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    Culture

    Akrim interroge le dirham en tant qu’objet d’histoire

    Par L'Economiste | Edition N°:4675 Le 28/12/2015 | Partager
    Des reproductions de billets datant des années de plomb
    Un jeu de miroir entre un passé douloureux et les réalisations de l’ère contemporaine
    L’exposition se poursuit à Kulte Gallery à Rabat jusqu’au 31 janvier

    Plateforme culturelle et centre d’art, Kulte Gallery accueille les billets «revisités» de Mustapha Akrim jusqu’au  31 janvier 2016 (Ph. Bziouat)

    Les billets de banque comme prisme d’une période de l’histoire politique du pays. Tel est le pari de la démarche artistique de Mustapha Akrim qui expose actuellement à l’espace d’art contemporain Kulte Gallery, à Rabat, jusqu’au 31 janvier 2016. Son travail s’appuie sur des reproductions  de monnaies papier qui datent des années de plomb (années 70-85). A la base, ces billets ont été conçus en Angleterre par de La Rue Compagnie. La version proposée par Akrim s’inspire des images du Maroc d’aujourd’hui. L’idée est de remplacer la présentation officielle du Royaume à travers des images qui montrent ses réalités actuelles, tout en gardant la charte graphique des billets. Et c’est justement ces choix qui font la force de son œuvre. Un billet de 100 dirhams par exemple et sa référence à la mine d’or d’Akka permettent de s’arrêter sur les  protestations des populations qui avaient éclaté dans cette région en 2011. D’autres exposent la difficulté du travail de la femme dans la terre.
    Ce jeune Rifain a réalisé en 2013 quatre peintures et pastels de la série «dirhams», sous le commissariat de Abdellah Karroum (qui dirige actuellement le musée de l’art contemporain de Doha). Akrim avait alors reproduit fidèlement des dirhams datant des premières décennies ayant suivi l’indépendance du Maroc. Des billets  désormais disparus si ce n’est chez quelques collectionneurs. La reproduction, elle, trouve un véritable succès. Les billets parcourent de nombreuses institutions internationales comme le musée de l’art contemporain de Barcelone, la Kunthalle de Mulhouse ou le New Musuem de New York. Akrim sait déjà ce qu’il va faire pas la suite. «La prochaine étape consistera à donner vie à ces coupures à travers la vidéo ou l’animation», confie-t-il.
    À la base, l’idée de ce projet a germé dans l’esprit d’Akrim lors d’une résidence en Corée du Sud. «J’avais rencontré un rappeur américain qui avait chanté le rapport de l’argent avec la guerre. Ce qui m’a particulièrement touché», raconte-t-il.
    Une fois rentré, il entame une recherche sur la valeur du travail. Il réalise plusieurs sculptures et reproductions calligraphiques. L’une de ces dernières concerne l’article 13 de la Constitution de 1996 qui stipule que «tous les citoyens ont également droit à l’éducation et au travail». «Ce n’était clairement pas le cas à l’époque. Mais cette garantie constitutionnelle a disparu de l’actuel texte alors que c’est probablement le seul article qui n’a jamais été touché depuis l’independence», commente l’artiste. Invité par Karroum à un atelier s’interrogeant sur l’histoire du Maroc en 2013, il décide de véhiculer ses idées à travers l’argent. «Parce qu’après la Seconde Guerre mondiale, l’argent était l’un des rares moyens de propagande au service des États», explique Akrim. A travers cette démarche, il amène à réfléchir sur la valeur d’échange et la fonction idéologique de la monnaie, mais également sur le lien entre ses représentations esthétique et politique. C’est pour lui le véritable rôle de l’artiste contemporain dont «la seule existence est une contestation politique.»
    Mehdi LAHDIDI
     

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