demande dans mes conférences et dans mon livre à ce que l’Islam accepte de faire son aggiornamento, sa critique, et son évolution. Et ce n’est pas impossible. Aujourd’hui, la situation des pays musulmans est un peu comparable avec celle des pays européens à la fin du XVIIe siècle. Simplement, il se trouve que, durant cette période, il y avait un énorme travail de critique et d’analyse de la révélation religieuse qui a abouti à ce qu’on appelle le déisme. Lequel a rendu la religion, au moins, conciliable avec la république et la démocratie. A cet égard, la majorité des participantes aux rencontres de Fès ont demandé à ce qu’on revienne à l’interprétation des textes et aux sources historiques et poser la question de la validité des textes et du contenu de la Charia. A cette condition, je changerai évidemment mon jugement… (rires).

- Deux jours durant, les rencontres ont transcendé plusieurs thématiques relatives aux «femmes religieuses», «éducation», «féminisme»... C’était un programme marathonien…
- Oui, c’était marathonien. Tout d’abord, parce qu’il fallait réunir toutes les intervenantes ensemble. J’avoue qu’il y avait un problème pratique. Et puis, il fallait aborder tous les sujets qui se contaminent. Les thématiques dédiées à la femme ne pouvant pas être traitées séparément, à plusieurs jours d’intervalle. En fait, souvent un débat enchaînait et raisonnait avec un autre. Ainsi, le premier jour a été consacré à quelques figures de «femmes dans l’histoire», la part de construction, invention, et référence identitaire, l’utilisation de ces héroïnes pour la politique, au service des femmes, la religion, etc. Ensuite, il y a eu un débat extrêmement pertinent sur la vision des femmes par les religions monothéistes avec des approches très différentes, puisqu’il y avait une théologienne protestante, une spécialiste de l’Islam politique, une féministe islamique, et une femme inspirée du soufisme. Il était regrettable de ne pas avoir eu une femme Rabin pour des raisons de calendrier. Par ailleurs, nous avons discuté des femmes au pouvoir. Mais le plus grand moment était celui de l’hommage rendu à la défunte Fatima Mernissi. On a mesuré l’importance de son œuvre et de son legs qui ont eu un retentissement mondial. Parce qu’elle avait inspiré au-delà du Maroc avec des contributions au féminisme.

- Presque tous les aspects de la «femme», y compris la sexualité, ont été débattus. C’est un choix audacieux…
- Nous avons examiné les questions de la famille, le désir et la fertilité. C’est-à-dire l’enjeu du corps féminin dans les sociétés. Nous avons enchaîné avec la question de l’éducation, l’imaginaire féminin et le féminisme. Ce dernier panel a montré bien la différence de développement des problématiques selon l’état de développement religieux et politique des pays, que ce soit au Moyen-Orient, en Europe ou au Maghreb. Je crois qu’on a bien couvert la question de la femme, et donné la possibilité aux habitués du forum de suivre cet enchaînement des idées et des débats. A ce titre, la contribution de la salle a été très positive. Elle a enrichi le débat, les réflexions et les questionnements, évitant à notre forum d’être une sorte de cours magistral. Et je me félicite pour cette réactivité.

- Malheureusement, les jeunes ont brillé par leur absence. Comment les réconcilier avec ce genre de rencontres?
- Je suis tout à fait d’accord avec vous. Mais d’expérience, je sais que les jeunes ne viennent pas à des conférences. La raison, cela fait partie des changements de la technologie. Les jeunes sont connectés au mode «vidéo». Ce que j’espère le plus, c’est de mettre en ligne les vidéos de l’ensemble des débats que nous avons filmés. Ou même à la limite de manière très brutale  couper ces débats en petites séquences de 6 minutes, de façon à ce que les jeunes puissent zapper… Je suggère la création d’une sorte de chaîne du forum du festival de Fès sur Youtube. De cette manière, on pourrait inviter les jeunes à voir nos débats et réflexions.

Parcours

Yves Michaud a enseigné la philosophie aux universités de Clermont-Ferrand, Montpellier, Rouen, Berkeley, Édimbourg, Tunis et Sao Paulo, puis à Paris Sorbonne. Dans le cadre de son activité de critique d’art, il a été directeur de l’Ecole des beaux-arts à Paris de 1989 à 1996.
Il a été le concepteur et l’organisateur de l’université de tous les savoirs, une université populaire libre faisant le bilan des connaissances actuelles (www.utls.fr). Ses domaines de prédilection sont la philosophie politique, l’esthétique, l’art contemporain et la philosophie de la culture. Son dernier livre Narcisse et ses avatars (Paris, Grasset, 2014) examine en 26 rubriques (abécédaire) les basculements de notre société, depuis A comme Avatar jusqu’à Z comme Zapper en passant par P comme People et Q comme Quantifier. Il publie fin mars dernier un nouvel essai: Contre la bienveillance, et prépare un livre sur la culture aujourd’hui: La culture entre deux mondes.

Propos recueillis par
Youness SAAD ALAMI

                                                     

Les coulisses des musiques sacrées

La 22e édition du Festival de Fès des musiques sacrées du monde se révèle avec des coulisses parfois anecdotiques. Ainsi, pour la 2e année consécutive, le spectacle de la Malienne Oumou Sangaré est annulé pour cause de pluies. «Il fallait programmer cette artiste au début de la campagne agricole afin d’assurer une bonne récolte», ironisent les habitués. Ces derniers ont été également privés du spectacle de la chanteuse ghanéenne OY, prévu mardi dernier. Cette fois-ci, ce n’est pas pour cause de précipitations, mais plutôt… parce que ses instruments n’ont pas atteint la destination finale de son long voyage (aéroport de Casablanca). Du coup, son show, intitulé «Space diaspora», a été reporté à mercredi 11 mai. «Fraîcheur et invention seront au rendez-vous», promet OY. En attendant, la troupe Hawniyaz a présenté une création inspirée des traditions kurdes et azéries. Liés par leurs racines communes et leur sens musical, ces solistes exceptionnels se sont retrouvés, à la salle de l’ex-préfecture de Fès Médina, pour une création qui, en contrepoint à l’actualité désastreuse au Proche-Orient, agit avec la force du symbole. La belle Aynur était ainsi entourée du pianiste de jazz azéri Salman Gambarov et de l’instrumentiste kurde Cemîl Qoçgirî. Le trio a abordé avec raffinement un répertoire imprégné des multiples influences de civilisations autrefois creuset de cultures somptueuses.
Yulduz Trurdieva a brillé par son absence. La chanteuse qui devait présenter la tradition du Shash-maqâm de Boukhara (Ouzbékistan) n’est pas venue. Il en est de même pour la chanteuse émiratie Ahlam qui a annulé son déplacement la veille du festival.
Signalons enfin que le festival de Fès n’a jusqu’ici pas fait une bonne recette en termes de vente de billets. Les caisses de la billetterie n’affichent qu’une petite somme de 2 millions de DH. Ceci, alors qu’auparavant, les ventes dépassaient les 5 millions de DH. En tout cas, les organisateurs espèrent que la demande sur les trois derniers spectacles attirent du monde. En attendant, ils scrutent le ciel.

 

 

 

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