×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Tribune

Le défi de la transformation structurelle de l’Afrique
Par Dani RODRIK

Par L'Economiste | Edition N°:4176 Le 20/12/2013 | Partager

LONGTEMPS considérée comme un cas désespéré au point de vue économique, l’Afrique subsaharienne est en train de

Dani Rodrik, professeur d’économie politique internationale à l’Université de Harvard, est l’auteur de The Globalization Paradox: Democracy and the Future of the World Economy (Le Paradoxe de la mondialisation: la démocratie et l’avenir de l’économie mondiale). Il est l’un des économistes contemporains les plus opposés au libre-échange, sans pour autant être favorable à un rôle très important des Etats. Dani Rodrik est le premier lauréat du prix Albert O. Hirschman du Social Science Research Council

connaître sa meilleure performance de croissance depuis les premières années post-indépendance. Des bénéfices exceptionnels tirés des ressources naturelles y ont contribué en partie, mais les bonnes nouvelles vont au-delà des simples pays riches en ressources naturelles. Des pays tels que l’Éthiopie, le Rwanda et l’Ouganda, entre autres, ont connu une croissance digne de l’Asie de l’Est depuis le milieu des années 1990. Et les leaders d’entreprises et politiques africains regorgent d’optimisme quant à l’avenir du continent.
La question est de savoir si cette performance peut être maintenue. Jusqu’à présent, la croissance a été tirée par une combinaison de ressources externes (les politiques d’aide et d’allégement de la dette, ou la manne des matières premières) et de la suppression de certaines des pires distorsions politiques du passé. La productivité nationale a été stimulée par une augmentation de la demande pour les biens et les services domestiques (surtout les services) et une utilisation plus efficace des ressources. Le problème est qu’il n’est pas évident de voir quelle pourrait être l’origine d’éventuels gains de productivité futurs.
Le problème sous-jacent est la faiblesse de la transformation structurelle de ces économies. Les pays de l’Asie de l’Est ont connu une croissance rapide en reproduisant, dans un laps de temps beaucoup plus court, l’expérience des pays avancés d’aujourd’hui suite à la révolution industrielle. Ils ont transformé leurs agriculteurs en ouvriers de fabrication, ont diversifié leurs économies et exporté une gamme de produits de plus en plus sophistiqués. Peu de ce processus se déroule en Afrique. Dans les mots des chercheurs du Centre africain pour la transformation économique à Accra, au Ghana, le continent «croît rapidement mais se transforme lentement».

Moins industrialisée aujourd’hui qu’il y a 30 ans

MOINS de 10% des travailleurs africains sont employés dans le secteur manufacturier, et parmi ceux-ci seule une infime fraction – aussi faible qu’un dixième – sont employés dans des entreprises formelles modernes disposant d’une technologie adéquate. De manière désespérante, il y a eu très peu d'amélioration à cet égard, en dépit de taux de croissance élevés.
En fait, l'Afrique sub-saharienne est moins industrialisée aujourd'hui qu'elle ne l'était dans les années 1980. L'investissement privé dans les industries modernes, en particulier les biens échangeables hors ressources naturelles, n'a pas augmenté et reste trop faible pour soutenir la transformation structurelle.

En principe, le potentiel de la région pour une industrialisation intensive en main-d’œuvre est grand. Un fabricant de chaussures chinois, par exemple, paie ses travailleurs éthiopiens un dixième de ce qu’il les paierait dans son pays. Il peut augmenter la productivité des travailleurs éthiopiens jusqu’à la moitié ou plus du niveau chinois grâce à la

Des pays tels que l’Éthiopie, le Rwanda et l’Ouganda, entre autres, ont connu une croissance digne de l’Asie de l’Est depuis le milieu des années 1990. Et les leaders d’entreprises et politiques africains regorgent d’optimisme quant à l’avenir du continent.

