×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Finances-Banques

    Change: Le dirham en «liberté conditionnelle»

    Par Franck FAGNON | Edition N°:4762 Le 29/04/2016 | Partager
    Les réaménagements vont élargir les bandes de fluctuation
    Bank Al-Maghrib prépare une annonce importante
    Théoriquement, un atout pour la compétitivité à l’export
    orevision_062.jpg

    Les conditions pour assurer une modification progressive du régime de change semblent réunies. Le processus devrait passer par l’instauration du ciblage de l’inflation. L’une des difficultés sera de déterminer le niveau ou la fourchette d’inflation souhaitable sachant qu’une hausse de l’ordre de 2% des prix est le scénario idéal pour la banque centrale dans le régime actuel (Source: BAM et FMI)

    Bank Al-Maghrib s’apprête à prendre un tournant nécessaire mais complexe dans  la politique de change. Le Maroc va engager la transition vers un régime de change flexible dans les prochains mois. Il ne va pas y aller totalement, car il restera des verrous: plus de marge de manœuvre, mais pas la flexibilité totale.  Les modalités et le calendrier seront arrêtés le mois prochain, a laissé entendre Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al-Maghrib à Washington lors des réunions du printemps du Fonds monétaire international et du groupe Banque mondiale. «Si nous avons libéralisé les échanges, il est logique dans le processus des réformes économiques de déréglementer la monnaie aussi», confie Mohamed Berrada, ancien ministre des Finances, architecte du retour à la discipline budgétaire dans les années 80.
    Des indicateurs macroéconomiques en nette amélioration, en tout cas par rapport à leur niveau de 2012, des réserves de change assez confortables qui couvriraient 8 mois et 15 jours d’importations de biens et services à fin 2017 et un marché financier assez mature (malgré tout) ouvrent une fenêtre favorable pour la mise en œuvre de cette réforme. Mais c’est un chantier qui n’est pas aisé. La migration se fera graduellement, insistent les autorités monétaires. «Il faut préparer les fondamentaux de l’économie à pouvoir supporter les conséquences d’une libéralisation de la politique de taux de change», fait savoir Pr Berrada.
    Les avantages de la transition sont nombreux. En premier lieu pour les exportations. Un taux de change plus «agile» se traduirait par un gain de compétitivité  sur les marchés extérieurs. «Un régime de change plus flexible permettra de favoriser les échanges extérieurs, encourager les flux d’investissement et améliorer la compétitivité de l’économie», relève un professionnel de marché.
    La réforme intervient dans un contexte de ralentissement de la croissance et de difficultés dans le secteur industriel. Après sept trimestres consécutifs de morosité, les industriels ont retrouvé un peu le sourire sur les premiers mois de 2016. Mais les tracas persistent dans de nombreuses industries. En dehors des métiers mondiaux du Maroc et principalement l’automobile, les autres branches d’activité peinent à émerger. La baisse des carnets de commandes, la concurrence ou encore des délais de paiement très longs affaiblissent les entreprises et limitent leurs investissements.

    change_taux_dh_062.jpg

    Une appréciation du taux de change effectif réel correspondrait à une perte de compétitivité alors qu’une dépréciation suppose un gain. Cependant, il faudra ajouter d’autres indicateurs tels que la structure des exportations ou encore la productivité pour mesurer la compétitivité-prix

