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Chronique

La troisième révolution industrielle: Vers l’économie de l’échange et du partage
Par le Pr. Mustapha SEHIMI

Par L'Economiste | Edition N°:4411 Le 02/12/2014 | Partager

Voilà que le «Prophète» est de retour! Après trois ouvrages qui ont fait débat «La Fin du travail»,

Mustapha Sehimi est professeur de droit, politologue et avocat au barreau de Casablanca

«L’Age de l’accès» et «La Troisième révolution industrielle», l’essayiste américain Jeremy Rifkin vient de publier «La Nouvelle Société du coût marginal zéro»*. Il explique que les règles du fonctionnement de l’économie mondiale sont en train de changer de façon irréversible et ce grâce à Internet et aux énergies renouvelables. Il analyse les périodes successives de l’histoire industrielle jusqu’à nos sociétés modernes et il en dégage les forces motrices. La matrice centrale en serait l’équation énergie/communication, propre à chaque période; c’est ce couple qui est l’origine d’un grand saut de productivité.
Les deux premières révolutions industrielles ont été les berceaux de l’économie  de marché et partant du capitalisme. Il y a eu l’invention de la machine à vapeur alimentée au charbon – elle a favorisé l’essor de la sidérurgie et du rail, ainsi que des imprimeries géantes et de la presse. Puis ce fut, à la fin du XIXe siècle, la seconde révolution industrielle avec le pétrole, le moteur à combustion interne et l’électricité. Ce nouveau paradigme est fondé, lui, sur la matrice pétrole/route. Il a permis le développement de l’automobile et de la publicité, corollaire de l’économie de marché, il a engendré la création de groupes industriels centralisés et intégrés verticalement ainsi que la constitution d’une industrie financière puissante et l’essor des télécommunications. Ce modèle a atteint son apogée à la fin du XXe siècle avec la mondialisation de l’économie et le transfert de l’industrie vers les pays émergents. En parallèle, le développement des énergies vertes et d’Internet a conduit à l’apparition d’une nouvelle matrice énergie/communication bouleversant l’ancien paradigme pétrole/route.
L’hypothèse de Jeremy Rifkin est que les énergies renouvelables – solaire, éolien ou géothermie – vont atteindre d’ici 2020 la parité des coûts de production de l’électricité. D’où un nouveau mode de vie: chacun pourra alors produire sa propre électricité chez soi, recharger son véhicule électrique ou utiliser un véhicule en partage branché à une borne publique. Les objets de notre quotidien seront de plus en plus connecté/l’émergence d’un «Internet des objets». De plus, l’essor des nouveaux géants de l’Internet – tels Google, Amazon ou Facebook – redéfinit les modes de communication qui deviennent pratiquement indissociables de l’accès gratuit au réseau. Les industries du disque et du livre en sont les premières victimes. Et l’apparition des imprimantes 3D et des logiciels en accès libre permettra bientôt d’imprimer chez soi quasi gratuitement la plupart des objets quotidiens. Des sites Internet de particulier à particulier offriront de plus en plus des services de partage lowcost – échange d’appartement, services de financement participatif (crowdfunding),… Sans oublier que grâce aux MOOC (Massive Open Online Courses), il est enfin possible de suivre à distance les cours des plus grandes universités et de décrocher leurs diplômes.

Après le succès de «La troisième révolution industrielle» (plus de 40.000 exemplaires vendus), l’économiste et l’essayiste américain, Jeremy Rifkin, vient de publier «La Nouvelle Société du coût marginal zéro». Il explique que les règles du fonctionnement de l’économie mondiale sont en train de changer de façon irréversible et ce grâce à Internet et aux énergies renouvelables. Il analyse les périodes successives de l’histoire industrielle jusqu’à nos sociétés modernes et il en dégage les forces motrices

