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    Chronique

    Sissi face aux fantômes du 25 janvier
    Par Mustapha Tossa

    Par L'Economiste | Edition N°:4692 Le 22/01/2016 | Partager

     

    Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale (Ph. M. T.)

    Alors que l’Egypte s’apprête à célébrer le cinquième anniversaire de sa révolution des temps modernes qui avait entraîné la chute de Hosni Moubarak dans le sillage de ce qui est appelé communément printemps arabe, l’humeur n’est plus ni à la fête ni à la célébration. Bien au contraire, de nombreuses voix, celles des politiques et de certains religieux, déconseillent aux Egyptiens de descendre dans la rue pour exprimer leurs malaises et leurs désillusions.
    C’est  le ministre des Biens religieux qui a mis en garde les Egyptiens contre la tenue de manifestations lors du cinquième anniversaire du soulèvement du 25 janvier 2011, laissant entendre que cela contreviendrait à la loi islamique. Il s’est référé à une fatwa du grand mufti de la République, la plus haute autorité religieuse du pays, selon laquelle tout appel à la manifestation ou à l’incivilité constituerait «un crime absolu et contreviendrait à la charia».
    Vu la gravité des enjeux, le président Abdelfattah Sissi avait même payé de sa personne pour déconseiller aux Egyptiens de participer à ces manifestations de colère auxquelles un patchwork d’insatisfaits avait appelé pour souligner les frustrations et pointer les trahisons des idéaux du mouvement du 25 janvier. Parmi eux, on trouve naturellement ce qui reste de la confrérie des Frères musulmans criminalisés par le nouveau pouvoir, la jeunesse du mouvement du 6 Avril décimée par les arrestations et certains hommes d’affaires déçus par le nouveau casting politique et économique qui a mis en coupe réglée la nouvelle Egypte.
    Le président Sissi feint d’ignorer les raisons de leurs colères. Pourquoi descendre dans la rue pour manifester alors qu’ils lui ont délégué, un 30 juin 2013, le pouvoir de sauver l’Egypte des errements des Frères musulmans, de la protéger de la persistante menace terroriste et de redresser son économie? Sissi semble avoir innové en matière de communication politique. Il s’efforce, dans toutes interventions minutieusement mises en scène,

    Alors que l’Egypte s’apprête à célébrer le cinquième anniversaire de sa révolution des temps modernes, l’humeur n’est plus ni à la fête ni à la célébration. De nombreuses voix, celles des politiques et de certains religieux, déconseillent aux Egyptiens de descendre dans la rue pour exprimer leurs malaises et leurs désillusions (Ph. AFP)

    d’apparaître comme un homme que la providence avait mis sur la route des Egyptiens au moment crucial où ils s’apprêtaient à sombrer.   
    Le président Sissi et la nouvelle architecture du pouvoir en Egypte craignent les manifestations de ce cinquième anniversaire pour deux raisons principales. La première est que la situation économique du pays n’a jamais été aussi fragile. Malgré le lancement à grande pompe de projets pharaoniques censés assurer une relance et une prospérité égyptienne, les attentats terroristes qui ont frappé le pays ont porté un coup dur à son secteur le plus vital, le tourisme. Sous le coup des attentats terroristes, ce secteur paraît vivre une infinie sinistrose. L’Egypte n’est pas cette destination qui fait rêver. Elle est devenue à cause d’une actualité sanglante zone touristique synonyme d’insécurité. Les postures viriles d’Abdelfattah Sissi et son inlassable guerre contre le terrorisme n’ont pas suffi à instaurer la confiance.
    La seconde raison est que la présidence égyptienne a peur de voir fleurir des slogans qui dénoncent la restauration de l’ancien régime et la réhabilitation de ces principales icônes. Les fantômes contre lesquels le peuple d’Égypte s’est soulevé un 25 janvier sont de retour et certains d’entre eux,  à travers le nouveau Parlement aveuglement acquis à Abdelfattah Sissi, contrôlent les manettes de l’Etat, comme au bon vieux temps monopolistique et anti-démocratique du président Hosni Moubarak. Sissi ne craint pas que son pouvoir s’écroule. Il a encore le soutien de l’armée. Ceux qui le critiquent en face ne disposent pas de cette profondeur militaire qui a permis les césures et les accélérations de l’histoire. Mais il a peur que son aura ne fissure sérieusement, lui qui se targue d’avoir une relation directe, presque sensuelle avec le peuple égyptien, aura à subir les slogans les plus critiques et les plus destructeurs. Militaire de carrière, président presque par inadvertance, leader par nécessité, Abdelfattah Sissi est du genre hypersensible, qui ne supporte qu’une relation marquée par la séduction et l’adoration. Tout autre rapport peut la fausser et provoquer une crise d’autoritarisme qui distingue, selon ses détracteurs, tous les choix politiques du président égyptien.

     

    «Les pharaons de l’Egypte moderne»

     

    Anouar el-Sadate, Gamal Abdel Nasser et Hosni Moubarak (Ph. AFP)

    La chaîne culturelle franco allemande ARTE a diffusé cette semaine un documentaire intitulé «Les pharaons de l’Egypte moderne». Un événement télévisuel signé par la journaliste documentaliste Jihan El Tahri sous forme d’un portrait grandeur nature  de trois présidents égyptiens, Nasser, Sadate et Moubarak. La narration du fil de l’histoire est assurée par l’actrice franco-marocaine Souad Amidou. Le film est une plongée en noir et blanc et en couloir dans l’histoire moderne de l’Egypte. La réalisatrice fait vivre l’éclosion de l’Egypte nasserienne, les réussites et les échecs de Nasser, une icône adorée par l’ensemble du monde arabe. Outre qu’elle dresse le portrait de carrière de chacun, elle s’est attachée à montrer en quelques phrases et quelques images, comme ces hommes ont chuté, Nasser lorsqu’il avait choisi à l’Egypte entre démocratie et révolution, Sadate lorsqu’il a joué un jeu dangereux avec les Frères musulmans au point de subir leur malédiction lorsqu’il a fait le choix de la paix avec Israël et la chute de Hosni Moubarak lorsqu’il avait décidé de privatiser des pans entiers de l’économie au risque de déstabiliser la puissance de l’armée tout en préparant son fils Jamal à sa succession.
    Ces trois pharaons ont façonné l’Egypte moderne qui a largement influencé l’arène arabe. Avec dans ces grandes époques un fil conducteur omniprésent, les Frères musulmans. Ils ont joué un rôle crucial dans la vie politique égyptienne et continuent aujourd’hui, jusqu’à l’arrivée de Sissi, d’être un acteur incontournable.
     

     

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