Enquête

Après le spleen, Jerada, l’ancienne cité minière, renaît doucement de ses cendres

Par L'Economiste | Edition N°:4541 Le 05/06/2015 | Partager
La ville qui a vu sa population s’étioler par manque de travail présente des sorties de crise
Remise en selle avec la nouvelle station thermique, valorisation des atouts locaux
Exploiter le filon Bni Guil, vendre l’arrière-pays, contenir l’exode rural... des priorités

Jerada tourne la page d’une ville fantôme laissée à son sort.

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La fermeture de toutes les mines de la province lui avait ôté sa spécificité de ville minière et a engendré de réels signes de précarité sur fond d’exode rural. Le chef-lieu de la province a failli se vider de sa population: certains vers l’Europe, la majorité vers les autres villes de l’Oriental et du Royaume. Le prix de l’immobilier avait chuté de plus de 300%. Le commerce en a aussi pris un coup et toute la population a senti le fardeau du manque de revenus. La silicose (maladie pulmonaire provoquée par l’inhalation des poussières de charbon dans les mines) a fait des ravages. Sur le plan économique Jerada assurait jusqu’à 40% de la demande nationale en énergie. Elle n’en produit actuellement que 9%. Le but est d’arriver à produire 20% à partir de 2018 après l’extension de la centrale thermique (en cours de réalisation).
Et pourtant les potentialités de la province sont énormes. Elle est réputée pour la qualité de son cheptel, le savoir-faire de sa population en matière d’élevage et la célébrité de son marché hebdomadaire d’Aïn Bani Mathar, considéré comme l’un des plus grands marchés des ovins sur le plan national.

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La réalisation d’un abattoir aux normes internationales pour l’abattage et l’exportation des viandes rouges est en phase de projet. Le mouton de race Bni Guil étant labellisé IGP depuis trois ans a besoin d’un créneau porteur à l’international. La qualité de cette viande l’a placée en priorité dans le programme agricole régional dans le cadre du plan Maroc Vert «mais il semble que le Ministère de tutelle ne soit pas pressé de lancer le grand projet d’un abattoir aux normes internationales pour exporter cette viande. Il est temps que la province bénéficie de sa réserve de 400.000 têtes qui se renouvelle annuellement», précise un éleveur de la région.
En attendant ce grand projet, les autorités et élus locaux ont renouvelé les abattoirs de Aïn Bani Mathar et Jerada pour 8 millions de DH. Deux abattoirs qui ont subi des travaux de renouvellement avec des techniques modernes d’abattage et de commercialisation. Celui de Aïn Bani Mathar a été réceptionné et celui de Jerada le sera incessamment, précise une source provinciale. De son côté l’énergie solaire est une réelle perspective de croissance à l’instar du mégaprojet électrique qui est en phase de réalisation (3 milliards de DH d’investissement). Il contribuera à mesure de 7% de la demande nationale en électricité et générera à terme 900 emplois directs et indirects. Une réelle solution pour une ville qui compte l’un des taux de chômage les plus élevés du Maroc.

Infrastructures routières, travaux de correction et d’élargissement de la route provinciale 6007 sont réalisés à mesure de 60%. Une route considérée comme le principal accès à Jerada. Cela permettra la promotion des sites naturels qui est tributaire des politiques d’accompagnement pour les consolider en matière d’infrastructures routières

La province compte aussi capitaliser sur son arrière-pays et ses charmes naturels. Et les atouts touristiques sont multiples. Comme cela est le cas du site naturel Gafayet, la clairière de Tissouriyine à Laaouinate, Oued El hay, et plusieurs sites archéologiques. «Le développement du tourisme rural est d’une importance majeure pour contenir les multiples formes d’exode rural. Les sites de l’arrière-pays ne demandent pas de grands budgets mais peuvent générer des bénéfices pour les familles qui décident de se lancer sur cette voie. Reste à consolider l’infrastructure de base notamment les routes provinciales rurales et secondaires», souligne Sameh Derouich, acteur associatif.
Le programme de mise à niveau et de développement économique et social de la province de Jerada (314,1 millions DH), est en phase de réalisation. Il cible la mise à niveau territoriale de huit communes, le renforcement du réseau d’alimentation en eau potable, le soutien aux projets agricoles et la création d’emplois.