C’est dire que des pans entiers de l’économie basculeront peu à peu dans une ère où le coût d’accès aux produits et services deviendra quasi nul. D’où sa thèse d’une «nouvelle économie à coût marginal zéro». Elle fonde sa théorie d’une mutation du capitalisme vers une société de gratuité et d’abondance. Sous l’effet d’Internet et des imprimantes 3D, chaque citoyen-consommateur pourra ainsi devenir producteur de biens, gratuits ou échangeables. La barrière structurant  les échanges économiques va être battue en brèche pour faire naître un individu nouveau, le «Proconsommateur», à la fois consommateur et producteur. Si ce monde décrit par Rifkin prenait complètement corps dans la réalité, cela donnerait quoi? Une planète où tout le monde serait connecté, où l’énergie (solaire, éolienne, géothermique…) serait propre, infinis et coûteuse; et où le monopole des multinationales serait remis en cause par les individus et les petites structures en situation alors de produire eux-mêmes une partie de leurs biens.
Jeremy Rifkin estime que la transition vers les valeurs de la troisième révolution industrielle a commencé voici une dizaine d’années. Elle est appelée à se poursuivre et à s’intensifier, notamment grâce à  une réforme du système éducatif. L’école doit inculquer aux enfants la conscience de leur responsabilité et de l’impact écologique  de leurs actes. Cela implique un acquis de connaissance couvrant un large spectre: informatique avancée, nanotechnologies, biotechnologie, sciences de la terre, écologie, théorie des systèmes sans oublier certaines qualifications professionnelles (ingénierie en stockage de l’énergie, réseaux intelligents, commercialisation).
Au cœur de cette théorie se trouve une révolution énergétique avec ses piliers. J. Rifkin analyse comment  ses préceptes pourraient «créer des centaines de milliers d’entreprise et d’emplois, présager d’un nouvel ordre des relations humaines fondé sur un pouvoir latéral plutôt que hiérarchique qui modifiera la façon dont nous faisons des affaires, gouvernons nos sociétés, éduquons nos enfants  et participons à la vie civique».  Cette vision a déjà séduit certaines villes (Rome ou San Antonio au Texas) et régions (Nord-Pas-de-Calais en France ou la province d’Utrecht aux Pays-Bas). Elle repose sur cinq piliers. Le premier c’est que l’énergie doit être produite autant que possible par l’énergie renouvelable; le deuxième regarde chaque bâtiment qui doit être adapté en micro-centrale en mesure de collecter les énergies renouvelables; un autre intéresse la capacité de chaque bâtiment à stocker l’électricité produite pour pallier l’intermittence des énergies renouvelables; le suivant a trait à la transformation en profondeur du réseau électrique qui doit se calquer sur le modèle du réseau Internet – le réseau électrique doit pouvoir échanger de l’information en continu pour pouvoir permettre à un bâtiment disposant de stocks d’électricité de vendre ses surplus aux bâtiments voisins en cas de besoin; enfin le cinquième porte sur la transformation  de l’actuelle flotte de transport en une flotte de véhicules capable de se recharger sur le réseau ou encore d’y injecter de l’électricité.
Ce nouveau paradigme se fonde sur le coût marginal zéro – cette notion de coût marginal peut être définie comme le coût de production d’un objet ou d’un service additionnel une fois les coûts fixes absorbés.  Il anticipe la possibilité d’une révolution technologique extrême pouvant réduire ce coût marginal à presque zéro pour un ensemble important de biens et de services, les rendant ainsi virtuellement gratuits et abondants. Reste  la source d’énergie : «Le soleil et le vent sont gratuits, insiste-t-il, il suffit de les capturer – et nous y arrivons de mieux en mieux».   
La fin du capitalisme alors? L’économiste américain estime qu’un nouveau modèle d’organisation devrait supplanter le capitalisme d’ici 2050 et ce grâce à l’avènement des «communaux collaboratifs et au développement de l’Internet des objets». Il l’appelle «l’économie du partage» et il va jusqu’à le considérer comme le premier système économique qui émerge depuis l’instauration du capitalisme et du socialisme au XIXe siècle. La référence à la notion de «communaux collaboratifs» fait référence à toute forme d’association où l’intérêt général prend le pas sur la satisfaction des besoins individuels et où la culture du partage supplante  la propriété privée. Une économie où la course au profit diminue faute de besoin?  Voire…

Un rêve technologique illusoire?

La thèse de Jeremy Rifkin n’est pas partagée par tout le monde: tant s’en faut. Sur la forme, les critiques n’ont pas manqué à propos de sa complaisance dans le «name droping» – il se pose souvent en homme influent chuchotant à l’oreille des grands de ce monde. On reproche à son livre un manque de rigueur tant à propos des chiffres avancés que des sources rarement citées.
Sur le fond, ce qui est levé relève de plusieurs questions. Son  ignorance totale des aspects techniques de la production d’énergie est mise en relief. Son projet de multiplier les sources de production locales ne revient-il pas à risquer la sous-production? Même en recouvrant tous les toits des villes des moyens de  productions éoliens et solaires, il n’y aura pas assez d’énergie pour couvrir la consommation actuelle et future.  Le risque d’intermittence des énergies renouvelables  n’est pas exclu. L’utilisation des véhicules électriques comme capacités de stockage supplémentaires n’est pas jugé crédible, les conducteurs préférant garder les batteries de leur voiture pleine. Enfin, le coût de son programme est très élevé à cause de l’utilisation de solutions technologiquement très onéreuses – notamment en matière de stockage de l’énergie – ainsi que des subventions à dégager pour le soutien des énergies renouvelables.
Ce capitalisme numérique est jugé comme étant enfermé dans une vision simpliste des technologies  et de leurs effets. Il évacue les rapports de pouvoir, les inégalités sociales, les modes de fonctionnement de ces «macro-systèmes» comme les enjeux de l’autonomie des techniques et des techno-sciences. Il n’échappe pas non plus à la critique de son caractère antidémocratique: il s’appuie sur les experts et les seuls  décideurs en invitant les citoyens à se soumettre. Un paradoxe: il met en avant un pouvoir «latéral», décentralisé et coopératif alors qu’il fait appel à des forces hautement capitalistiques!

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*Editions Les Liens qui libèrent, 2014, 510 p.

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