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Et si Bill Clinton avait encore 20 ans…

Par L'Economiste | Edition N°:3976 Le 26/02/2013 | Partager
L’ex-président américain réinvente sa vie à Casablanca
Les leçons d’un démocrate inspiré par la finance
Un siècle de lutte identitaire et non économique

Le 24 février à Casablanca, Bill Clinton parle du changement climatique, un sujet qui lui tient à coeur. Et évoque «la stratégie géniale» du système crédit carbonne et du reboisement de la planète 

A quoi ressemble Bill Clinton? A un courant d’air qui entre par une porte et sort par une autre sous les applaudissements nourris d’une salle aux anges. Le 42e président des Etats-Unis a rêvé d’une autre vie le 24 février à Casablanca. Invité par l’Université internationale de Casablanca (UIC), William Jefferson Blythe III - de son vrai nom-  a refait le monde dans la pure tradition libérale. S’il avait encore 20 ans, Clinton aurait voulu troqué son statut politique contre celui «d’ingénieur, d’architecte ou de génie de la finance» dans un siècle (21e) «d’interdépendance» et où «nos destins sont liés». L’ex-gouverneur de l’Arkansas «aurait tellement souhaité avoir encore 20 ans juste pour savoir ce qui va se passer» dans le futur. Son discours d’une heure a savamment dosé entre l’anecdote, la prospective géopolitique et la réflexion existentielle d’un homme qui aborde sans les faire ses 70 ans. Le pragmatisme anglo-saxon exige que l’on pose le décor d’abord en s’inspirant de Marshall Mac Luhan, auteur du «Village planétaire» en 1967.  L’air de l’interdépendance est un monde miniaturisé par internet en termes de commerce, d’investissement et de déplacement… Clinton se rappelle d’une époque, proche et lointaine à la fois, où un téléphone cellulaire pesait 1,5 kg et n’existait que 56 sites sur la Toile. C’était les années 1990. Dans sa valise diplomatique, le mari d’Hillary Clinton, ex-secrétaire d’Etat de Barack Obama, apporte de mauvaises nouvelles aussi: «Sur internet, on peut apprendre à confectionner une bombe…». Malgré la menace cybercriminelle, l’optimisme de l’orateur persiste. Il le faut car «deux défis sont à relever»: inégalités sociales et instabilité.
«Si vous croyez au système libéral, il faut accepter l’inégalité en ce sens qu’il faut rémunérer les bosseurs et les innovateurs. Mais s’il y a trop d’écarts, vous limiterez la croissance d’une économie que vous voulez soutenir pourtant», déclare Clinton. Comment donc se développer sans tomber dans de grandes inégalités? Décontracté, l’orateur fait le parallèle avec la Chine à laquelle il pronostique «davantage de conflits avec ses voisins». Et pour cause, gérer la rareté des ressources est une dangereuse acrobatie géopolitique: l’empire du Milieu et la guerre de l’eau. Le pays à plus d’un milliard d’habitants puise dans le Mékong, qui irrigue le Laos et la Thaïlande notamment, pour alimenter le fleuve Jaune à sec. «Mais qu’est-ce que cela à avoir avec le Maroc?» reprend le conférencier dans un silence religieux.
Et qui va évoquer dans un bref élan émotionnel «un pays que la famille Clinton adore, un roi (Hassan II) avec qui il a eu l’honneur de travailler, le plus grand dîner officiel de l’histoire US où l’invité d’honneur est Mohammed VI…». Retour à la politique.
L’instabilité pour le Maroc? Il la gère à sa manière «en éradiquant l’analphabétisme des femmes rurales, en électrifiant la campagne et, contrairement au pays du Golfe, le Maroc a sagement réinvesti les bénéfices des phosphates…». Puis l’épineuse question identitaire: «Au XXIe siècle la lutte sera identitaire et non pas économique». Notre grand invité américain puise là aussi dans la théorie du «choc des civilisations» développée lors de son mandat par l’essayiste Samuel Huntington durant les années 1990. Clinton est visiblement impressionné de voir un chef de gouvernement (et non le Souverain) inaugurer, le 13 février à Fès, la rénovation d’une synagogue. Ses conseillers auraient dû lui toucher un mot sur notre système judiciaire: le seul dans le monde arabo-musulman où siègent des juges-rabbins comme Yosef Israel. Etre un pays stable, c’est aussi gérer son multiculturalisme «en faisant honneur à sa diversité, en trouvant une formule pour célébrer son identité, son genre, sa confession sans nuire à autrui», déclare Clinton né dans un sud très conservateur.