Pour la nouvelle station thermique, l’ONEE contribue à mesure de 15% du montant global du projet estimé à 3 milliards DH. Les 85% restants sont financés par la banque chinoise: l’Exim-Bank

Intervenant lors d’une réunion avec les élus locaux, responsables administratifs, sensibilités politiques syndicales et associatives sur les démarches à entreprendre pour faire sortir Jerada de son attentisme, le gouverneur de la province Mabrouk Tabet, a sommé l’ensemble des acteurs à innover pour créer un nouveau dynamisme socio-économique et replonger la population dans l’espoir. «La méthodologie adoptée est de créer de nouveaux mécanismes de réflexion, penchant vers la création endogène de richesses, capables d’assurer l’auto-emploi aux jeunes par esprit d’émulation», a-t-il martelé.
Jerada n’est pas pauvre en ressources hydriques souterraines. Sa nappe phréatique est de 10 milliards de m3 de réserves. Un atout à préserver et à exploiter avec modération dans le cadre de programmes de développement agricoles innovants.

 

                                                                 

Renforcement du réseau routier

En vue de doter la province de Jerada d’un réseau routier praticable, la direction régionale du ministère de l’Equipement vient d’entreprendre la construction, le renforcement et la correction de quatre tronçons routiers et de 2 ponts:
- Correction du linéaire de la route provinciale 6007 sur une distance de 10 km reliant la route nationale 17 et la ville de Jerada (31 millions de DH).
- Renforcement de la route provinciale 6048 reliant Jerada et Gafayet sur une longueur de 25 km (29 millions de DH). Elle est en phase d’approbation du marché.
- Renforcement de la route provinciale 6052 sur 20 km entre Mrija et Taourirt (28 millions de DH)
- Construction de la route provinciale 6009 entre Hssine Diab et la route provinciale 6006 (8 millions de DH)
- Construction de deux ponts sur oued Isly et oued Lamsakhsa (12 millions de DH)

 

Gafayet: L’oasis aux trésors naturels

 

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À la croisée des routes de l’Oriental et à 20 km au sud-ouest de Jerada, émerge au milieu des hauts plateaux marocains un espace verdoyant, aux multiples sources abondantes, à la végétation riche, diversifiée et aux grottes préhistoriques. Une localité aux allures d’une station de vacances et de détente estivale qui contraste avec la chaleur torride des espaces avoisinants. Chaque année, dès les premiers jours du printemps et tout au long de l’été des milliers de visiteurs transforment cet espace abandonné en hiver en un magnifique lieu de villégiature aux longues rigoles d’eau dont le clapotis se brise sur les galets de l’Oued Za.
«Gafayet est un site touristique par excellence. Il est temps de réserver un important budget pour son aménagement et son intégration aux efforts entrepris pour valoriser les sites de l’arrière-pays. Il est aussi important de l’intégrer au réseau routier régional en élargissant et en renforçant la route qui le relie à Jerada», explique Sameh Derouich, président de l’Association développement et culture de Gafayet.

 

N’harie, la danse aux allures locales

 

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L’atout culturel est déterminant en matière de valorisation d’un territoire. L’outil qui propulse l’originalité artisanale et artistique d’une région à l’international. Jerada en possède plusieurs: travail de laine, confection de fromage de chèvres, petits laits des hauts plateaux, préparation de plats à base de truffes… et la danse N’harie. Une danse qui fait la fierté de la tribu des Bni Yaâla et la spécificité d’un art populaire enraciné dans la mémoire collective. Un chant ancestral mémorisé par la poésie «bédouine» et la danse masculine. Les femmes, qui ne peuvent exalter leur féminité via cette expression corporelle pour des raisons socio-religieuses, excellent dans l’Ahaidouss qui reste une danse réservée aux soirées féminines.
La danse du N’harie se veut docile, calme, gracieuse, lascive, et voluptueuse. Sur le plan instrumental, elle est exécutée par deux «Bandires» et deux flûtes qui sont des instruments à percussion et à rythmique mélodieuse.
Les airs musicaux réalisés par ces deux instruments distinguent le N’harie des autres danses orientales à l’instar du Mangouchi, Reggada et Laâlaoui. L’accompagnement chorégraphique obéit à un calcul spécifique connu à l’avance par les musiciens «Chioukhs» et les danseurs. Une telle entente au préalable facilite la mise en place d’une synchronisation parfaite des épaules et des pieds pour entamer les transes corporelles.

 

 

Ali KHARROUBI

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