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    Chronique

    La réforme du système éducatif en question
    Et la formation continue en ligne?

    Par L'Economiste | Edition N°:4499 Le 07/04/2015 | Partager

    Mustapha Sehimi est professeur de droit, politologue et avocat au barreau de Casablanca

    CE chantier d’une refonte du système éducatif, où en est-il? Nul doute que l’on sera fixé dans les prochains mois avec la réforme en cours, préparée conjointement par le département de Rachid Benmokhtar et la Commission consultative présidée par Omar Azziman. Il y aura du changement -on l’attend et on l’espère. Mais y aura-t-il véritablement une «rupture»? En tout cas, l’un des marqueurs de cette révision sera sans conteste, entre autres, la place qui sera accordée ou non à la formation continue en ligne.
    De quoi s’agit-il? D’intégrer celle-ci dans les outils pédagogiques. C’est là une révolution culturelle qu’il faut d’ores et déjà prendre en marche: une nécessaire mise à plat totale de l’ensemble du système éducatif existant. Au profit de qui? Des étudiants bien sûr, mais aussi des salariés. A l’université, l’on va tout de suite se plaindre d’un manque de crédits à cet effet. Est-ce bien une contrainte insurmontable? Rien n’est moins sûr ne serait- ce que l’on peut décider la réallocation de ressources dédiées au ministère concerné et que c’est au reste l’une des priorités à inscrire pour les années à venir.
    Une nouvelle méthodologie pédagogique devra être conçue et mise en œuvre. Fini le tableau, le cours traditionnel et ses travaux pratiques. Les étudiants pourront suivre, chez eux, chacun derrière son ordinateur. L’interactivité sera dominante: un étudiant pourra ainsi  intervenir par un simple chat vocal, on pourra même permettre l’accès à l’intégralité des programmes à domicile; il pourra également suivre les cours à son rythme, suivant sa disponibilité, le soir ou en week-end. Du ‘‘sur-mesure” en somme... L’objection qui viendra en réplique a trait à l’équipement de 1’université et à celui des étudiants. Pour ceux-ci, il est difficile de leur imposer l’achat d’un PC individuel. Mais pour un gouvernement se voulant soucieux, par ailleurs, de l’amélioration de la condition estudiantine, une formule peut être trouvée à cette fin: un programme à long terme, une déclinaison progressive par facultés ou unités jusqu’à la généralisation à l’horizon 2020 ou même 2025. Il faudra également, dans cette même optique, opérer une mise à niveau de l’encadrement enseignant tenu à se… «former» - lui aussi- pour remplir sa mission dans le cadre d’une révolution numérique dans laquelle il est partie à part entière. Mais il y a plus. La valeur ajoutée de l’enseignant devra se traduire dans le suivi des étudiants. Un système de tutorat est ainsi à prévoir, soit par vidéoconférence soit par chat. On aura alors des «e-professeurs» et des «e-étudiants». C’est l’enseignement du futur qui est bel et bien en question. Que certains diplômes ne soient pas accessibles, voilà qui n’est guère contestable: toutes les formations n’ont -ou n’auront- sans doute pas une déclinaison en formation continue. Mais le gros d’entre eux ne peut évacuer cette nouvelle méthodologie pédagogique.
    Le numérique regarde également la formation professionnelle, et ce même durant toute la vie. L’exemple est donné par le Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM) français. La validation des cours est prise en compte; il a même été institué un répertoire national des certifications professionnelles permettant aux entreprises d’avoir la garantie d’un véritable cursus éligible à l’employabilité. Des conventions pourront être signées avec certaines d’entre elles sur la base d’un financement total -ou complémentaire- à leur charge.
    La nouvelle mesure prise par le gouvernement relative à l’indemnité pour perte d’emploi (IPPE), versée durant six mois, pourrait également être reprofilée et intégrée à cette modalité de formation à distance. Se posera, là aussi, la question de la certitude du «suivi» par l’apprenant. Il entre son nom, son mot de passe, il fait des quiz, il échange avec les autres apprenants comme lui et son encadrant. Mais restera à évaluer les compétences qu’il est censé avoir acquises; on trouvera le moyen de le faire, avec un dispositif de contrôle couplant des webcams et une surveillance durant les examens. Cette formation ne sera pas insérée dans un calendrier strict, fixe, mais adossé à des unités d’enseignement. Avec un système de crédits, les inscrits auront ainsi la possibilité d’engranger un capital tout au long des années. Une souplesse qui sera favorisée par des passerelles entre les programmes mais aussi des allers-retours entre la formation et la vie professionnelle. L’apprenant peut également, de lui-même, se réorienter en cours de cursus vers une nouvelle filière. De quoi donner à l’actif qu’il est la possibilité de mieux identifier et préparer son évolution professionnelle à différentes phases de sa vie.
    Pareille ingénierie pédagogique ne doit pas non plus se routiniser et conduire à une gestion administrative voire même bureaucratique de la formation continue en ligne: tant s’en faut, Elle doit sans cesse adapter les programmes aux demandes et aux opportunités de l’emploi pour ne pas tomber dans les errements actuels de la formation d’une nouvelle catégorie de chômeurs provenant alors de cette filière. De l’anticipation et de la prospective donc!
    Si l’enseignement a besoin de ce saut qualitatif, des pans entiers de la société sont encore plus demandeurs; et c’est vers eux, à savoir les salariés et les chômeurs, que les efforts doivent être priorisés tant il est vrai que cette formation améliore la promotion professionnelle des premiers ainsi que l’employabilité des seconds. Le débat national passablement brouillé par les postures, les annonces et les anathèmes - avec ses propres logiques populistes et électoralistes - ne devrait-il pas être recentré sur 1’efficience du système éducatif et professionnel à l’aune de cette révolution numérique?

    Impliquer les entreprises, l’OFPPT… et les apprenants

    LES entreprises se plaignent volontiers de ne pas trouver de profils répondant à leurs besoins - le grand écart, lié à l’inadéquation du marché de l’offre par rapport à la demande. Mais combien d’entre elles réservent un budget significatif à la formation? Ont-elles toutes conscience de l’enjeu que celle-ci représente pour leurs salariés? Des plans formation sont nécessaires pour permettre d’être à la pointe des évolutions du marché et des clients. D’où la nécessité de formations certifiantes. Dans ce schéma, la politique de l’OFPPT doit aussi se redéployer en prenant en compte les exigences d’un prolongement et d’un redéploiement de sa mission dans le champ de la formation continue en ligne. Enfin, comment évaluer à cet égard l’action de 1’ANPE, tellement à la peine dans l’orientation professionnelle et pratiquement à l’écart de ce domaine-là. Quel diagnostic est en effet dressé  sur le projet professionnel du chômeur et sur ses compétences? Ne faudrait-il pas prévoir un accompagnement pour ce qui est des frais pédagogiques du demandeur durant sa formation ? Ne pourrait-on pas envisager également un fichier national et local des besoins des entreprises en l’affinant même à des secteurs d’activités, ce qui permettrait de mettre en place des programmes de formation spécifiques. Quant au demandeur d’emploi, il doit également, pour ce qui le concerne, se mobiliser autour d’un projet professionnel faisant alors l’objet d’un accompagnement. Appréhender la formation autrement: voilà le challenge!

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