×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Tribune

Les modèles asiatiques, source inépuisable de leçons pour l’Afrique

Par Mama Hamimida | Edition N°:4732 Le 18/03/2016 | Partager

Mama Hamimida est économiste et professeur à l’Université Hassan II de Casablanca (Ph. MH)

Parmi les pays à revenu moyen, certains sont parvenus à réaliser une croissance économique et s’inscrire dans la catégorie des pays «émergents» alors que d'autres sont toujours incapables de se prendre en charge sans une aide extérieure. A l’approche purement économique de la croissance, s’ajoutent des approches multidimensionnelles et pluridisciplinaires fixant les objectifs à atteindre en fonction des spécificités locales des différents pays et de leurs interactions avec l’environnement international: une bonne répartition des richesses, des infrastructures, une ouverture progressive des économies, des intégrations régionales, des réformes institutionnelles, des spécificités démographiques, des avantages géographiques, etc. En suivant cette voie, beaucoup de pays ont pu réaliser leur ascension économique, notamment les pays asiatiques marqués par des changements très rapides. Pourquoi les pays d’Afrique qui présentaient des situations favorables, en étaient incapables? La croissance élevée dans certains d’entre eux a été très peu créatrice d’emplois. Dans les pays asiatiques, les modèles économique sont appliqués au regard de leur évolution réelle, des spécificités de leurs territoires et de leurs populations.

S'insérer dans la mondialisation

L’Etat intervient à la fois dans les politiques industrielles, d’ouverture aux IDE et celles de taux de change pour s’insérer dans la mondialisation. Ces pays ont su tirer avantage de cette dernière et l’utiliser en leur faveur. Le Vietnam donne un bon exemple. Son ouverture s’est faite progressivement avec une normalisation de ses relations avec les autres pays membres de l’Asean après une période de repli. Les afflux des IDE de Thaïlande et de Chine et les «joint-ventures» lui ont permis de se moderniser. La libéralisation du marché a favorisé les échanges commerciaux intérieurs et a permis l’augmentation du niveau de vie de la population. Les plus grandes puissances économiques de l’Asie sont protectionnistes. Tout en protégeant leurs marchés intérieurs, elles inondent les marchés extérieurs de leurs produits. Presque toutes les voitures vendues au Japon, en Chine et en Corée du Sud sont produites localement.

La Chine a imposé d’abord des droits de douane de 100% sur les importations de véhicules en encourageant le montage sur place. Ensuite, elle a augmenté ces droits sur les pièces détachées pour avoir toute la filière. Les dimensions locales, nationales, régionales et internationales sont à la fois très concurrentes et articulées. D’une part, les Etats imposent aux agents économiques des normes de concurrence internationales, et d’autre part, instaurent des réformes pour encourager une différenciation spatiale au sein de l’espace national afin de bénéficier du processus d’internationalisation.

L'éducation, pivot des modèles

Les investissements sont orientés vers des industries à haut potentiel de productivité et de création d’emplois. Les IDE sont accueillis tout en protégeant les entreprises locales.  L'éducation a été l'un des aspects les plus importants des modèles asiatiques. La main-d'œuvre est sur-éduquée à Hong Kong, Singapour, Taïwan et Corée du Sud (PISA de l'OCDE, 2015).  Les pays d’Afrique sont restés, par contre, dans leur dépendance vis-à-vis de l’Occident. La crise de 2008 en témoigne: baisse des échanges commerciaux; baisse des transferts des migrants à leurs familles; baisse des investissements étrangers; diminution de l'aide publique au développement, sans oublier les conséquences sur le niveau de la dette. L’impact sur l’éducation et la santé a été très néfaste car ce sont des secteurs financés par des ressources gouvernementales et des fonds extérieurs. L’industrie en Afrique est à la traîne. Quant à l’agriculture, sa part dans le PIB, selon les estimations de l’OCDE (2013), est seulement de 12%, alors qu’elle emploie plus de 60% de la population active. Les caractéristiques principales de ces pays se résument à un faible niveau d'éducation, des modèles économiques copiés sur ceux des pays occidentaux, des programmes de développement appliqués à l’aveuglette, des partenariats désavantageux avec le Nord, des réformes institutionnelles non adéquates avec l'évolution de l'économie et de la compétitivité internationale.

Les crises, une opportunité de propulser de nouveaux
changements

modele_asiatique_032.jpg

En Asie, les investissements sont orientés vers des industries à haut potentiel de productivité et de création d’emplois. Les IDE sont accueillis tout en protégeant les entreprises locales (Ph. AFP)

Les Etats d’Afrique doivent mettre en place les conditions institutionnelles pour le développement du capitalisme dans sa forme agraire d’abord avant de s’attaquer ensuite aux industries; protéger leurs entreprises avant de les intégrer dans les stratégies commerciales; s'aligner sur les concurrents et assainir l’environnement des affaires. La mobilisation des ressources financières est très importante pour financer les investissements, cependant, elle ne doit pas être contraignante. Le retrait des institutions financières non africaines est un pas dans ce sens. MTN avait donné l’exemple avec le financement de ses opérations en Côte d'Ivoire par un ensemble de banques toutes africaines et le Port Autonome d’Abidjan est financé par Afreximbank.

Le renforcement de leurs relations économiques dans le but de créer un marché régional capable d’absorber les produits manufacturés et la promotion des relations Sud-Sud pourraient stimuler leur économie et renforcer leur position à l’échelle mondiale. L’objet ici n’est pas de dire qu’il faut copier les modèles asiatiques car il n’y a pas de modèle qui est applicable à toutes les situations. Mais le choix d’un modèle qui reflète les atouts, les caractéristiques et les spécificités du pays est capital pour aboutir à des solutions adaptées au contexte du territoire et à la culture. C’est la clé de la réussite, les pays asiatiques l’ont compris et les pays d’Afrique doivent en tirer les leçons. La comparaison de la transition économique des années 90 en Russie mise en place ou copiée sur des modèles occidentaux et celle de la Chine conçue par elle-même, est un exemple qui se passe de tout commentaire. La crise de 2008 a montré quelques limites des modèles asiatiques et plus particulièrement celui de la Chine. Mais les crises ne sont-elles pas des modèles économiques viables, une opportunité de propulser de nouveaux changements?

Intégration régionale

Un autre facteur important de la réussite de ces modèles est le degré d’intégration régionale. Le processus d’intégration régionale en Asie du Sud-Est est considéré comme le plus réussi malgré sa complexité.  L’espace d’intégration économique le plus pertinent pour l’économie politique internationale est (…) celui qui va de la Chine à l’Indonésie, autrement dit l’Asean+5 (Chine, Hong Kong, Japon, Taïwan, Corée du Sud) (Alary et Lafaye De Michaux, 2013). La crise de 2008, marquée par l’effondrement de la demande occidentale et la chute des IDE, a poussé ces pays à renforcer leur commerce régional.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    communicati[email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc