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    Enquête

    Génération geek: Plongée au coeur des «hippies» des nouvelles technologies

    Par L'Economiste | Edition N°:3914 Le 23/11/2012 | Partager
    Une communauté en développement depuis la fin des années 90
    Facebook, Twitter, Instagram… leurs lieux de rencontres
    Ils sont «comme les autres jeunes, avec un besoin d’être connectés tout le temps»

    Un geek passe en moyenne 12 à 15 heures devant son ordinateur. Pour récupérer, il a toujours à portée de main un «sac de couchage» adapté

    Ils sont jeunes, passionnés du web, passent plus de 15 heures scotchés devant leurs ordinateurs. Le Maroc connaît comme d’autres pays l’émergence d’une nouvelle génération qui passe plus de temps dans le monde virtuel que dans la réalité. Leurs icônes: Steve Jobs, Bill Gates et Marck Zuckerberg. Une communauté qui a ses propres codes et habitudes. Plongée dans cet univers numérique.

    Samedi 17 novembre. Oussama Moursil et Abdallah Fattari, deux jeunes cadres travaillant dans des sociétés de nouvelles technologies se rencontrent au parking de l’une des grandes salles de fitness de Casablanca. Il s’agit là de l’un des rares moments qu’ils passent loin de leurs ordinateurs. Et pourtant, avant de démarrer la séance d’entrainement, ils ont les yeux rivés et les doigts braqués sur leurs smartphones. L’un pour envoyer un mail à son patron pour l’informer des dernières évolutions d’un projet, et l’autre pour lancer un dernier post sur Facebook. Les deux jeunes cadres font partie de la communauté des geeks (prononcez «gik» ou «guik»)  marocains. Ils ont chopé précocement le virus du web. L’émergence de ce phénomène au Maroc remonte à la fin des années 90, «au moment de l’apparition d’internet, notamment grâce aux cybercafés», se rappelle Othmane Tssouli, user-designer dans une agence web à Agadir. Pour lui, c’était l’âge d’or des geeks au Maroc. «Aujourd’hui, la communauté trouve que l’appellation est un peu galvaudée. «Toute personne qui dispose de comptes sur Facebook et Twitter se proclame geek», regrette Oussama Moursil, chef de projet webmarketing à Ping Labs. En effet, les anciens de la communauté s’accordent à dire que ce qui distingue les vrais geeks, c’est d’abord la créativité. «Il ne suffit pas de poster des photos sur Instagram ou actualiser son statut Facebook toutes les heures pour faire partie du mouvement. Les vrais geeks sont ceux qui ont créé ces applications, selon Tssouli. Avant d’arriver au Maroc, ce phénomène est apparu dans des pays développés, comme les Etats-Unis, l’Europe, le Japon, ainsi que d’autres pays asiatiques comme l’Inde. Ils sont connus pour leur vie solitaire, et le grand temps qu’ils passent scotchés devant leurs ordinateurs. La plupart du temps, ils mangent sur leurs claviers et sont reconnaissable à leur apparence un peu déjantée. Comme pour les réseaux sociaux, la vague a petit à petit atteint le Maroc. Aujourd’hui, le mouvement revendique  près de 500 personnes, jeunes et moins jeunes. «Ce sont des personnes connues dans le milieu, très actifs sur le web», avance Tssouli. Mais est ce qu’on peut parler d’une réelle communauté organisée, liée par des codes et des habitudes communes. Sur ce point, les avis divergent.  «il est difficile de parler d’une réelle communauté homogène, dans la mesure où il n’y a pas de cadre qui englobe toutes ces personnes. Et pourtant, il s’agit de compétences qui gagneraient à se regrouper». Et même les événements et grands rassemblements initiés par des geeks, comme Tedx, Ignite, Meetups, Social Media Club, Twittlunch, Ftour geek… sont ouverts aux «profanes». Néanmoins, «un noyau de vrais geeks existe, dans la mesure où l’on retrouve pratiquement les mêmes personnes dans les différents événements», tempère Moursil. Un constat partagé par Hicham Sbini, responsable plateforme dans la société Buzzef. Pour lui, on peut parler d’une communauté de geeks marocains, du moins au niveau virtuel. «Ces personnes sont toutes connectées via Facebook et Twitter. Par exemple, sur mon compte Facebook, il y a des personnes avec qui j’ai plus de 100 amis en commun», explique-t-il. De plus, «ils sont pratiquement tous membres de certaines pages Facebook comme Blogoma, et sur Twitter, le hashtag(1) commun pour la communauté est #twitoma», ajoute-t-il. Des déclinaisons de ces lieux de rencontres virtuels sont apparues comme Twitofassi, Twitorbati, Twitocasaoui… Mais qu’en est-il de leur vie réelle. Les geeks ont une vie sociale en dehors des réseaux sociaux? «Bien sûr!», s’accordent-ils à dire. Ces passionnés n’apprécient pas le cliché qui présente le geek comme une personne associale, et critique la confusion avec les no-life (voir encadré). «Nous avons une vie sociale comme tous les jeunes, avec en plus un besoin d’être connectés tout le temps», lance Sbini. «Certains sont même mariés», s’amuse à dire de son côté Tssouli.Après la séance d’entraînement, nos deux jeunes cadres se dirigent vers un café du centre-ville de Casablanca. Sur place, ils retrouvent d’autres amis tout aussi passionnés par le web. Après un échange qui n’a duré que quelques minutes, chacun plonge dans son ordinateur portable. Le café où ils se trouvent, à l’instar d’autres établissements du genre, est équipé d’une installation wifi. Du pain béni pour cette nouvelle génération. Deux heures après, une discussion est lancée sur les dernières applications pour iphone, ou sur les performances de certains logiciels. Mais, l’univers de ces accros du web ne se limite pas à l’informatique et aux nouvelles technologies. Car un geek est  aussi quelqu’un qui regarde les séries américaines en version originale le jour de leur sortie aux Etats-Unis en les téléchargeant sur les torrents(2). C’est aussi quelqu’un qui suit les manga japonais en les téléchargeant en mode raw scan, et qui utilise google map pour trouver une adresse», explique Sbini. Il s’agit là d’habitudes que les geeks ont développées grâce à l’univers dans lequel ils baignent. Une grande partie d’entre eux travaille dans des sociétés qui opèrent dans ce secteur. Néanmoins, d’après les anciens du mouvement, il y a aussi de plus en plus de jeunes, notamment des étudiants, qui ont été «contaminés». La passion du web a même orienté leur choix de vie. Beaucoup ont choisi de faire des études supérieures en relation avec leur passion. D’autres, ont pu décrocher un poste d’emploi grâce à la manie du web. En effet, beaucoup de sociétés, notamment des start-up, emploient des jeunes autodidactes, notamment pour des postes de référenceurs, de community-managers… Aujourd’hui, le phénomène des geeks prend de plus en plus d’ampleur. Avec la généralisation d’internet et l’afflux de plus en plus massif vers les réseaux sociaux, il est appelé à s’étendre encore plus. Néanmoins, au-delà de la quantité, les anciens de la communauté insistent sur l’importance de la qualité. En effet, «jusque là, une grande partie de ceux qui se proclament geeks ne font pas plus que poster du contenu sans grande importance», déplore Abdallah Fattari, project-manager webmarketing dans la société Quantum Technologies. Il fait allusion au rôle des geeks dans le développement économique et social du Maroc. A l’instar des autres membres du premier noyau du mouvement, il précise que «l’importance d’un geek réside dans sa créativité. Des personnes comme Steve Jobs, Bill Gates ou Marck Zuckerberg ont changé la face du monde. Alors qu’au Maroc, malgré les efforts de plusieurs personnes sérieuses, nous constatons que certains se limitent à copier ou à alimenter les réseaux sociaux avec du contenu qui manque de pertinence». Concrètement, il déplore la multiplication de pages sur Facebook qui n’ont aucune valeur ajoutée pour le développement du pays, à l’image de la célèbre page «Bouzebal». Les anciens du mouvement appellent les jeunes à s’impliquer dans le mouvement en misant sur leur créativité. L’objectif est de dépasser l’effet de mimétisme pour aboutir à des créations utiles. D’ailleurs, beaucoup de geeks travaillent dans des startups lancés par leurs aînés, dont certains ont été initiés à l’étranger. A leur tour, ils rêvent de lancer leurs propres entreprises. Certains préparent déjà leurs affaires, notamment en lançant leurs propres sites web, en parallèle avec leur emploi officiel. Outre la passion du web, les jeunes geeks ont également en commun une ambition sans limites et une grande foi dans l’avenir de ce domaine.

