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Chronique

Majorité et opposition à géométrie valable
Par le Pr. Mustapha SEHIMI

Par L'Economiste | Edition N°:4145 Le 04/11/2013 | Partager

Mustapha Sehimi est professeur de droit, politologue et avocat au barreau de Casablanca

Comment s’y retrouver? Qui est vraiment avec qui? Et contre qui? L’appréhension du système partisan aujourd’hui, tel qu’il est articulé depuis le cabinet Benkirane II, permet-elle une clarification des clivages politiques? Rien n’est moins sûr. Un parti d’opposition comme le PJD, avec son parcours bien heurté durant au moins une quinzaine d’années dirige un gouvernement avec trois alliés : deux d’entre eux (RNI et MP) relèvent de ce que l’on appelle – encore? – des partis «administratifs»; le troisième, le PPS, est une composante de la Koutla créée en 1992 avec le PI et l’USFP. Une formule donc qui n’est pas vraiment d’une grande évidence. Et elle était tout aussi compliquée avec le cabinet Benkirane I où la formation istiqlalienne était partie prenante, le RNI l’ayant suppléée aujourd’hui.
En remontant et en se basant sur les trois gouvernements qui se sont succédé de 1998 à 2011 (El Youssoufi-Jettou et El Fassi), c’est une autre équation qui était en place. Elle était formée de cinq partis: trois de la Koutla (PI, USFP, PPS) et deux autres, à savoir le RNI et le MP. Antérieurement, durant la période 1992-1998, c’était plutôt l’«âge d’or» des gouvernements dits technocrates (Karim Lamrani, Azzedine Laraki et Abdelatif Filali). Il faut cependant nuancer cette qualification parce qu’ils comprenaient des ministres partisans (RNI, UC, MP, PND) suivant d’ailleurs des modalités differenciées.
Quant à la séquence 1985-1992, elle se distinguait par la représentation gouvernementale de quatre partis (RNI, UC, MP, PND), avec une place variable par chacun d’entre eux. Les cabinets Osman (1977), Maâti Bouabid (1979-1983) et Karim Lamrani (1983-1985) présentaient tous trois cette particularité: celle d’accorder une place – outre le RNI, le MP, le PND et l’UC– au parti de l’Istiqlal dans l’opposition depuis janvier 1963. Ce faisant, la formation alors dirigée par Me M’Hamed Boucetta, ne s’était pas ralliée, en octobre 1977, à la position de l’USFP de Me Abderrahim Bouabid qui avait décliné l’offre de participation.
Ce rappel à grands traits des évolutions des formules politiques retenues depuis plus de trois décennies et demie permet d’avancer un certain nombre d’observations. L’une d’entre elles c’est qu’exception faite des partis protestataires (PSU, PADS,…), tous les partis ont eu, à un titre ou à un autre, un parcours gouvernemental de durée modulable et inégale même.
Dans les quinze cabinets formés depuis 1977, trois partis (RNI, MP et PI) se distinguent par leur vocation gouvernementale plutôt marquée : ils ont ainsi participé à neuf d’entre eux mais pas toujours en même temps d’ailleurs. Par exemple, le RNI n’était pas au gouvernement de 1992 à 1998, de même pratiquement que le MP de 1985 à 1995 – Mohand Laenser étant le seul ministre – et le PI de 1985 à 1998. L’UC n’était présente que dans quatre cabinets (1983-1992 et 1995-1998) tandis que l’USFP n’a quitté l’opposition qu’en 1998 jusqu’à 2011, dans les trois gouvernements El Youssoufi, Jettou et El Fassi. Le PND, lui, intégré en 1983 a bénéficié d’un court passage gouvernemental jusqu’à 1986, puis en 1990-1991 avec les huit mois de son responsable, Abdellah Kadiri, comme ministre du Tourisme.
A noter enfin, la situation particulière du PPS dans les quatre gouvernements nommés depuis 1998 mais avec un  seul ministre à l’Education nationale Tayeb Chkili (1988-1995). Enfin, une mention particulière doit être faite à propos du PJD qui, depuis janvier 2012, est à la tête du gouvernement sortant d’un purgatoire dans l’opposition de près d’une quinzaine d’années.
Une autre observation a trait, elle, aux tendances – lourdes ou pas – que traduit ce tableau rétrospectif. Au premier rang, l’on peut classer des partis comme le RNI et le MP qui s’imposent comme les plus «gouvernementaux»; ils sont rejoints par le PPS et même par le PI qui a mis fin à quinze ans de participation en juillet 2013. L’USFP, partie prenante de 1998 à 2011, recampe dans l’opposition. Dans le radar gouvernemental, si l’on ose dire, deux partis (UC et PND) ont quitté le gouvernement, le premier depuis 1998 et le second depuis plus d’une vingtaine d’années. La formation de Mohamed Abied, avec 23 députés, dispose d’un groupe parlementaire et paraît se heurter à un «mur invisible» malgré sa prédisposition continue à vouloir compléter une majorité mise sur pied sans elle.
Une interrogation d’une autre nature intéresse le PI et l’USFP qui semblent témoigner d’une vocation gouvernementale moins consolidée. Ces deux formations ont réactivé leur coordination, surtout depuis le cabinet remanié de Benkirane, le 10 octobre dernier. Elles réinvestissent désormais l’opposition jusqu’au prochain scrutin législatif prévu en 2016. Cette échéance est également retenue par deux autres partis.