    La souplesse du dirham pourrait apporter un souffle nouveau aux entreprises à moyen terme, lorsque la recomposition actuelle de l’offre exportable sera bouclée. De nombreux pays se sont servis du taux de change pour améliorer leur compétitivité extérieure. Toutefois, la gestion du taux de change ne suffira pas à elle seule à améliorer durablement la compétitivité. Elle dépendra aussi d’autres facteurs tels que la qualité des institutions et du système éducatif, le maintien de la stabilité macroéconomique, l’innovation technologique, le développement du secteur financier... «Il ne faut pas attendre des miracles du taux de change», prévient Christian De Boissieu, membre du collège de l’Autorité des marchés financiers et ancien président du Conseil d’analyse économique auprès du Premier ministre français (cf. L’Economiste du 27 avril 2016 sur  www.leconomiste.com).
    L’élargissement des bandes de fluctuation du dirham va modifier la politique monétaire de Bank Al-Maghrib. Le système fixe actuel facilite la maîtrise de l’inflation qui est le mandat officiel de Bank Al-Maghrib. «La transition vers un régime de change flexible requiert la mise en place d’une politique monétaire adaptée qui aboutira à la fin du processus à un modèle de ciblage de l’inflation», analyse BMCE Capital Markets. Bank Al-Maghrib devra s’engager sur un objectif d’inflation sur une période donnée et utiliser l’ensemble des moyens à sa disposition pour y arriver. Il faudra s’attendre à une manipulation plus régulière du taux directeur.
    Actuellement, une évolution des prix à la consommation de l’ordre de 2% est idéale pour la banque centrale. Reste à savoir si les objectifs seront les mêmes dans le cadre d’un système flottant. L’une des difficultés sera de déterminer le niveau d’inflation souhaitable. La gestion du taux de change peut redonner de la compétitivité aux exportateurs comme elle peut, de l’autre côté, pousser l’inflation importée. Ceci explique en partie la prudence des autorités monétaire dans la mise en œuvre de cette réforme. L’idée est qu’une fois le processus déclenché, il ne faudra pas faire marche arrière comme dans un certain nombre de pays. «Une transition ordonnée ne devrait pas impacter les ménages de façon substantielle dans un environnement d’inflation maîtrisée. Bien au contraire, un régime de change flexible permettra d’absorber les chocs exogènes et évitera la transmission des effets négatifs de ces chocs vers les prix ou vers les niveaux de salaire en préservant ainsi le pouvoir d’achat des ménages», indique un banquier.

                                                             

    2/3 des exportations prennent la route de l’Europe

    En quinze ans (2000-2014), la physionomie du commerce extérieur du Maroc a évolué avec notamment l’émergence de l’automobile ou encore l’aéronautique comme des secteurs moteurs à l’exportation.
    En revanche, les destinations phares des produits «made in morocco» restent inchangées. Deux tiers de nos exportations prennent la route de l’Europe et 61% de nos importations proviennent de ce marché. A l’intérieur de cette zone, la France et l’Espagne sont de loin nos principaux partenaires. La proximité avec l’Europe et l’accord de libre-échange sont des éléments facilitateurs pour le business. Mais l’avantage de la proximité ne joue pas avec les pays du continent par exemple. Cependant, le mouvement s’est accéléré ces dernières années avec l’expansion des entreprises marocaines en Afrique. Le poids des exportations vers les territoires africains a gagné cinq points par rapport à 2000. La hausse est de 4,3 points pour les expéditions vers l’Amérique. Malgré des accords de libre-échange, la balance commerciale avec certains pays reste lourdement déficitaire pour le Maroc. Le décalage avec les Etats-Unis par exemple était de 20 milliards de DH en 2014. C’est le deuxième plus important (derrière la Chine, -27 milliards de DH) parmi les principaux pays partenaires du Royaume. La flexibilité du taux de change pourrait aider à améliorer la compétitivité des produits marocains sur ces marchés.
    En 2014, le taux de change effectif réel (TCER) du dirham est resté stable. Il est en ligne avec les fondamentaux économiques, jugent les équipes du FMI. L’évaluation de la compétitivité-prix d’un pays repose souvent sur le TCER. Une appréciation correspondrait à une perte de compétitivité alors qu’une dépréciation suppose un gain.
    Cependant, il faudra ajouter d’autres indicateurs tels que la structure des exportations ou encore la productivité pour avoir une analyse plus fine. Globalement, la bataille se jouera avec les économies émergentes, dont certaines ont laissé filer leurs devises pour rester compétitives à l’export.

    Les entreprises encore dans l’expectative 

    La modification du système de change va nécessiter des ajustements importants au niveau des entreprises. «Cela va engendrer une volatilité plus importante des cours de change et nécessitera la mise en place de stratégies de couverture appropriées», dit un responsable de salle de marché. Aujourd’hui, les banques disposent d’une palette de produits de couverture du risque de change. De nombreuses sociétés n’ont pas encore intégré les changements qu’imposera la fluctuation du dirham. Le réaménagement du panier de cotation du dirham intervenu en avril 2015 n’a pas fait beaucoup réagir les opérateurs qui continuent pour la plupart  à effectuer des achats spot. Les banques auront un rôle de vulgarisation à mener dans la perspective du passage au système de change flottant.
    Par ailleurs, l’un des pré-requis à une transition efficace est la liquidité du marché interbancaire. Ce n’est pas forcément le cas aujourd’hui en raison du  régime de change actuel. «Les banques peuvent couvrir leurs positions sur le change en passant par le marché international. Elles traitent uniquement la parité euro/dollar pour se couvrir. Le passage à un régime de change flexible dynamisera les échanges entre les banques», explique un professionnel.

     

     

    Retrouvez dans la même rubrique

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc