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    Tribune

    Radiophysique et rayonnements ionisants
    Pourquoi il faut ouvrir la boîte noire

    Par Samir Mouatassim | Edition N°:4750 Le 13/04/2016 | Partager

    Docteur de l’ULP de Strasbourg et radiophysicien diplômé en France et agréé en tant que PSRPM, Samir Mouatassim a exercé en France, au Maroc et évolue actuellement dans un centre de la capitale. Il enseigne dans les Masters de physique médicale et participe en tant que conférencier dans la Formation supérieure régionale en radioprotection et sûreté des sources de rayonnements ionisants organisée par l’AIEA en collaboration avec le CNESTEN et l’EMI, et qui est à sa 8e édition. Il est l’actuel président de l’AMPM; association  très active dans l’organisation de symposiums et manifestations scientifiques (www.asso-ampm.com) (Ph. MS)

    De nos jours, le physicien médical est le professionnel qui connaît les concepts et méthodes physiques et maîtrise les techniques associées aux applications de la physique en médecine. Le radiophysicien est quant à lui le professionnel qui est spécialisé dans les applications associées à l’utilisation des rayonnements ionisants dans un but thérapeutique ou de diagnostic. Son rôle est devenu primordial avec l’émergence de la radioprotection en tant que discipline hautement importante, le développement de la radiothérapie, l’utilisation de plus en plus de sources de rayonnements ionisants en médecine et l’avènement des accélérateurs dans les services de radiothérapie.

    Meilleurs horizons

    Dans notre pays, les conditions d’exercice des radiophysiciens sont intolérables et source de gros problèmes. Le radiophysicien n’est défini nulle part et ses attributions ne sont cernées par aucune réglementation. Radiophysicien reste une profession citée, sans aucune définition ni attributions, dans quelques textes réglementaires qu’on peut compter au bout des doigts.
    Comme corollaire à cette situation des plus rocambolesques, un employeur du secteur privé serait tenté de choisir un profil (physicien ou non) qu’il jugerait lui-même bon pour exécuter les tâches qu’il lui confierait. Fort heureusement, ce ne sont que des cas exceptionnels qui agissent de la sorte.
    La plupart des centres privés font appel aux radiophysiciens les plus compétents et n’hésitent pas à aller dénicher des professionnels aguerris en Europe. Il y en a même qui ont investi dans la formation de leurs physiciens et les ont formés à l’étranger.
    Dans le secteur public, ce sont des administrateurs ou rarement des ingénieurs qui endossent la responsabilité de radiophysicien. Dans un centre, que je ne dénommerai pas, une biochimiste s’est retrouvée dans un service de radiothérapie où la mission de radiophysicien lui a été confiée. Pire, un centre d’une grande ville s’est retrouvé du jour au lendemain sans radiophysicien. Dans ces conditions, des physiciens bénévoles ont été sollicités pour remplir ce vide et ça continue de la sorte depuis presque 2 ans. Les physiciens les mieux formés finissent systématiquement par fuir le secteur public vers de meilleurs horizons quand l’occasion se présente.
    Depuis 2009 et en l’absence d’une formation clinique professionnelle, les lauréats du Master de physique médicale abondent sur le marché et sont les mieux à même d’évoluer vers le métier de radiophysicien. Aussi, les pouvoirs publics devraient-ils intervenir pour arrêter le recrutement anarchique, définir les attributions du radiophysicien et les diplômes et prérequis permettant l’exercice de
    cette profession et enfin mettre les moyens qu’il faut pour la formation et la mise à niveau des professionnels du domaine.
    Mais au fait, quelle est la réalité des missions du radiophysicien? En radiothérapie, le radiophysicien est le garant de la dose administrée au patient et ceci est traduit dans la majorité des législations étrangères notamment européennes et nord-américaines. Pour cela, il doit être hautement qualifié et en mesure de calibrer les faisceaux utilisés pour traiter les patients.
    Il configure les logiciels (TPS) et les unités informatiques exploités dans le cadre de la dosimétrie. Il prépare les plans de traitement en interaction et en concertation avec le radiothérapeute. Dans ce contexte, il joue le rôle de pharmacien des rayonnements en radiothérapie. Toute erreur de sa part serait fatale pour le patient voire pour toute une cohorte de patients si l’erreur est au niveau de la calibration de l’accélérateur.
    Les techniques de traitement devenant de plus en plus complexes, c’est à lui qu’incombe la responsabilité d’implémenter les outils de la modulation d’intensité des faisceaux et de préparer le plateau technique pour la production de plans de traitement d’une haute technicité (IMRT, VMAT, RapidArc) au bénéfice des patients; permettant ainsi de sculpter en dose d’irradiation le volume tumoral et d’épargner autant se faire que peut les tissus sains. Il joue également un rôle similaire en radiochirurgie aux côtés des neurochirurgiens et des radiothérapeutes.
    En outre, le radiophysicien est responsable du programme d’Assurance Qualité (AQ) associé aux accélérateurs et aux équipements utilisés en radiothérapie et doit veiller à ce que les Contrôles de Qualité (CQ) soient exécutés régulièrement. Il vérifie en particulier les paramètres géométriques et dosimétriques des unités de radiothérapie (accélérateurs, etc.) et, au besoin, en ajuste le réglage. Généralement derrière les rideaux, le radiophysicien veille donc à ce que les patients se voient prodiguer en tout temps un traitement de très haute qualité.
    En imagerie diagnostique le radiophysicien consacre le plus large de son temps de travail à l’optimisation de la dose délivrée au patient dans le cadre de son examen diagnostique et à la qualité de l’imagerie. Son ultime objectif est que chaque appareil de radiodiagnostic délivre le minimum de dose possible compatible avec une qualité d’image et une information diagnostique préservées. Pour ce faire, il dispose d’une trousse de techniques de contrôle et utilise les protocoles les plus évolués; élaborés par les sociétés savantes du domaine. Pour s’acquitter de ses tâches, le radiophysicien doit non seulement avoir une solide formation de base sur les modes de fonctionnement des appareils radiologiques mais également mettre à jour régulièrement ses connaissances compte tenu des évolutions technologiques que connaît le domaine.