Repenser la finance

Que signifie être juif ou musulman? Qu’induit un partage équitable des ressources? Pour le Maroc, «c’est d’abord miser sur l’enseignement, le savoir. Résoudre la crise de l’emploi qui consolide la dignité humaine. Plus globalement, se développer économiquement sans brûler la planète». Là, l’ex-président américain fait un clin d’œil à la politique des énergies renouvelables du Royaume et sa volonté d’exporter sa production vers l’Union européenne. 
Est-ce un gage de «prospérité économique pour les générations futures»? On verra, le temps de répondre «à trois bonnes questions: qu’allez vous faire? Combien allez-vous dépenser? Et surtout comment allez-vous vous y prendre? Le tout pour transformer ses intentions en vrai changement et au moindre coût», poursuit le conférencier.
A part l’énergie, «construire une université est un bon point de départ» pour un pays qui «peut peser sur le plan régional et mondial». A condition de respecter un cahier des charges où compte le savoir autant que la diversité culturelle. En attendant, «il faut baisser le taux d’abandon scolaire».
La démocratie est une recette où «le vote intelligent» est désormais la règle et avec internet «on apprend dès son enfance qu’on ne peut pas tout laisser aux politiques et aux entreprises. Ce siècle appartiendra à ceux qui vont faire de la coopération sans renier leur identité». Une prophétie qui explique pourquoi le président aurait aimé être un génie de la finance notamment. Là où le Sommet de la Terre à Copenhague déçoit, les financiers peuvent apporter des solutions de financement dédiées à l’énergie propre. D’où le mérite du financement participatif, brèche révolutionnaire ouverte par internet. Le conférencier cite le cas d’un ami ayant financé son film via l’apport de 6.800 internautes et appelle à «un réexamen total du système allant du microcrédit à la finance internationale». Cela a le mérite d’être dit, même si l’on aurait souhaité avoir plus de détails (voir encadré). 
Clinton se distingue surtout lorsqu’il partage ses leçons de vie. «Le vrai échec, c’est lorsqu’on n’a jamais essayé», lance le président à une jeune étudiante. Et revient sur le parcours de ses prédécesseurs: Lincoln dont l’entreprise a fait faillite, Truman qui n’a pas percé dans le commerce de chapeaux… Le président démocrate pense aussi que «savoir ce qu’on veut est un grand avantage et qu’il faut savoir commencer par le bas de l’échelle». Sait-on jamais, un étudiant peut toujours finir président. C’est cela aussi le rêve américain.

Parole de cascadeur!

Avant l’arrivée de «notre invité», Antonio Maceda, président de l’Université internationale de Casablanca (UIC), a été prévenant envers  le public présent à une conférence «exceptionnelle» et qui «s’adresse particulièrement aux étudiants». Du coup, chaque chaise avait sa couleur: rouge pour les VIP comme le porte-parole du gouvernement, les maires de Casablanca et de Rabat et le patron du groupe BMCE Bank, Othman Benjelloun, ou celui de Somed, Tarafa Marouane, le bleu pour les étudiants de l’UIC, vert pour la presse et saumon pour les autres. Côté sécurité, il fallait s’attendre à trouver des agents marocains et américains même sous les tapis! 
Placés dans un angle mort où l’on voyait à peine le bout des chaussures du 42e président des Etats-Unis, les journalistes ont été prévenus d’avance qu’ils n’auront pas droit à une partie de ping-pong avec le fringant Bill Clinton. L’essentiel est d’entendre. Pas de question donc, même politiquement correct, du genre qu’elle est la position du «père de la banque universelle» dans ce brûlant débat autour de la régulation financière?  En 1999, l’ex-locataire de la Maison-Blanche a été à l’origine du Financial Services Modernisation Act. Loi grâce à laquelle banques et établissements financiers ont pu joindre des activités a priori aussi disparates que le dépôt, l’investissement et l’assurance (cf. L’Economiste du 21 février 2013). Après plus d’une décennie, la crise est passée par là faisant éclater des empires financiers qui, au nom du sacro-saint droit à la spéculation, ont confondu entre leurs poches et celles de leurs clients. Même les quelques étudiants «privilégiés» qui ont pu s’adresser à «Son excellence» l’ont fait par personne interposée. La prise de parole serait-elle devenue une profession réservée aux cascadeurs?

Faiçal FAQUIHI

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