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    Société

    Les champions, une affaire de travail avant tout

    Par L'Economiste | Edition N°:4596 Le 28/08/2015 | Partager
    Une nouvelle étude bat en brèche le mythe de «l’endurance innée»
    La fabrique à champions passe par une préparation structurée
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    ILS grandissent dans un contexte montagneux, ils ont l’habitude de courir après le bus, ils n’ont pas beaucoup de moyens de transport, ils passent donc leur temps à marcher… Autant de stéréotypes qui définissent le talent «surnaturel» des athlètes africains. Et pour cause!  Depuis les années 80, de couleurs scandinaves, aux africaines, en passant par les européennes,  les podiums se sont vu légèrement transformés. Selon une étude réalisée par le sociologue Manuel Schotté de l’université de Lille (Pourquoi les coureurs à pied africains sont-ils plus performants?), les années 20 connaissaient une prédominance de coureurs scandinaves, essentiellement des Finlandais. Ces derniers ont petit à petit laissé place aux athlètes européens, qui ont aussi connu leur déclin. En effet,  en 1984, 92 coureurs d’origine européenne couraient 5.000 mètres en moins de 13.40 secondes. 

    En 1996, ce nombre passe à 37, soit une baisse de près de 60%! Parallèlement, les sportifs africains se multiplient par cinq, sous cette barrière chronométrique, en passant de 14 à 71 coureurs. L’auteur de l’étude revient sur ce phénomène qui a changé la donne en 60 ans. «Comment comprendre que l’on passe, au niveau mondial, d’une domination quasi exclusive des coureurs scandinaves dans les années 1920 à celle des athlètes originaires d’Afrique de l’Est et du Nord depuis les années 1980 sans qu’intervienne dans l’intervalle -60 ans- soit une durée insignifiante à l’échelle de l’évolution des espèces, aucune modification de la constitution biologique de ces populations?»
     
    ■ Stéréotypes
    Par manque d’explications scientifiques, le monde sportif a baigné pendant des années dans les idées reçues concernant les Africains. Nombreux sont ceux qui ont pensé que les Marocains, Kenyans, Ethiopiens… dominaient les podiums grâce à des caractéristiques physiologiques, héritées de la confrontation à un environnement naturel particulier. L’argument qui revenait le plus souvent est l’altitude dans laquelle évoluent ces coureurs. A suivre la logique de cet argument, les Népalais, Tanzaniens ou encore Péruviens devraient avoir les mêmes performances, étant confrontés aux mêmes contraintes géographiques. Ce n’est pourtant pas le cas. David Wiggins, auteur de «“Great speed but little stamina” The historical debate over black athletic superiority», parle même d’Africains dotés d’une grande vitesse mais très peu résistants aux épreuves de longue durée. Le mode de vie des populations d’Afrique du Nord et de l’Est a souvent été sujet à débat. La «tradition nomade» des tribus kenyanes aurait développé une sélection naturelle unique, qui aurait rendu les membres aptes à la pratique de la course. Autre cliché : les qualités d’endurance seraient développées, car dès le plus jeune âge, les Africains iraient à l’école en courant! Pourquoi n’iraient-ils pas en marchant? De plus, l’étude rapporte que «la région d’où est issue une majorité des coureurs kenyans se caractérise par une densité élevée d’établissements scolaires». Il n’y a donc pas une grande distance entre le domicile et l’établissement scolaire. Pareil pour les coureurs marocains, qui sont majoritairement issus de milieux urbains. La logique passe, à travers les années, d’un registre socioculturel à un registre biologique. Aujourd’hui, plusieurs anthropologues s’entendent pour dire que ni l’un ni l’autre des registres ne se tient, pour justifier le «talent» des sportifs de cette région. 
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    ■ Enquête 
    Pour battre ces thèses en brèche, toutes aussi injustifiées les unes que les autres, Manuel Schotté a réalisé une enquête ethnographique au Maroc et en France auprès d’athlètes de différents niveaux. Selon le sociologue, l’émergence des athlètes marocains aurait débuté durant le Protectorat français. La spécialisation et la découverte de ces jeunes sportifs qui n’avaient, jusqu’ici, pas accès aux épreuves internationales, font germer la croyance que les jeunes de cette partie du monde ont un talent inné. Parallèlement, il s’agit aussi d’une possible ascension sociale à laquelle la jeunesse locale tente alors d’atteindre. La majorité, étant issue de milieux urbains populaires, n’a rien à perdre à s’engager dans une carrière sportive. La formation des talents africains a mené à une dominance sur les podiums. Ce n’est cependant pas dans les milieux les plus démunis qu’ils sont recrutés. En effet, ces talents doivent avoir un minimum de moyens pour se plier aux exigences de l’entraînement intensif. Ils doivent de surcroît avoir la capacité d’obtenir un visa pour accéder au circuit international. «Bien qu’ouvert à tous et sans discrimination statutaire, le marché athlétique se caractérise par des barrières extérieures», explique le sociologue.
    Ces champions qui nous représentent au mondial 
    MALGRÉ une représentativité moins prédominante sur les podiums, depuis 2005, 22 athlètes nationaux feront tout de même le déplacement à Pékin pour le quinzième championnat du monde d’athlétisme. Parmi eux, 8 femmes et 14 hommes, dont des noms déjà connus. Jaouad Iguider, deux fois champion du monde en 2004 et 2012 (junior puis en salle) et une médaille de bronze aux Jeux olympiques de Londres en 2012. Il y a aussi Salima Ouali Alami (3.000 m steeple), Malika Akkaoui (800 m) et Aziz Ouhadi (100 m), Siham Hilali (1.500 mètres), Hayat Lambarki (400 mètres haies) ou encore Fadwa Sidi Madane (3.000 mètres steeple). Certains jeunes concourent pour la première fois à un championnat. Parmi eux, Abdelaati Elguess (800 m), Nadir Belhanbel (800 m), Amine El Manaoui (800 m), Fadoua Sidi Madane et Soumaya Laabani. Le championnat, qui a débuté le 22 août, s’achèvera le 30 de ce mois, avec, peut-être, quelques nouvelles étoiles nationales…
    Sabrina EL-FAÏZ
     
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