    Doses d’irradiation

    D’autre part, le radiophysicien est engagé dans les stratégies de réduction de la dose aux patients dans le cadre des examens de radiodiagnostic. Tout citoyen est conduit à un moment ou à un autre de sa vie à subir un examen radiologique (radiographie, scanner ou autre). La dose reçue lors d’un tel examen n’est pas anodine. En effet, le cumul des doses d’irradiation que reçoit un sujet, sa vie durant, augmente chez lui le risque d’effets stochastiques.
    S’agissant de la population, on parle de dose collective. Plus une population est exposée aux rayonnements ionisants plus sa dose collective est augmentée. Ce qui y accroît le risque des effets stochastiques et par voie de conséquence l’incidence du cancer. Au Maroc, les doses reçues par les citoyens en imagerie médicale échappent au contrôle. Le parc radiologique est très hétérogène (Equipements de pointe et d’autres vétustes trop irradiants), ce qui est loin d’offrir les conditions pour la réussite de tout programme de dépistage faisant appel à des équipements de radiodiagnostic.
    Aussi est-il venu le temps de mettre un terme à cette situation qui contraste avec les recommandations de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Au vu de ses missions, il est clair que le radiophysicien doit être hautement qualifié pour mener à bien les missions qui lui incombent d’assumer. Dans cette optique et à plus d’un titre, l’enseignement et la recherche en physique médicale sont des axes à développer.

    Un pilier de l’oncologie

    Le radiophysicien est l’un des acteurs principaux de la lutte contre le cancer. D’une part par son engagement dans les services de radiothérapie, il doit assurer les conditions d’une précision optimum dans l’administration des traitements. Il garantit la bonne dose (responsabilité radiophysicien) au bon volume (responsabilité médecin). Tout surdosage conduirait à des effets secondaires qui peuvent parfois être mortels et le sous-dosage ouvrirait la voie à la récidive de la maladie.

     

     

     

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