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Chronique

Des raisons russes de lever le pied en Syrie

Par Jean-Louis Dufour | Edition N°:4737 Le 25/03/2016 | Partager

Notre consultant militaire, Jean-Louis Dufour, est un ancien officier supérieur de l’armée française. Il a servi en qualité d’attaché militaire au Liban, commandé le 1er Régiment d’infanterie de marine et le bataillon français de la Finul. Chargé du suivi de la situation internationale à l’état-major des Armées (EMA-Paris), il s’est ensuite spécialisé dans l’étude des crises et des conflits armés. Ancien rédacteur en chef de la revue «Défense», professeur dans nombre d’universités et instituts francophones, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels «La guerre au 20ème siècle» (Hachette, 2003), «La guerre, la ville et le soldat» (Odile Jacob, 2006), «Un siècle de crises internationales» (André Versaille, 2009) (Ph. Archives)

Vladimir Poutine aime surprendre. Ainsi, a-t-il décidé, le 14 mars, d’amorcer le retrait partiel de ses forces stationnées en Syrie. Selon lui, en effet, l’intervention conçue pour combattre le terrorisme aurait été menée à bien.  L’explication est un peu courte. On aimerait que le président russe dise la vérité. Ce n’est pas le cas! De son côté, la presse internationale cherche les raisons d’un tel retrait mais n’en trouve guère qui soient déterminantes. Les motifs d’essayer d’en finir sont en effet nombreux. Reste que cette évolution surprise de la guerre en Syrie, même si elle se révèle provisoire, soulève certaines questions dont les réponses peuvent aider à comprendre le pourquoi d’une telle décision.
La Russie est intervenue en Syrie, d’abord en raison de l’attrait que représente l’établissement d’une position solide sur les bords de la Méditerranée. Un libre accès à une «mer chaude» est une vieille ambition caressée par les Tsars. De plus, en Syrie, Moscou n’est pas en terre inconnue. Dans les années 1970 et 1980, l’Armée rouge y entretenait de cinq à dix mille hommes, chargés de former l’armée syrienne à l’emploi des matériels soviétiques. Ceux-ci constituaient alors - c’est toujours vrai - l’essentiel de ses moyens de combat, à l’exception de missiles anti-chars Milan et des hélicoptères Gazelle, dotés de missiles Hot(1). En 2016, l’ambition officielle est de combattre l’Etat islamique ainsi que d’autres groupes où figurent quelques citoyens russes. Même si Moscou s’est efforcé de frapper les rebelles au président Assad de préférence aux militants de Daech, il est clair que l’intervention a infligé aussi de sérieuses pertes à ces derniers.

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Là, pourtant, n’est pas l’essentiel. En impliquant son armée en Syrie puis en annonçant un début de désengagement, Vladimir Poutine a retrouvé une place majeure sur l’échiquier mondial qu’il estime devoir lui revenir. En Syrie, la Russie démontre sa capacité d’agir utilement au-delà de ses frontières, au plan politique comme au plan militaire. Non seulement Moscou lutte contre le terrorisme, mais il rétablit surtout le régime de Bachar Al Assad. Dans une Syrie déchirée par les conflits, aux prises avec de multiples éléments armés qui se combattent les uns les autres, le président russe rend au fond service à Barack Obama et à quelques autres qui ne voient pas d’un mauvais œil s’ébaucher une normalisation de ce pays… Au reste, il ne s’agit pas pour Moscou d’abandonner Damas à ses démons. Même si le Kremlin dit vouloir retirer de Syrie l’essentiel de ses moyens aériens, il ne cite aucune date et indique clairement son intention de conserver l’usage de la base aérienne de Bassel al Assad, près de Lattaquié, ainsi que du port de Tartous. Quant au coût de l’opération, estimé à 38 milliards de roubles (soit 500 millions d’euros)(2), il n’est pas tel qu’il soit devenu insupportable.
En allégeant son dispositif, la Russie évite l’enlisement auquel de bons esprits la condamnaient; surtout, elle tend à échanger sa présence en Syrie contre un autre enlisement, bien réel celui-là, et ô combien crucial, l’Ukraine. Celle-ci fait partie de cet «étranger proche» où les Russes sont nombreux. Si les combats entre l’armée ukrainienne et les séparatistes russes ont baissé d’intensité, des accrochages quasi quotidiens perdurent. Vladimir Poutine semble laisser de  côté le dossier syrien pour reprendre en main celui du Donbass que les accords de Minsk, en février 2015, n’ont pas réussi à régler. La Russie aimerait voir l’Union européenne renoncer à des sanctions qui la gênent. En donnant l’impression qu’il se désengage de Syrie et en cessant de bombarder ses villes, Moscou espère probablement tarir le flot des réfugiés pressés de trouver refuge en Europe. C’est là un bon argument pour se gagner les bonnes grâces de Bruxelles. Il n’y a d’ailleurs pas de temps à perdre. L’UE devrait décider en juillet du devenir de ces sanctions; mais, déjà, le 14 mars, l’Italie et la Hongrie ont jugé utile de préciser que leur renouvellement  n’était pas automatique; comme leur prolongation ne peut être décidée qu’à l’unanimité, une seule voix «contre» suffirait…  La Russie multiplie les stratégies en vue d’aboutir à autant de résultats, ce qui est loin d’être garanti. Seule certitude, Vladimir Poutine va continuer à manœuvrer librement dans cette partie du monde Europe-Proche-Orient en constante évolution. Le maître du Kremlin dispose d’une évidente supériorité : il est seul à décider ! En face de lui se trouvent 28 Etats européens peu portés au consensus et un président Obama qui termine difficilement son deuxième mandat, handicapé par un Congrès en majorité républicain et peu sensible au principe démocratique du compromis.  A l’évidence, la partie n’est pas égale.

Un plan de paix russo-américain

John Kerry et Sergeï Lavrov se seraient entendus sur le principe d’une structure fédérale pour la Syrie, seul moyen d’y ramener la paix. Les grandes lignes d’une partition auraient été définies.
Soutenue à la fois par la Russie et l’Iran, la minorité alaouite serait chargée de la zone où elle vit, de Lattaquié au nord à Damas au sud; une région kurde autonome au nord-est du pays, appelée Rojava, serait créée; le reste du pays reviendrait aux sunnites, qui pourraient recevoir un appui aérien occidental et russe pour chasser l’Etat islamique de son point fort de Raqqa.
Toutefois, la situation sur le terrain ne favorise pas une solution aussi simple. L’un des obstacles à pareil découpage est le fait que certaines grandes villes, à commencer par Alep et Homs, demeurent hautement disputées…o
Extrait (traduction) de «Putin the peacemaker», The Economist, 14 mars 2016       

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(1) Ce dernier système d’armes était d’ailleurs fort redouté par l’armée israélienne si l’on en croit  une remarque d’Ariel Sharon, ministre israélien de la Défense, en juin 1982, à une époque où il avait lancé les FDI à l’assaut du Liban et de Beyrouth, pour y réduire le « nid de terroristes » qui était censé s’y trouver…
  (2) Estimation du journal russe RBK Daily, citée par I. Mandraud, in Le Monde,  20-21 mars,  p.24  

 

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