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Chronique

L’Europe face à ses défaillances de sécurité

Par Mustapha TOSSA | Edition N°:4741 Le 31/03/2016 | Partager

Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres, destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale (Ph. M. T.). 

Alors que la fumée des attentats de Belgique ne s’était encore pas totalement évaporée du ciel de Bruxelles que déjà à Paris des accusations implicites d’incompétence et des reproches à peine voilés de mauvais management du phénomène du terrorisme sont  adressés aux autorités et aux services de sécurité belges. Cette attaque violente et frontale, alors que l’émotion n’était pas encore retombée, était enveloppée sous le vocable de «naïveté». Et dans le contexte dramatique actuel, le mot est assassin et l’attaque méchamment rabaissante.
Quand ce mot «naïveté» fut prononcé sur les plateaux de télévision par des commentateurs ou des spécialistes de sécurité, son importance fut moindre car son utilisation pouvait révéler un point de vue personnel sans grande effet. Mais quand le même concept fut repris par un ministre de la République, Michel Sapin, ministre des Finances, de surcroît très proche du président français François Hollande, la charge contre les insuffisances de l’Etat belge fut sans concession.
C’est que cette réaction, politiquement épidermique, reflète aussi la somme de nombreux agacements français à l’égard de la Belgique depuis les attentats de novembre dernier. Cette Belgique était décrite par la presse européenne comme la plaque tournante du djihadisme européen. Paris découvrait avec quelle facilité des cellules terroristes, majoritairement concentrée dans le dorénavant mythique et tristement célèbre quartier de Molenbeek, pouvaient se livrer à leurs besognes conspiratrices à

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Le grand défi aujourd’hui est d’arriver à imaginer une politique de lutte contre le terrorisme pour rendre «tous les Molenbeek» d’Europe imperméables au discours de la violence et de la terreur (Ph. AFP)

l’insu des fins limiers belges, y compris ceux qui portaient dans leur casier judiciaire un lourd  et bruyant passif djihadiste.
A l’époque, Paris reprochait à Bruxelles de ne pas lui avoir fourni les informations nécessaires pour éviter les carnages de novembre. A cette période, ces défaillances ont été mises sur le dos d’une absence de coopération entre les services européens qui se sont révélés loin d’être à la hauteur des défis de sécurité qui s’imposent actuellement à l’Union européenne.
La situation des autorités belges a été rendue encore plus compliquée par les révélations des autorités turques qui affirment leur avoir transmis le pedigree terroriste d’un des frères El Bakraoui sous forme d’une alerte sérieuse. La Belgique, qui avait démenti dans un premier temps ces informations, ne semblait pas avoir accordé une importance suffisante à l’avertissement turc. Ce qui explique pourquoi ce terroriste catalogué était non seulement laissé en liberté mais n’était pas l’objet d’une surveillance particulière.
Et quand au lendemain des attentats de Bruxelles, le monde entier pouvait entendre dans la bouche de François Hollande, Bernard Cazeneuve ou Manuel Valls exiger encore une coopération plus accrue entre les services de sécurité, le message était clairement perçu que les leçons n’ont pas encore été tirées ni des sanglants

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attentats de Charlie Hebdo en janvier ni de ceux de Paris en novembre. S’est alors invitée dans le grand déballage sur la sécurité en Europe cette polémique sur l’existence d’une vraie coopération entre services de sécurité des pays de l’Union, d’un échange réel d’informations sensibles sur des individus et des groupes terroristes susceptibles de passer à l’acte. Pour une opinion européenne effarée, le simple fait de poser cette interrogation est source d’angoisses.
Ces persistantes défaillances posent la problématique d’une agence européenne commune de lutte contre le terrorisme qui aurait plus de pouvoir et d’habilitation que les structures déjà existantes au sein de l’Union européenne et dont la mission est la sécurité et la protection du territoire. Lorsque l’idée de créer une sorte de «FBI européen» fut lancée, il lui fut opposé un argumentaire paralysant. Cette structure ne peut voir le jour et atteindre le niveau d’efficacité escompté à cause de la grande variété et autres différences dans les cultures de renseignements au sein des pays de l’Union européenne. Comment donc organiser la lutte contre les cellules djihadistes qui profitent de l’absence de frontières entre les pays de l’Union pour monter et dérouler leurs entreprises terroristes.
Les attentats de Paris puis ceux de Bruxelles commis par le même réseau posent aux pays de l’Union un vrai défi de sécurité. Une approche européenne commune aussi bien dans le démantèlement des cellules que dans le lutte idéologique contre les discours radicaux semble plus nécessaire que jamais. Au-delà du plaisir, parfois sadique de certains, de pointer la naïveté belge, le grand défi aujourd’hui est d’arriver à imaginer une politique de lutte contre le terrorisme pour rendre «tous les Molenbeek» d’Europe imperméables au discours de la violence et de la terreur.

Souligner les échecs

Le spectre des Molenbeek à la française est le grand débat qui agite aujourd’hui la vie politique parisienne. La droite et l’extrême droite applaudissent des deux mains l’approche d’un membre du gouvernement Valls qui valide l’ensemble de leurs démarches sur les gestions des questions migratoires. La gauche, qu’elle soit au gouvernement ou dans l’opposition, grince des dents. Non seulement cette vision est susceptible de nourrir la machine à stigmatiser qui pourrait aboutir à l’effet inverse en pointant deux visions cauchemardesques pour la paix sociale,
«le milieu incubateur» et son pendant la notion de «cinquième colonne» , mais elle souligne les échecs d’une gauche au gouvernement depuis quatre ans et qui a été incapable de changer la vie des quartiers malgré les promesses ronflantes de François Hollande. Mettre en lumière un tel échec à quelques mois d’un grand rendez-vous électoral est de nature à exciter les esprits et les appétits...

 

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