    Le Kit du bon geek
    Un ordinateur et une connexion internet, sont les deux outils indispensables pour un geek. A cela s’ajoutent un smartphone et depuis quelque temps une tablette tactile. Néanmoins, «le vrai matériel d’un geek sont ses neurones», estime Chakib Tssouli. Car, «un geek se distingue d’abord par sa créativité et sa grande culture», a-t-il estimé.

    Nous ne sommes pas des no-life
    Contrairement à une idée reçue, les geeks ne sont pas des personnes asociales. Ils partagent les mêmes habitudes que les autres jeunes, «avec un besoin en plus d’être connectés tout le temps», est-il indiqué. Cela contrairement aux Nerds et aux no-life. Les premiers sont des geeks mais «inadaptés socialement, qui restent souvent retranchés dans leurs caves». Les no-life, eux, sont l’expression extrême de ce phénomène. Ils sont pratiquement scotchés devant leurs ordinateurs. Néanmoins, «cette catégorie n’existe pas au Maroc. Elle est plus présente aux Etats-Unis et dans d’autres pays comme le Japon», souligne Moursil.

    Hackers
    Connus pour leurs faits d’arme contre les sites web, les hackers sont l’une des expressions du mouvement geek. Néanmoins, «ceci n’est pas péjoratif dans la mesure où il s’agit de personnes qui maîtrisent le fonctionnement de logiciels, de systèmes ou d’appareils, et qui peuvent les adapter à leurs besoins. C’est notamment le cas des personnes qui font le jailbreak des iphones», explique Sbini. Cependant, d’autres hackers sont plus dangereux et peuvent causer des dommages collatéraux pour les entreprises et même les Etats. Il s’agit des «black Hat», la catégorie la plus dangereuse des pirates informatiques.

    n Révolution virtuelle
    Le printemps arabe, porté par des jeunes, a été déclenché par des groupes de geeks, très actifs sur les réseaux sociaux. En Egypte par exemple, Wael Ghonim, l’une des icônes de la révolution, est un des premiers geek, et un employé du géant Google. Au Maroc, le Mouvement 20 février a connu ses premiers balbutiements sur le web, à travers des pages créées sur Facebook par le premier noyau du mouvement.

    Mohamed Ali MRABI

    (1) Sur les réseaux sociaux, le hashtag sert à centraliser les messages autour d’un terme bien précis. Il devient alors le mot-clé qui permet aux internautes de commenter ou suivre une conversation.
    (2)Terme qui fait référence à un type de fichier informatique utilisé selon le protocole de partage peer to peer.

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