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Chronique

COP21
Militantisme écologique ou intérêt bien compris?

Par L'Economiste | Edition N°:4663 Le 08/12/2015 | Partager

Hamid Bouchikhi est professeur de management et entrepreneuriat, directeur du centre Impact entrepreneurship Essec, France (Ph. H.B.)

Napoléon a dit que tout Etat fait la politique de sa géographie. Qu’il nous pardonne de déformer ici légèrement sa formule pour suggérer qu’en matière d’écologie, les pays font la politique de leur sous-sol. Les positions exprimées à Paris dans le cadre de la COP21 en fournissent de nombreuses illustrations. Cet essai porte sur la posture volontariste du Maroc dans ces négociations et montre qu’elle n’échappe pas à la règle.
Le Maroc a soumis à la COP21 une contribution où il s’engage à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 13% en 2030 et à aller jusqu’à 32% s’il reçoit les aides nécessaires à cet effet. Les discours des dirigeants du pays, dans différents forums internationaux, présentent le Maroc comme un futur modèle de développement écologique. La stratégie nationale, fort ambitieuse, d’augmentation de la part des sources renouvelables dans le mix énergétique donne du crédit à la posture volontariste et permet au pays d’engranger un capital symbolique sans rapport avec son poids réel dans les émissions globales de GES. Toutefois, l’enthousiasme communiqué par les discours officiels et bien véhiculé par les médias nationaux n’empêche pas l’observateur avisé de voir que la posture militante adoptée par le Maroc à la COP21 est, avant tout, motivée par des intérêts économiques et stratégiques nationaux bien compris. Le fait que l’intérêt national soit en ligne avec l'agenda planétaire de réduction des émissions de GES est une heureuse coïncidence qui aide le pays dans la recherche des fonds nécessaires à la mise en œuvre d’une stratégie nationale dictée par la pauvreté du sous-sol marocain en sources d’énergie fossile.
Parce que le sous-sol marocain est pauvre en charbon, pétrole et gaz, le pays doit importer 95% de ses besoins en énergie. Cette situation pose aux responsables politiques marocains un double défi économique et stratégique. Sur le plan économique, les importations énergétiques pèsent très lourd dans la balance des paiements et représentent près de 100 milliards de dirhams. Non seulement, la facture énergétique absorbe une part importante des réserves du pays en devises mais ce secteur ne contribue pas à la création d’emplois sur le territoire national autant qu’il pourrait le faire. Le défi économique se double d’un défi stratégique. Un pays ne peut pas accepter de dépendre totalement de l’extérieur, voire d’un pays voisin et néanmoins hostile à qui il achète du gaz, dans un secteur vital à son développement et à sa stabilité.
Un pays non doté de ressources fossiles, qui doit importer la quasi-totalité de son énergie et dont la dynamique économique génère une croissance annuelle de 6% de ses besoins en électricité n’a que deux options  à sa disposition: parier sur les énergies renouvelables et augmenter ses efforts de prospection de pétrole et de gaz. Le Maroc agit sur ces deux leviers mais sa communication officielle ne souligne fortement que le premier. La réalité est que l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) est engagé dans de nombreux projets d’exploration, en partenariat avec des entreprises internationales spécialisées. Le pari sur les énergies renouvelables ne semble pas avoir totalement entraîné l’abandon du rêve caressé par beaucoup de Marocains, et plusieurs fois déçu, de trouver du pétrole et du gaz en abondance. Est-ce à dire qu’il est facile d’être vertueux quand la vertu est la seule option?
L’objectif, fort ambitieux et mobilisateur, de produire 40% de la consommation d’électricité à partir de sources renouvelables en 2020 ne doit pas masquer non plus le poids présent et futur du charbon, source peu chère et très polluante, dans le mix énergétique marocain. Enfin, la posture écologiste du Maroc doit être modérée par l’observation de l’évolution des émissions de CO2 par habitant. Pour qu’un pays puisse être considéré comme vertueux, il doit réduire la  valeur de cet indicateur dans le temps. Or celui-ci est en croissance continue au Maroc même si le niveau absolu (autour de 1,8 tonne de CO2 par habitant par an) est très inférieur à ce qu’il est aux Etats-Unis et en Chine. De ce qui précède, on voit que l’ambition affichée par le Maroc dans le domaine des énergies propres est d’abord dictée par sa situation objective au regard de la question énergétique. La stratégie nationale nécessite des investissements colossaux dans les secteurs solaire, éolien et hydraulique pour assurer l’autosuffisance du pays, voire en faire un exportateur net d’énergie. Or, le Maroc ne dispose pas des financements publics et privés nécessaires à la réalisation de ses projets. Il a, par conséquent, besoin d’obtenir des aides publiques, des emprunts auprès d’organismes financiers internationaux et des investissements privés étrangers. La posture volontariste, militante, du pays dans les négociations climatiques et les engagements volontaires de réduction des émissions de GES annoncés à l’occasion de la COP21 permettent aux responsables marocains de paraître comme des acteurs vertueux qui font leur partie du travail et qui méritent, par conséquent, d’être aidés à aller plus loin. Force est de reconnaître que la posture est astucieuse et que ça marche. Au lendemain du premier choc pétrolier, les Français ont inventé le slogan «on n’a pas de pétrole mais on a des idées». Les Marocains ont-ils eu la bonne idée de le leur emprunter?

Le charbon et le GNL

Aujourd’hui, une centrale à charbon (Jlec) fournit près de 50% de la production d’électricité et cette source d’énergie représente 48% du plan d’extension de la capacité nationale de production qui prévoit de passer de 7 GW à 12,2 GW en 2018. Certes, grâce au progrès technique, les centrales à charbon émettent moins de GES mais elles continuent à en émettre. Tout comme pour les activités d’exploration, le discours officiel met un voile pudique sur la part indispensable, présente et future, du charbon dans le mix énergétique. Il lui est, en revanche, plus facile de communiquer sur un objectif de 30% de gaz naturel liquéfié (GNL) beaucoup moins polluant que le charbon.

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