Clés de lecture

Le PJD d’Abdelilah Benkirane a en perspective ce rendez-vous et il en escompte le prolongement de sa participation  au gouvernement…  Quant au PAM, créé en février 2009, par nature, pourrait-on dire, il a été voulu et programmé pour avoir une vocation gouvernementale et sans doute au premier plan. Mais les élections législatives de novembre 2011 ont contrarié sinon compromis cette hypothèse alors que le G8 dont il était le maître d’œuvre six semaines auparavant – avec notamment le RNI, le MP, l’UC – comptait ferme sur une majorité.
Il reste à se demander comment se font et se défont la majorité et l’opposition. Des clés de lecture, voire d’intelligibilité, existent-elles? Naguère, c’était simple: les partis issus du mouvement national (PI, USFP, PPS) étaient dans l’opposition historique. Puis, ont été mis sur pied des partis qualifiés d’administratifs (RNI, UC, PND). Ensuite, de 1992 à 1998, les cabinets de technocrates étaient majoritaires, la participation partisane étant limitée au MP et à l’UC. Enfin, s’est opérée la jonction entre les partis de la Koutla (PI, USFP et PPS) avec le RNI et le MP jusqu’à la fin 2011.
Toutes ces combinaisons n’ont pas été imposées démocratiquement par les urnes: tant s’en faut. Elles participaient d’une régulation visant à intégrer l’opposition et à la faire participer à la gestion des affaires publiques. C’est chose faite depuis le cabinet d’alternance de 1998. Elle proposait une «alternative» durant des décennies ; mais elle a dû à cette date se contenter d’une formule a minima traduisant la nécessité d’un compromis imposé par un rapport de forces.
Il n’y a que la formation islamiste d’Abdelilah Benkirane qui s’est trouvée projetée au premier rang, à la suite du scrutin législatif de 2011, et ce sans que les uns et les autres – pas même le PJD – n’ait vu le coup venir… La démocratisation a poussé dans ce sens limitant fortement la politique traditionnelle des «quotas» négociés. Est-on en face d’un processus irréversible dans ce sens permettant la sincérité, la régularité et la transparence de la volonté des électeurs? On veut le croire.

Populisme et partis «populistes»

Hassan II a eu deux grands dossiers tout au long de son règne: l’opposition historique… et l’Algérie. Le second perdure toujours d’ailleurs avec le règne de Mohammed VI – l’actualité brûlante de ces jours-ci en témoigne…Quant au premier, il appelle des développements particuliers. Le défunt roi aimait à préciser, faisant référence au PI, à l’USFP et au PPS que c’était «son» opposition. Dans son esprit, il n’y avait pas de place pour des acteurs anti-système. Il a fallu attendre 1998, après une première tentative avortée en 1993-94, et leur oui à la Constitution de 1996, pour que les trois formations de la Koutla participent au gouvernement dit d’alternance, le leader de l’USFP, Abderrahmane El Youssoufi, en étant même le Premier ministre.
Les clivages et l’altérité du passé ont été dépassés et ils sont même déréglés. Depuis 1998, un tronc commun marque tous ces partis ainsi que le RNI et le MP. Ils partagent pratiquement une commune adhésion à un projet de société moderniste, démocratique et solidaire, répondant d’ailleurs à la vision de Mohammed VI et aux aspirations des citoyens. Des différences subsistent-elles? Oui, sans doute, mais sur les priorités et le calendrier; pas vraiment sur les valeurs. Même le PJD d’Abdelilah Benkirane, depuis le remaniement du mois dernier, paraît s’être rangé autour de  cette ligne gouvernementale. En existe-t-il une autre,alternative? Ce serait celle d’une conception conservatrice, voire rétrograde: mais qui en voudra?
Reste un nouveau facteur qui affleure de plus en plus dans le champ politique: celui du populisme. S’il persiste, le clivage ne se fera plus qu’entre les partis «populistes» (PJD, PI et USFP?) et les autres. Electoralement, il peut être efficace mais ce serait une régression dans la construction démocratique à l’ordre du jour.

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