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Chronique

Quand Riyad sanctionne l’Iran...

Par Mustapha TOSSA | Edition N°:4726 Le 10/03/2016 | Partager

Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres, destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale (Ph. M. T.). 

CES dernières semaines, l'Arabie saoudite a concentré son feu politique et diplomatique sur le Liban. Déjà engagé militairement contre la rébellion houtiste au Yémen, elle vient d'adresser deux coups durs à un pays aux équilibres extrêmement fragiles. Le Liban, voisin du chaudron syrien, frontalier de l'imprévisible Israël et théâtre historique de grandes manœuvres politiques iraniennes, se retrouve dans l'œil du cyclone saoudien.

Le premier est la suspension de l'aide militaire saoudienne à l'armée libanaise dont les contrats d'équipement passait par la France à travers un gigantesque contrat d'armement évalué à 3 milliards d'euros. Cette donation saoudienne avait été annoncée dans le cadre du contrat "Donas". Le second coup dur est la décision politique saoudienne d'accoler le qualificatif d'organisation terroriste au Hezbollah libanais.

Pour donner de l'ampleur à sa stratégie, l'Arabie saoudite a tenté de mobiliser tous ses alliés arabes, avec parfois des ratés et des dysfonctionnements qui en disent long sur les  réserves et parfois les critiques que sa politique coup de poing commence à susciter. L'entreprise de punition à l'égard de l'armée libanaise et du Hezbollah est le fruit d'un constat de manque de solidarité du gouvernement libanais au parrain saoudien dans son bras de fer politique et militaire contre le puissant concurrent iranien. Alors que Riyad s'attendait à un soutien sans faille de la part du Liban dans les forums internationaux, le chef de la diplomatie libanaise s'est fait remarquer au cours d'importantes réunions arabes par une hésitation et une réserve qui révèlent son désir de ne pas braquer l'autre parrain iranien et se affidés libanais comme le Hezbollah.

Arabie Saoudite 026.jpg

 

Cette nouvelle stratégie saoudienne était au cœur des entretiens politiques que le prince héritier saoudien Mohamed Ben Nayef a eu avec les autorités françaises. Même si les deux capitales ne l'avouent pas ouvertement, la lune de miel entre Paris et Riyad semble avoir été quelque peu écornée par cette charge politique saoudienne contre le Liban, considéré comme un précieux allié de la France dans la région. L'Arabie saoudite a certes tenté d'expliquer les motivations de sa politique qu'elle ne pouvait continuer à aider un pays qui campe ouvertement sur la rive de ses adversaires. Elle vient aussi de rassurer les Français qu'elle allait honorer son engagement financier dans le cadre de son gigantesque contrat et qu'elle allait récupérer pour elle les armements acquis ou en distribuer quelques-uns aux pays arabes amis. Le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel Al-Jubeir l'a expliqué clairement: "Nous sommes face à une situation où les décisions du Liban sont captées par le Hezbollah. (Les armes) iront à l'Arabie saoudite, pas au Hezbollah" et de résumer la position de son pays: "les contrats seront bien appliqués mais le destinataire sera l'armée saoudienne".

Mais cet engagement saoudien, même s'il a été bien accueilli par les milieux industriels, n'a pas réussi à lever les inquiétudes françaises sur les possibles conséquences politiques et sécuritaires d'une telle sanction qui s'est abattue sur le Liban. Paris est convaincu que ce genre de décisions, outre qu'elles participent à cabrer la riposte iranienne, compliquera davantage le devenir d'un pays comme le Liban, relativement épargné jusqu'à présent par les grandes étincelles de la crise syrienne. Vu de Paris, ce pays à la fois fragile et complexe dont les institutions politiques sont déjà paralysées par le bras de fer que se livrent Iraniens et Saoudiens sur son territoire par groupes politiques interposés, n'a ni  les forces et  ni la capacité de résister à ces bourrasques. Cette situation est source d'inquiétudes de nombreuses personnalités politiques libanaises qui ne savent plus comment allier l'influence florissante du Hezbollah et de l'Iran et la déception grandissante de l'Arabie saoudite. Un pays qui fut, à travers les accords historiques de Taef, le garant de la stabilité politique et économique du Liban et l'architecte de son équilibre institutionnel.

                                                                     

Scandaleuse légion d’honneur...

UNE grande polémique est en train de teinter les relations entre Paris et Riyad. L’origine: la décision de François Hollande d’octroyer la Légion d’honneur au prince héritier saoudien. La polémique n’est pas venue de cette décision mais plutôt de la manière avec laquelle la présidence a communiqué ou pas sur cet événement. A part le fait de l’avoir mis sur le site de l’Elysée, les communicateurs de François Hollande ont superbement ignoré cet événement. La remise de médailles ne figurait ni sur son agenda ni sur celle de la visite de l’invité saoudien. C’est la presse du Golfe qui l’avait mis en valeur attirant ainsi l’attention. Au lendemain, le commentaire comme la satire politique se sont déchaînés contre François Hollande: comment ose-t-il décorer de cette manière un responsable d’un pays réputé par ses violations historiques des droits de l’homme et de la femme et sa passion suspecte pour les décapitations. Invité à commenter ce geste, la réponse de Jean-Marc Ayrault, ministre français des Affaires étrangères, en dit long sur la gêne occasionnée. La presse française s’est déchaînée contre François Hollande qui lui a reproché le catimini et le secret d’une telle démarche. Le président français, déjà englué dans un débat sulfureux sur la déchéance de la nationalité, actuellement prisonnier d’une grande fracture de sa propre famille politique sur la réforme du code de travail, n’avait pas besoin d’une telle polémique qui a de fortes chances de diminuer son indice de crédibilité.

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