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    Enquête

    Sexualité: La honte refoulée du «moteur en panne»

    Par L'Economiste | Edition N°:3901 Le 02/11/2012 | Partager
    A défaut de pouvoir se confier à un médecin, l’automédication prime
    L’angoisse de performance, principale cause
    Les consultations se font de plus en plus en couple

    Trop fiers, la plupart des hommes rechignent à consulter pour traiter leurs problèmes de libido. Ceux qui osent franchir le pas, s’expriment comme ils le peuvent, souvent par des subterfuges

    «L’étendard est tombé», «Je n’ai plus de force», «J’ai perdu de ma vigueur», «Je suis devenu froid», «Je ne peux plus satisfaire mon épouse»,… voilà comment les hommes expriment leurs troubles érectiles… toujours avec pudeur, voire une honte qui cache une souffrance profonde. «Je suis devenu comme une femme», disent certains assimilant la dysfonction érectile à une perte de virilité. «L’homme met à parts égales sexualité et vie. Le priver de sa sexualité revient à le rapprocher de la mort, même à un âge avancé», explique Amal Chabach, sexologue, thérapeute du couple et de la famille. Il est souvent très difficile pour un homme de se confier sur sa libido, et c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles la majorité des personnes atteintes de dysfonctionnements préfèrent l’automédication, parfois au péril de leur vie. Ceux qui consultent s’expriment comme ils le peuvent… Pour s’éviter «l’humiliation» de dévoiler son intimité, de se mettre à nu devant le jugement de l’autre, certains écrivent à leur médecin leurs pensées sur une feuille blanche. D’après les spécialistes, l’on préfère généralement se confier à un médecin femme, car avec la gent féminine, il n’existe pas de «comparaison de virilité»!                 
    Les troubles de l’érection sont beaucoup plus fréquents qu’on ne l’imagine. Mais touchés dans leur orgueil, peu d’hommes osent en parler, encore moins consulter. «L’impuissance» continue d’être une souffrance silencieuse… Les dernières statistiques dévoilées en 2007 par la Société marocaine d’urologie parlent de 1 million de personnes concernées au Maroc. Et encore, le chiffre reste approximatif, vu la faiblesse des consultations. «Dans les pays scandinaves, 65% des personnes souffrant de troubles érectiles n’osent pas consulter. En France, le chiffre est de 75%. Au Maroc, la proportion est sans doute plus importante», relève Abderrazzak Moussaïd, président de l’Association marocaine de sexologie. Stress, problèmes de couple, soucis financiers, maladies psychosomatiques ou encore abus d’alcool et de tabac favorisent les dysfonctionnements de l’érection. «Dans certains cas, ces troubles sont précurseurs de graves problèmes de santé. C’est le cas des personnes souffrant d’un syndrome métabolique pouvant combiner hypertension artérielle, diabète et cholestérol», précise Moussaïd. «Avec le changement de nos habitudes alimentaires et de notre mode de vie qui tend vers la sédentarité, ce genre de maladies devient de plus en plus fréquent. Forcément cela favorisera les dysfonctionnements érectiles», poursuit-il. L’obésité est également un facteur de risque, puisque qui dit graisse dit développement d’hormones féminines! Une bonne hygiène de vie reste donc nécessaire pour se prémunir. «Dans 70% des cas la cause du trouble érectile est liée à l’angoisse de performance. C’est un cercle vicieux dans lequel il ne faut surtout pas tomber», tient à souligner Chabach. «Il est vrai que le sujet reste tabou, mais ces dernières années, de plus en plus de personnes osent s’adresser à des spécialistes. Dans mon cabinet, j’en vois de plus en plus et de toutes les catégories sociales», poursuit-elle. Plus des deux tiers des patients viennent consulter seuls, un peu en cachette, mais beaucoup viennent en couple. Et dans certains cas ce sont les femmes qui prennent rendez-vous pour leur conjoint.
    Généralement, les personnes souffrant de troubles de l’érection recourent à la consultation en dernier ressort, après avoir essayé de «se guérir» avec des médicaments ou potions, voire des cocktails de plantes dénichées chez des herboristes de fortune. Et il faut dire qu’il y a l’embarras du choix. Il existe quelque 9 médicaments dont 6 génériques avec des prix accessibles (à partir de 35 DH). En principe, leur consommation est conditionnée par un examen clinique préalable et une prescription médicale, car les risques sont considérables. Une utilisation en cas de cardiopathie, par exemple, peut entraîner le décès immédiat. Côté plantes, il en existe une grande variété connue pour son effet aphrodisiaque. Les célèbres «Mssakhen» fluidifiant la circulation sanguine, le gingembre, le ginseng, terfas (champignon) et autre khoudinjal sont vendus partout. Chez les herboristes, dans les marchés de rue, devant les mosquées et dans les souks hebdomadaires. Certains herboristes proposent des préparations spéciales dont eux seuls connaissent la composition. «Ces potions peuvent être dangereuses puisqu’elles échappent à tout contrôle. Certains n’hésitent pas par exemple à mélanger du viagra avec des plantes pour doper leurs ventes», prévient Moussaïd. D’autres recourent aussi à des plantes toxiques qui pulvérisent les cellules rénales! Il existe en outre des médicaments de contrebande écoulés par des vendeurs à la sauvette et dont l’effet est sans doute bien plus dangereux. Certains petits malins proposent des  pastilles colorées les présentant comme des médicaments miracles alors qu’il ne s’agit en fait que de simples bonbons!
    Pour les cas plus complexes (cancer de la prostate, paraplégie…), il existe des traitements plus lourds mais pas très souvent pratiqués, comme les injections intra-caverneuses, ou encore le recours à des prothèses péniennes ou à des pompes à vide. «Les consultations de  personnes souffrant de handicap sont très rares. En 12 ans d’exercice j’en ai traité à peine une dizaine», soulève Chabach.
    En cas de non traitement, les conséquences peuvent être graves. Certains peuvent déverser leur colère sur leur conjointe et sombrer dans la violence et/ou la jalousie excessive. D’autres font des dépressions profondes et finissent par divorcer. Mais difficile d’estimer la proportion des divorces liés à la sexualité, vu le tabou qui entoure la question. Les femmes, elles, ont des réactions diverses. Si la plupart se montrent compréhensives, certaines essaient de prendre le dessus et tendent à devenir castratrices.
    Du côté du ministère de la Santé, le traitement des problèmes de libido ne sont pas d’actualité. «Ce n’est pas un problème de santé publique et nous avons bien d’autres priorités. Nous n’avons pas non plus les moyens de réaliser des enquêtes ou des études sur le sujet», confie un cadre au ministère. Cela dit, le phénomène va grandissant, et à l’échelle mondiale. En 1995, on comptait 152 millions d’hommes souffrant de troubles de l’érection dans le monde. Pour 2025, les prévisions tablent sur 322 millions. Ce qui fera sans doute le bonheur des laboratoires pharmaceutiques et des herboristes!

    Moins de 10 sexologues pour tout le Maroc!

    LA sexologie n’est pas considérée comme une discipline à part entière mais comme une formation complémentaire. Elle est d’ailleurs souvent pratiquée par des généralistes, des urologues, des gynécologues ou des psychiatres. «Même en France elle n’a été reconnue comme une compétence qu’en 2000», affirme Abderazzak Moussaïd. Il existe moins d’une dizaine de sexologues sur tout le Maroc, selon l’Association marocaine de sexologie. Côté formation, elle n’a démarré qu’en 2005 au Centre psychiatrique universitaire de Casablanca

    Ahlam NAZIH

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