formation en l’interne. Les économies sur les coûts de main-d’œuvre font plus que compenser les autres coûts additionnels liés au fait de faire des affaires dans un environnement africain, comme l’insuffisance des infrastructures et la bureaucratie. Mais les chiffres agrégés sont inquiétants (voir encadré).
Comme dans tous les pays en développement, les agriculteurs africains se ruent vers les villes. Et pourtant, comme une étude récente du Groningen Growth and Development Center le montre, les migrants ruraux ne se retrouvent pas dans les industries manufacturières modernes, comme ils l’ont fait en Asie de l’Est, mais dans des services tels que le commerce et la distribution au détail. Bien que ces services aient une productivité plus élevée que la majorité des activités agricoles, en Afrique, ils ne sont pas dynamiques technologiquement et sont aujourd’hui loin de la frontière de ce qui se fait ailleurs dans le monde.
Prenez le Rwanda, un pays qui est souvent présenté comme une success-story, dont le PIB a connu une croissance impressionnante de 9,6% par an, en moyenne, depuis 1995 (et le revenu par habitant a augmenté à un taux annuel de 5,2%). Xinshen Diao, de l’Institut de recherche sur les politiques alimentaires, a montré que cette croissance a été tirée par les services non échangeables, en particulier la construction, les transports et les hôtels et restaurants. Le secteur public domine l’investissement et l’essentiel de l’investissement public est financé par des dons étrangers. L’aide étrangère a causé une appréciation du taux de change réel, ce qui aggrave les difficultés rencontrées par l’industrie manufacturière et les autres biens échangeables.
Rien de tout cela ne dénigre les progrès du Rwanda dans la réduction de la pauvreté, qui reflètent les réformes en matière de santé, d’éducation et de l’environnement de politique générale. Sans aucun doute, ces améliorations ont augmenté le revenu potentiel du pays. Mais l’amélioration de la gouvernance et du capital humain ne se traduisent pas nécessairement par le dynamisme économique. Ce dont le Rwanda et d’autres pays africains manquent sont les industries commerciales modernes qui peuvent transformer le potentiel en réalité en agissant comme le moteur interne de croissance de la productivité.
Les optimistes disent que les bonnes nouvelles au sujet de la transformation structurelle de l’Afrique ne sont simplement pas encore visibles dans les données macroéconomiques. Ils pourraient bien avoir raison. Mais, s’ils se trompent, l’Afrique pourrait affronter de sérieuses difficultés dans les décennies à venir.
La moitié de la population de l’Afrique subsaharienne a moins de 25 ans. Selon la Banque mondiale, il y a chaque année cinq millions d’enfants qui atteignent 15 ans, «franchissant le seuil de l’enfance à l’âge adulte». Compte tenu de la lenteur de la transformation structurelle positive, la Banque anticipe qu’au cours de la prochaine décennie seulement un jeune Africain sur quatre trouvera un emploi régulier en tant que travailleur salarié, et que seule une petite fraction de ceux-ci seront dans le secteur formel des entreprises modernes.
Deux décennies d’expansion économique en Afrique subsaharienne ont généré des attentes de bons emplois de la jeune population, sans augmenter considérablement la capacité de les fournir. Ce sont des conditions qui rendent probable l’émergence de la protestation sociale et d’instabilité politique. La planification économique fondée sur de simples extrapolations de la croissance récente va exacerber l’écart. Au lieu de cela, les dirigeants politiques africains pourraient avoir à faire diminuer les attentes, tout en travaillant à augmenter le taux de transformation structurelle et l’inclusion sociale.

L’informel ne peut pas fournir le dynamisme productif

LA caractéristique dominante du paysage économique de l’Afrique – un secteur informel comprenant des micro-entreprises, la production des ménages et les activités non officielles – absorbe la force de travail urbaine qui augmente et sert de filet de sécurité sociale. Mais les études empiriques suggèrent que le secteur informel ne peut pas fournir le dynamisme productif qui fait défaut à ces pays. Au contraire, elles montrent que très peu de micro-entreprises se développent au-delà du stade informel, tout comme la plupart des entreprises établies qui ont réussi n’ont pas commencé en tant que petites entreprises informelles.

Traduit de l’anglais par Timothée Demont

Copyright: Project Syndicate, 2013.
www.project-syndicate.org

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc