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Chronique Militaire

Israël et la guerre civile en Syrie: intervenir ou pas?
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:3967 Le 13/02/2013 | Partager

Notre consultant militaire, Jean-Louis Dufour, est un ancien officier supérieur de l’armée française. Il a servi en qualité d’attaché militaire au Liban, commandé le 1er Régiment d’infanterie de marine et le bataillon français de la Finul. Chargé du suivi de la situation internationale à l’état-major des Armées (EMA-Paris), il s’est ensuite spécialisé dans l’étude des crises et des conflits armés. Ancien rédacteur en chef de la revue «Défense», professeur dans nombre d’universités et instituts francophones, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels «La guerre au 20ème siècle» (Hachette, 2003), «La guerre, la ville et le soldat» (Odile Jacob, 2006), «Un siècle de crises internationales» (André Versaille, 2009) 

Vingt-quatre mois durant, Israël a suivi les évènements de Syrie avec l’extrême attention que l’on devine tout en demeurant imperturbable. Le 30 janvier, l’Etat hébreu est sorti de sa réserve en menant un raid aérien contre un objectif situé près de Damas. L’affaire reste mystérieuse (voir encadré). A peine a-t-elle été reconnue par Israël. Seule confirmation, la remarque à Munich, le 3 février, d’Ehoud Barak, ministre israélien de la Défense, à propos de la détermination de son pays à faire ce qu’il dit(1). Damas et ses alliés, l’Iran et le Hezbollah, ont condamné cette attaque dirigée contre un «centre militaire de recherche». De leur côté, les médias israéliens, bientôt suivis par la presse internationale, ont émis l’hypothèse que l’attaque visait un convoi de missiles anti-aériens destinés au Hezbollah qui se serait arrêté un moment dans le centre de recherche en question.
Cet incident illustre un aspect curieux de la question syrienne: Israël, contrairement aux autres voisins de la Syrie, Turquie, Irak, Liban, Jordanie, ne s’y est pratiquement pas impliqué. Deux exceptions, seulement, à cette «non- intervention»: en mai 2011, des centaines de Palestiniens franchissent la ligne, non défendue, de cessez-le-feu sur le Golan, avec les encouragements ou, au moins, l’approbation tacite des autorités syriennes; en novembre suivant, quand des obus de mortiers tirés de Syrie finissent leur course sur la partie du Golan occupée par Israël. Ces deux incidents, qui eussent paru extraordinaires en temps «normal» et à propos desquels l’Etat hébreu aurait vivement réagi, n’ont donné lieu qu’à des protestations de principes. Tout s’est passé comme si Tel-Aviv avait jugé cela insignifiant comparés à la gravité de la guerre civile.
Cette apparente passivité n’est certes pas de l’indifférence. Politiques et analystes en Israël sont bien conscients des graves répercussions pour la sécurité du pays que risque d’entraîner la chute d’Assad. Mais ces observateurs savent aussi que l’influence d’Israël sur la Syrie est très limitée. Toute intervention nuirait grandement aux rebelles. Depuis le début, le régime s’emploie à décrire les troubles, non comme un soulèvement populaire, mais comme un complot des ennemis de la Syrie, Etats-Unis et Israël. Toute initiative de l’Etat juif en Syrie, même à caractère humanitaire, serait aussitôt présentée par Damas comme une ingérence.

