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Chronique

La Turquie... gendarme et repoussoir!

Par Mustapha TOSSA | Edition N°:4731 Le 17/03/2016 | Partager

Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres, destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale (Ph. M. T.). 

LE sommet de Bruxelles du 17 et 18 mars a été qualifié par beaucoup comme le sommet de la dernière chance. Celui où l'Union européenne est confrontée à des choix difficiles et décisifs à prendre. L'enjeu pour elle est d'une nature déterminante. Soit elle conclut le grand accord avec la Turquie susceptible d'arrêter les hémorragies de réfugiés, en majorité syriens, qui se déversent sans cesse sur son territoire au risque de représenter une menace sur sa sécurité et sa stabilité. Soit elle cale sur cette crise et laisse la porte ouverte à toutes les évolutions, y compris celles qui remettront en cause les mécanismes de son union et donc de sa stabilité et sa prospérité. Cette réalité et ces enjeux, la Turquie dirigée par Tayyip Erdogan, islamiste de plus en plus autoritaire, l'a bien compris. Il met sur la balance des négociations avec Bruxelles un grand troc: jouer au gendarme qui érige un grand sillage pour protéger les pays de l'Union européenne de ces réfugiés indésirables quitte à en recevoir ceux que l'Europe pourrait être tentée d'éloigner dans le cadre d'opérations d'expulsions collectives. Et ce, en échange d'une aide financière qui s'élève à 6 milliards d'euros et des engagements fermes à accélérer le processus d'adhésion en levant les obstacles à l'octroi de visas aux citoyens turcs. La Turquie est consciente que le prix à payer pour l'Union européenne en cas de dislocation de son architecture est beaucoup plus élevé que celui qu'elle consent à lui céder pour jouer les gendarmes protecteurs de son flanc Est. C'est l'occasion rêvée pour les autorités turques de faire valoir leur utilité stratégique et de tenter de porter un coup à l'attitude traditionnellement hautaine et pleine de mépris avec laquelle Bruxelles avait l'habitude de traiter les affaires turques.

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La Turquie est consciente que le prix à payer pour l’Union européenne en cas de dislocation de son architecture est beaucoup plus élevé que celui qu’elle consent à lui céder pour jouer les gendarmes protecteurs de son flanc Est (Ph. AFP)

Une fois dévoilé, ce contrat du siècle qui semble être l'œuvre de la chancelière allemande Angela Merkel, a suscité des haut-le-cœur au sein de la classe politique européenne. Un de ses détracteurs semble avoir trouvé la formule qui a fait mouche. Si cet accord voit le jour, cela reviendrait à donner les clés du vieux continent au sultan Erdogan.  Les réactions révoltées qui se sont enchaînées sur la question ont révélé à quel point la Turquie, grand pays musulman, frontalier de l'Europe, suscitait encore craintes et fantasmes.

La Turquie de Tayyip Erdogan suscite bien des angoisses aussi bien pour ses voisins européens qu'arabes. Membre considéré par les Américains comme aussi incontournable que précieux pour l'Otan, cette Turquie poursuit son jeu trouble à l'égard de la crise syrienne en général et de l'organisation de l'Etat islamique en particulier. Soupçonnées de fermer les yeux, voire d'avoir une attitude objectivement complice avec cette organisation terroriste, les autorités turques ont préféré concentrer leurs stratégies militaires pour contrer le séparatisme kurde de la région plutôt que pour stopper l'ascension de Daesh. Cette posture avait fait de la Turquie le passage généreux pour tous les djihadistes arabes et européens qui tentaient de rejoindre l'organisation de l'Etat islamique et un havre paisible pour son commerce.

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D'ailleurs, comme un effet boomerang, la Turquie subit de plein fouet les conséquences terroristes de sa politique. Ankara met régulièrement sur le dos des Kurdes les spectaculaires attentats qui l'ont frappé ces derniers mois et ajuste sa politique militaire en fonction de cette analyse.
Au-delà de cette problématique kurde qui configure l'ensemble des relations internationale et régionale de la Turquie, le processus de négociation de son adhésion à l'UE  et les freins qui l'ont paralysée sont éclairés aujourd'hui d'un nouveau jour. Et il n'est pas acquis que cette crise des réfugiés puisse rapprocher les points de vue entre Européens et Turcs. Les premiers sentent une nauséabonde odeur de chantage et le font savoir avec la délicatesse du désespoir. Les seconds croient déceler dans cette crise une occasion inespérée de faire avancer leurs agendas et de s'attribuer à peu de frais une éternelle allégeance européenne. C'est dire à quel point ce sommet de l'Europe sonnera le tocsin de la vérité et mettra les pays membres devant des choix réellement historiques.

                                                                          

Xénophobie, islamophobie...

DANS les urgences qui pèsent sur l’Union européenne pour parvenir à un accord mutuellement bénéfique avec la Turquie, il n’y a pas que l’espace Schengen qui est menacé de s’écrouler. La présence de plus en plus visible de réfugiés dans les pays européens et les défis sociaux et sécuritaires qu’ils imposent aux pouvoirs publiques des Etats membres sont aussi importants. Il a été constaté une recrudescence significative de la xénophobie sur laquelle de nombreux partis de l’extrême droite bâtissent leurs fortunes politiques. En France, le parti de Marine Le Pen semble avoir le vent en poupe au point que les sondages n’hésitent plus à pronostiquer une qualification de sa  championne au second tour des prochaines présidentielles. En Allemagne, les dernières performances de «L’alternative Für Deutschland (AfD)» ont été considérées comme une alerte sérieuse adressée à la politique suivie par la chancelière Angela Merkel. Dans d’autres pays européens, notamment scandinaves, jadis connus pour leurs traditions d’accueil, commencent à subir l’essor des partis xénophobes et islamophobes. Cela augure de tensions extrêmement clivantes au sein de ces sociétés qui peuvent aller jusqu’à remettre l’idée même du vivre ensemble, de tolérance et d’autres valeurs sur lesquelles les démocraties européennes ont été fondées. C’est dire l’ampleur des menaces que cette crise des réfugiés fait actuellement peser sur l’Europe.

 

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