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Tribune

Responsabilité sociale et rôle politique de l’entreprise
Par Pr. Rachid M’RABET & Omar BENAICHA

Par L'Economiste - Omar BENAICHA - | Edition N°:4722 Le 04/03/2016
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Ph 1 : Rachid M’Rabet est diplômé de l’ISCAE et docteur d’Etat en gestion de l’Université Paris-Dauphine, il a été, jusqu’en novembre 2011, directeur général de l’ISCAE et dirige, depuis, l’Ecole doctorale de l’établissement. Il est fondateur de BRM Consulting, cabinet de conseil spécialisé en stratégie et organisation, en évaluation et accompagnement des établissements de formation, mais aussi, en formation continue.
Pr. M’Rabet est membre du Conseil supérieur de l’éducation et du Conseil de la concurrence. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont le dernier est un livre de management en arabe (Ph. Privée) - Ph 2 : Doctorant au cycle doctoral) à l’ISCAE, Omar Benaicha est directeur général du Bureau Veritas Maroc & Mauritanie, expert en Développement durable et RSE. Depuis février 2013, il est le président de l’Association de la Qualité et du Management dont la préoccupation principale est de contribuer au développement des démarches de progrès et de performance au sein des entreprises marocaines. Expert en RSE, il a réalisé une analyse comparative de l’influence du cadre institutionnel sur les pratiques RSE en matière de GRH et Une analyse des déterminants des pratiques RSE au sein des PME marocaines (Ph. Privée)
 

De plus en plus d’entreprises réalisent des activités sociales dans les domaines de l’éducation, de la santé ou encore le champ caritatif. Par quoi peut s’expliquer cet engouement pour des activités sociales, par définition, non rentables? Est-ce la fibre sociale du manager qui le motive ou est-ce, comme certains l’avancent, pour répondre à la demande de l’Etat ou des communautés locales, dans le cadre d’un jeu de pouvoirs et d’intérêts bien compris? D’autres inscrivent ces actions dans une démarche volontaire des pratiques RSE considérées comme un moyen de légitimer les activités de l’entreprise, de lui permettre d’accéder à des ressources et d’obtenir une acceptabilité sociale.
L’approche classique de la RSE, axée sur une vision interne, considère l’entreprise comme une entité déconnectée de son réseau d’acteurs, ce qui ne permet pas d’expliquer l’étendue de son rôle dans la société. Par contre, d’autres conceptions de la RSE ont été développées pour expliquer pourquoi l’entreprise endosse le rôle dévolu à l’État et quel est son rôle dans la société. Dans ce cadre, deux concepts invitent à une approche politique du rôle de l’entreprise, celui d’«Entreprise citoyenne» et celui de «Développement durable». L’entreprise citoyenne, par devoir moral et éthique, et acteur, aux côtés de l’Etat, cherche à pérenniser son activité et à contribuer à résoudre les questions économiques, sociales et environnementales. L’engagement de l’entreprise «citoyenne» a pour conséquence d’élargir ses frontières et de reconfigurer totalement le type de relations qu’elle entretient avec ses parties prenantes (État et acteurs  de la société civile). Le concept d’entreprise citoyenne semble instituer une coresponsabilité politique élargie entre l’entreprise et l’Etat. Quant au concept de développement durable (DD), il renvoie à la prise en compte simultanée des dimensions économique, sociale et environnementale. C’est un concept qui s’est introduit dans les sciences de gestion, à travers le concept de RSE.

Une acception large de la RSE

La fusion conceptuelle entre citoyenneté et DD a donné lieu à une acception large de la RSE qui intègre les dimensions éthique, sociale et stratégique et élargi le champ d’action aux parties prenantes et à la société. Elle présente au moins deux avantages:
- Une clarification pour les managers qui peuvent ainsi considérer  les pratiques  RSE comme des actions concrètes pour répondre aux enjeux du DD;
- Une régulation des facteurs conjoncturels et contextuels qui agissent sur l’intensité des pratiques RSE par le biais d’une vision de long terme du DD. Ce dernier est devenu l’artefact de l’intérêt général que doivent prendre en compte les «entreprises citoyennes».
Cette prise en compte s’évalue au niveau des comportements qui doivent répondre à des normes et des critères éthiques. Toutefois, ce n’est pas à l’entreprise de définir ces critères, les acteurs ont besoin de discuter, de délibérer et de prendre une décision sur ce qui est attendu de chaque acteur et des normes qu’il doit observer dans ses comportements.  Le choix de ces actions, la contribution de ces différents acteurs et le processus de décision, qui s’opèrent pratiquement à l’extérieur du champ organisationnel, nécessitent une autre façon de considérer les interactions de l’entreprise avec la société. C’est dans cette perspective que Scherer et Palazzo (2007), en se basant sur la théorie de la «démocratie délibérative»  de Jürgen Habermas, ont étudié le rôle particulier de l’entreprise dans la société et ont défini les fondements politiques de la RSE. La théorie de la démocratie délibérative considère trois postulats:
- La qualité discursive du processus de prise de décision, basée sur le dialogue et la justification publique, légitime les décisions politiques  et promeut le respect mutuel entre les acteurs;
- Les valeurs, les besoins et les problèmes des citoyens sont transmis via la délibération des acteurs  de la société civile aux acteurs clés;
- L’encastrement institutionnel des acteurs, facilité par la participation des acteurs aux processus de concertation et à leurs résultats, permet d’aboutir à un processus délibératif de prise de décision politique. L’entreprise et la société entretiennent, entre elles et avec les autres acteurs, des relations basées sur de nouveaux modes d’interaction qui tiennent compte de la qualité du dialogue, le respect de valeurs de bien-être commun et la transparence des concertations et des décisions. La notion d’encastrement sociétal trouve ainsi tout son sens. L’entreprise n’est plus cette organisation installée derrière une clôture murale, qui décide pour la société et dont la performance se lit sur des tableaux comptables établis et communiqués annuellement. Elle est un acteur, une institution, qui participe, influence, subit et assume des décisions politiques. Ses modes de gouvernance et de gestion, sa culture et les valeurs de ses dirigeants nécessitent d’être adaptés à la nouvelle économie de la société.
L’entreprise a pris conscience du fait que les questions sociétales ont un lien important avec ses activités et ses parties prenantes. Elle se doit de contribuer à leur résolution car sa pérennité en dépend. Par le biais de la citoyenneté, elle arrive à combiner le principe moral et éthique de son action et, à travers la contribution au développement durable, de donner du sens à cette action. Il reste, cependant, que l’entreprise en société peut trouver des difficultés à mobiliser les leviers de gestion qu’elle utilise en interne (ses valeurs, sa culture, ses processus de prise de décision) qui doivent impérativement être adaptés au nouveau contexte. La prise de décision avec les acteurs de la société doit se faire désormais de façon participative et selon un processus de démocratie délibérative. De nouveaux concepts sont nécessaires pour l’opérationnalisation de la RSE. Ses modes d’intégration doivent être remis à plat pour intégrer cette dimension multi-acteurs et multi-niveaux, souvent très difficile à appréhender depuis l’intérieur de l’entreprise.

Résultats

Une étude menée sur un échantillon de 255 entreprises, opérant en grande partie dans les régions de Casablanca et Rabat, a montré que la plupart des entreprises privées mènent, à côté de leurs activités principales, des actions principalement dans l’éducation et le soutien aux manifestations culturelles, au développement de l’espace public et au financement d’infrastructures. De même, les données recueillies sur un échantillon de 160 entreprises parmi les 750 premières au Maroc, ont montré que 25% travaillent en partenariat avec des associations ou dans le cadre de fondations d’entreprise, tandis que 31% contribuent à des activités génératrices de revenus pour les populations ou au renforcement des services de base comme l’éducation ou la santé.

 

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