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Sommet UE-Turquie sur les migrants

Par L'Economiste | Edition N°:4723 Le 07/03/2016 | Partager
Frictions récurrents entre les deux parties
1,25 million de demandeurs d'asile à gérer!

L'Union européenne, en quête d'unité, va faire pression ce lundi 7 mars sur Ankara.  L’Europe est consciente que la Turquie détient la clé pour l'aider à maîtriser la crise migratoire qui menace son existence même. Les 28 doivent rencontrer à Bruxelles le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, alors que l'arrivée de 1,25 million de demandeurs d'asile divise plus que jamais l'UE.

Ce sommet, le 2e en moins de quatre mois, intervient dans un climat de frictions récurrentes entre l'UE et la Turquie, la première s'inquiétant de la répression contre les médias hostiles au président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan, comme l'a encore montré le week-end dernier la mise sous tutelle d'un quotidien d'opposition turc. Fin novembre dernier, l'UE avait déjà signé un "plan d'action" avec Ankara pour stopper les migrants quittant par milliers les côtes turques à destination des îles grecques. Après une tournée dans les Balkans, en Grèce et en Turquie, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a cru arracher vendredi 4 mars "un consensus européen (...) autour d'une stratégie globale, qui, si elle est mise en oeuvre de façon loyale, peut aider à endiguer les flux" migratoires. Sa solution: appliquer à la lettre les accords de libre circulation de Schengen, en ne laissant entrer en Grèce que les personnes qui déposent une demande d'asile. Ce qui doit permettre de lever, d'ici fin 2016, les contrôles frontaliers décidés unilatéralement à l'intérieur de l'UE pour arrêter l'avancée chaotique de migrants vers le nord de l'Europe, puis expulser en masse tous les "migrants économiques" vers la Turquie, qui les renverra vers leur pays d'origine. Reste à convaincre Ankara de tenir ses promesses de novembre, en mettant en oeuvre dès le 1er juin un accord de réadmission des migrants irréguliers en Turquie. Les Européens veulent aussi que les Turcs renforcent la lutte contre les passeurs qui opèrent depuis ses côtes. "On peut réduire le flux par des retours à grande échelle et rapides de tous les migrants" déboutés de leur demande d'asile, assure Tusk. En signe de bonne volonté, Ankara vient d'accepter de reprendre plus de 800 migrants originaires du Maghreb depuis la Grèce. Ankara a arraché des contreparties substantielles à sa coopération dans la crise migratoire: la suppression, peut-être dès l'automne, des visas imposés aux ressortissants turcs et une relance de son processus d'adhésion à l'UE, sans parler des 3 milliards d'euros d'aide pour les 2,7 millions de Syriens réfugiés dans le pays.  

Les Européens, France et Allemagne en tête, ont commis "une erreur stratégique il y a une dizaine d'années" en douchant tout espoir d'adhésion de la Turquie à l'UE. Ce qui a durablement entamé la confiance mutuelle, reconnaît un haut responsable européen. "On a demandé leur aide, ils nous le font payer très cher", observe le haut responsable. Les Européens devront aussi donner ce lundi des gages à Ankara sur un vaste programme onusien d'immigration légale de réfugiés syriens vers l'UE depuis la Turquie.

32.000 migrants bloqués en Grèce

32.000 migrants sont aujourd'hui bloqués en Grèce, dans des conditions misérables, depuis la fermeture successive des frontières des pays des Balkans et d'Europe centrale par lesquels ils ralliaient l'Allemagne et la Scandinavie. L'UE devrait rapidement débloquer une aide inédite (700 millions d'euros sur trois ans) pour aider Athènes, plongée dans une terrible crise économique. Environ 2.000 migrants continuent d'arriver chaque jour de Turquie sur les côtes grecques - trois fois moins qu'en octobre, mais "encore beaucoup trop", s'alarment les dirigeants européens, qui craignent de nouvelles vagues.

A. E.

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