Israël passe à l’action
Israël s’inquiète. Les scénarios catastrophes sont nombreux: avènement d’un pouvoir islamiste à Damas, anarchie généralisée, attaques terroristes à partir du Golan, transfert au Hezbollah d’armes chimiques, tirs de missiles par une Syrie à l’agonie en direction d’Israël… Le gouvernement Netanyaou, en liaison avec Washington, cherche à anticiper les évènements. D’où l’énoncé récent de plusieurs lignes rouges que ne doivent pas franchir les acteurs en cause. Le transfert d’armes performantes syriennes à la milice chiite libanaise en est une.
Cette ligne rouge eût été franchie fin janvier si Israël n’avait pas décidé de frapper, nonobstant les risques: effet bénéfique pour Assad, riposte possible de la Syrie ou du Hezbollah, déclenchement d’une crise internationale. Rien de cela ne s’est produit. Le régime a dénoncé l’attaque comme étant une aide apportée aux insurgés. La campagne de propagande lancée par Damas pour assimiler le raid israélien à une aide aux insurgés, a été sans effet. L’Iran et le Hezbollah ont émis de vagues menaces de représailles, mais ne les ont pas mises à exécution. Le ministre de la Défense syrien a expliqué que son pays ne riposterait pas, le raid de Tsahal étant lui-même une réponse aux dommages causés à Israël ! Cet épisode des rapports subtils qu’entretiennent Tel Aviv et Damas depuis des décennies, est à rapprocher avec celui de septembre 2007 quand les aviateurs israéliens avaient détruit le réacteur nucléaire en cours d’installation en Syrie par la Corée du Nord. A l’époque, Israël n’avait publié aucun communiqué reconnaissant son attaque. Il fallait aider Bachir el Assad à ne pas se sentir contraint de riposter. L’intéressé avait joué le jeu. Cette fois, Bachir avait toutes les raisons de répliquer mais il a encore privilégié la prudence. Mieux vaut pour lui entretenir une tension, politiquement utile, qu’affronter Israël. Compte tenu du délabrement de l’armée syrienne, une guerre contre Tsahal fournirait aux rebelles une occasion en or d’en finir avec le régime qu’ils combattent.
On ne sait toujours pas, en revanche, si le raid israélien a été réussi. Ses retombées politiques ont été restreintes et le déroulement de l’insurrection n’en a pas été modifié. Peut-être cette attaque ne suffira-t-elle pas à dissuader Damas de transférer des armes au Hezbollah.  Auquel cas, Israël se verra sans doute contraint de renouveler l’avertissement. Il est possible que le raid du 30 janvier soit vite oublié. Mais cela ne signifie pas qu’Israël pourra éviter d’être attiré dans le bourbier syrien. Le sort des armes spéciales syriennes demeure en suspend, qu’elles soient livrées, en totalité ou en partie, au Hezbollah ou qu’elles restent là où elles sont. Dans tous les cas, Israël jugera à l’occasion nécessaire à sa sécurité d’entreprendre de nouvelles actions susceptibles, cette fois, d’amener ses adversaires à riposter. A moins que les circonstances ne s’y opposent, comme l’évolution de la guerre civile, une conjoncture plus ou moins favorable au Hezbollah, les négociations Iran et «5+1»(2), le 28 février. De toute manière, si cette riposte de la Syrie et de ses alliés devait avoir lieu, elle prendrait plutôt la forme, non d’un affrontement conventionnel, mais d’attentats terroristes, comme celui survenu en Bulgarie le 18 juillet contre des touristes israéliens.
La perspective d’un Proche-Orient déstabilisé justifierait une intervention politique américaine. Elle devrait viser, en priorité, à résoudre le problème syrien. L’intention prêtée au président Obama de se rendre bientôt dans la région suscite un certain espoir. A condition que la Maison- Blanche soit déterminée à faire avancer ces dossiers «Monde arabe» dont le traitement, par l’actuelle administration, a profondément déçu.

Un raid encore mystérieux

L’environnement stratégique d’Israël a changé en raison des troubles syriens. Hier, la Syrie était un pays stable. Ce n’est plus le cas. En Egypte, des Frères musulmans sont tentés de remettre en cause le traité de paix avec Israël. La situation en Jordanie où les réfugiés affluent de Syrie, n’est pas satisfaisante. Au Liban, le Hezbollah s’équipe, s’arme, perfectionne ses installations. Sa force est inentamée, sa position politique est affirmée.
Israël doit s’adapter. Le 30 janvier l’aviation de Tsahal s’en est pris à un convoi de camions en route pour le Liban. Deux jours plus tôt, deux batteries d’antimissiles «Dôme d’acier» avaient été installées, à proximité de la frontière libanaise, l’une au nord d’Haïfa, l’autre en Galilée. Historiquement, Israël entreprend des attaques préventives dès qu’il se sent menacé. La dernière en date, le 24 octobre 2012, a consisté en un bombardement d’une usine soudanaise d’armement, soupçonnée de fournir des armes à Gaza. Celle contre la Syrie visait - hypothèse non confirmée à ce jour -  des missiles sol-air SA17, réputés performants, destinés au Hezbollah. Installés, ces engins compromettraient la liberté d’action de l’aviation de combat israélienne.
Le mardi 29 janvier vers 16h30, quatre appareils de Tsahal ont pénétré l’espace aérien libanais; ces avions ont été relevés quatre heures plus tard par un même nombre d’appareils, à nouveau remplacés vers 2 h du matin le mercredi 30 et jusqu’à 8 h, heure à laquelle ces avions sont rentrés en Israël. La durée de l’opération est significative. Manifestement, les Israéliens, au courant du mouvement des missiles, ont dû attendre que l’objectif se présente.
Des informations ont fait état de l’inquiétude en janvier des autorités israéliennes quant à de possibles mouvements d’armes spéciales en direction du Liban. Le 28 janvier, le site israélien «Ynet» révélait que des éléments du Hezbollah s’étaient installés en Syrie, à proximité de plusieurs dépôts connus d’armes chimiques. Israël redoute aussi le transfert d’armements conventionnels modernes, missiles antichars autoguidés, missile anti-aériens à très courte portée, d’autres à moyenne portée, comme les SA 17, ces derniers associés à leurs véhicules porteurs. 

(1) Le 3 février 2013, dernier jour de la «Conférence internationale sur la sécurité de Munich», le ministre israélien de la Défense a déclaré ceci: «Nous avons dit qu’il ne doit pas être permis que des systèmes d’armes perfectionnés soient transférés au Liban».
(2) Les «5+1», ou les 5 membres permanents du Conseil de sécurité (USA, GB, Russie, Chine, France) plus l’Allemagne; ces négociations devraient se tenir à Almaty, au Kazakhstan, le 26 février prochain.

 

 

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