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    Tribune

    Guerre économique, armes de paix

    Par Tarik EL MALKI | Edition N°:4753 Le 18/04/2016 | Partager

    Tarik El Malki, docteur en économie, plusieurs fois distingué par des prix de recherche, dont celui de L’Economiste. Il est directeur du développement, des relations internationales et de la recherche scientifique du groupe ISCAE et chroniqueur sur Atlantic Radio  (Ph. TM)

    Une nouvelle discipline a vu le jour: la géoéconomie, à cheval entre la géopolitique et les sciences économiques. Elle évalue et analyse les stratégies économiques à l’international, mises en place par les Etats pour accompagner le développement de leurs firmes. Une terminologie est apparue: guerre économique, compétitivité des territoires, intelligence économique,…
    La diplomatie économique devient un instrument de la puissance publique, d’accompagnement  des entreprises dans leur stratégie de conquête des marchés mondiaux. C’est aussi un outil de coordination de ces stratégies afin d’éviter les déperditions d’énergie et les rivalités stériles.
    Les leviers de la diplomatie économique:
    1. Les firmes multinationales: elles sont le vecteur de la mondialisation libérale et l’arme de compétition des Etats. Leur puissance économique dépasse souvent celle des Etats: la capitalisation boursière des 2.000 firmes les plus importantes au monde frôle les 40.000 milliards de dollars, de même que leur chiffre d’affaires consolidé alors même que le PIB mondial ne dépasse pas les 75.000 milliards de dollars! La puissance de ces firmes pose des problèmes quant aux externalités négatives: impacts sociaux, environnementaux et incapacité étatique de régulation.
    Quoi qu’il en soit, les dérégulations des années 1980 sont à l’origine de leur puissance, exacerbée par des éléments obligeant les pays à soutenir leurs activités à l’international. Citons, par exemple, les partenariats stratégiques entre firmes d’un même secteur afin de fixer et/ou de modifier les règles du jeu dans tel ou tel secteur d’activité; ou encore les pressions exercées par les lobbies et les associations professionnelles sur la conduite de la politique commerciale des Etats notamment ou encore sur le processus de négociation des traités internationaux, etc.

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    Réunion interministérielle de l’OMC en septembre 2015 à Naïrobi (Kenya). Ce type de rendez-vous sert à prévenir les conflits commerciaux entre Etats (Ph. AFP)

    2. L’intelligence économique: l’information juste, pertinente et facilement utilisable est un levier de compétitivité très important pour les firmes. L’information est souvent source d’innovation pour le développement d’actifs stratégiques. La veille stratégique et l’intelligence économique doivent être pratiquées à l’échelle des Etats  afin que ces derniers soient en mesure d’orienter et d’aider les firmes dans leur processus de prise de décision. Les pays ont la responsabilité de mettre en place des stratégies d’intelligence économique qui soient basées sur la collecte de l’information, son traitement et analyse, son organisation, sa diffusion et sa protection à travers des outils spécifiques. Les expériences diffèrent selon les pays. Les plus abouties sont le MITI japonais, l’Advocate Policy aux Etats-Unis et les Landers allemands.
    Les pays doivent repenser leurs stratégies économiques à l’international et repenser aussi le rôle de l’Etat. Ce dernier doit pratiquer un interventionnisme intelligent et évoluer d’une vision keynésienne vers une vision plus compétitive ou stratégique. Cette modification vise trois objectifs: d’abord, attirer les flux d’IDE en améliorant la compétitivité des territoires, ensuite, augmenter les volumes des exportations en améliorant la compétitivité des firmes exportatrices notamment  et enfin protéger les entreprises locales de la concurrence parfois déloyale des firmes étrangères.
    Ce faisant, le rôle de la diplomatie économique doit également être repensé et viser les objectifs suivants:
    - Intégration via les ensembles régionaux, vecteurs de développement des pays (relancer l’UMA);
    - Accords Etats-FMN pour favoriser les transferts de technologies et de connaissance (ex. implantation de Renault au Maroc);
    - Orientation des politiques publiques de fiscalité, éducation, développement des secteurs, amélioration de l’environnement des affaires, etc. vers le renforcement de la compétitivité à l’export des firmes;
    - Renforcement des partenariats triangulaires (rôle moteur du Maroc en Afrique).
    En conclusion, le renforcement de la diplomatie économique dans le monde doit se comprendre comme étant la nécessité pour les pays de s’adapter à un nouvel ordre économique mondial caractérisé par une guerre économique sans précédent. Résumée en une phrase, la diplomatie économique est «la guerre économique qui utilise les armes de la paix».

    Petit mémento

    La diplomatie économique doit être un axe majeur  de la politique étrangère du Maroc, qui doit mettre en place un certain nombre d’outils accompagnant sa diplomatie économique tels que:
    - Création d’une structure nationale d’intelligence économique dotée des moyens et de l’autonomie nécessaire;
    - Renforcement des capacités et des compétences des ressources humaines au niveau du ministère des Affaires étrangères;
    - Création d’une direction «Promotion économique» au sein du MAE et l’intégration du ministère du Commerce extérieur dans le giron du MAE;
    - Construction d’un Label Maroc;
    - Renforcement du rôle de la diplomatie parallèle, culturelle, religieuse et numérique.

     

     

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