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Tribune

Après le tsunami, le Soleil-Levant renaîtra-t-il?
Par Heizo Takenaka

Par L'Economiste | Edition N°:3621 Le 22/09/2011 | Partager

Heizo Takenaka a été ministre de l’Economie, ministre de la Réforme financière et ministre des Affaires internes et des Communications au sein du gouvernement du Premier ministre Junichiro Koizumi; il est actuellement directeur de l’Institut de recherche sur la sécurité globale de l’Université Keio de Tokyo

La magnitude du séisme et du tsunami qui a frappé le Japon en mars était de beaucoup supérieure au pire scénario catastrophe envisagé par les autorités. Près de six mois plus tard, la somme des dommages reste difficile à jauger. Les tensions sociales et le désordre persistent, tout comme les émissions radioactives de la centrale nucléaire.
Et maintenant le Japon vient encore d’essuyer un grave coup: une autre décote des notations accordées à ses obligations par Moody’s et Standard and Poor’s; les deux agences ne plaçant les titres obligataires du pays qu’au quatrième meilleur échelon.
Quelles mesures devraient donc être mises en œuvre pour enrayer ces secousses économiques en rafale?
L’an dernier, la croissance annuelle du Japon, supérieure à celle des États-Unis ou de l’Union européenne, atteignait le niveau relativement robuste de 3%, surtout en raison de l’expansion budgétaire entreprise après l’effondrement de Lehman Brothers en 2008. Par contre, les prévisions pour 2011 indiquaient un ralentissement de croissance même avant le séisme. De fait, le premier trimestre a vu l’économie du pays se contracter de 3,5% par rapport à la même date l’an dernier.
La succession de catastrophes a détruit tant de capital fixe et d’infrastructures que la capacité de production de l’économie s’est affaiblie, selon les estimations, de 2 points de pourcentage de PIB. Ceci n’est peut-être pas une mauvaise chose en soi, car avant le séisme, la capacité de production du Japon dépassait sa demande intérieure d’environ 5 points de pourcentage de PIB. Évidemment, les prix sont à la hausse en raison de cette réduction de l’écart à 3 points de pourcentage du PIB, mais après des années de déflation systémique, le Japon n’avait-il pas justement besoin de cette onde de choc?
Entre-temps, la hausse des dépenses publiques en capital fixe et des autres achats gouvernementaux stimulera la demande intérieure.
Le séisme de Hanshin en 1995 avait détruit pour 2 points de pourcentage de PIB en stock de capital. Cette fois-ci, les pertes estimées sont de 3,4 points de pourcentage de PIB, ce qui signifie une plus grande lancée de la demande intérieure si les bonnes décisions politiques sont prises.
Seule ombre au tableau, la confiance des consommateurs et des investisseurs a été ébranlée, en raison surtout des craintes de fuites radioactives et de la capacité amoindrie du réseau d’électricité. Selon le Centre de recherche économique du Japon, les pénuries en énergie pourraient freiner l’économie japonaise des trois prochaines années. Ainsi une baisse de 10% cette année dans l’approvisionnement en électricité du grand Tokyo pourrait faire chuter le PIB du Japon de 2%.
Peu après le cataclysme, le secrétariat d’Etat a laissé entendre que la demande de reconstruction et les prix plus élevés relanceraient relativement rapidement l’économie. À mon avis, c’est un point de vue trop optimiste, car je soupçonne que le gouvernement pense financer ses nouvelles dépenses par une hausse des impôts susceptible de réduire la demande. Qui plus est, le repli très prononcé du PIB au premier trimestre semble montrer que les catastrophes ont eu des effets négatifs plus importants que prévu sur l’économie.
Il est prévu qu’au second trimestre un autre 2,6% sera retranché du PIB en glissement annuel, la croissance ne sera au rendez-vous qu’en juillet ou septembre. Or, contrairement aux prévisions du gouvernement, il est possible que la reprise n’arrive pas avant la fin de l’année, la croissance annuelle à moyen terme se limitant entre 1,5 et 2%.
Une question capitale demeure. Quelles sont les répercussions du séisme sur les réseaux mondiaux d’approvisionnement? Selon les bilans dressés environ un mois après le tremblement de terre par le ministère de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie du Japon, plus de 60% des installations de production des zones touchées avaient déjà repris leurs activités normales le 15 avril. Il est prévu que près de 30% d’entre elles reprenne la production au cours de l’été, et l’on estime que le dernier 10% des usines fonctionnera normalement après l’automne.
Toutefois, même un nombre restreint de ruptures de stock peut avoir des répercussions non négligeables sur les chaînes d’approvisionnement, particulièrement dans la région Asie-Pacifique. Prenons le cas de Renesas Electronics, une société de taille moyenne de 150 milliards de yens (1,9 milliard de dollars) en ventes annuelles, mais qui compte pour plus de la moitié de la production mondiale de composants microélectroniques indispensables aux véhicules automobiles. En partie en raison des dommages subis par Renesas, le taux d’utilisation des capacités de production de Toyota a chuté de 50% au début de mai.
De même, le fabricant de produits chimiques Kureha (130 milliards de yens en ventes annuelles) occupe 70% du marché mondial de matériaux adhésifs utilisés dans les piles lithium-ion batteries, un élément parmi tant d’autres, mais combien essentiel pour la fabrication de téléphones portables. Ainsi, Nokia en Finlande, qui importe 12 % de ses composants de téléphones portables du Japon, pourrait pâtir indirectement de la catastrophe.
En conséquence, de plus en plus d’entreprises planifient la création et la mise en œuvre des plans de contingence pour assurer la continuité de leurs activités. À vrai dire, ces plans de poursuite des activités risquent de devenir le leitmotiv du discours économique de la région. En facilitant le repérage de producteurs d’appoint, ces plans modifieront le mode d’intégration des économies régionales, les entreprises pouvant même aller jusqu’à établir des relations de coopération avec leurs concurrents.
Malheureusement, les dirigeants publics ne semblent pas pouvoir s’ajuster aussi rapidement. Les événements tragiques ont confirmé l’idée traditionnelle qu’on se fait du Japon: un pays doté d’un secteur privé dynamique, mais épaulé par un secteur public et une administration centrale anémiques. Les erreurs du gouvernement dans la «divulgation des risques» entourant la centrale nucléaire de Fukushima et sa lenteur d’exécution pour faire parvenir de l’aide aux populations déplacées par la crise, ont révélé au grand jour ce stéréotype encore bien réel.
Sur le plan des relations internationales, cependant, il est possible que tous ces malheurs aient amélioré les liens bilatéraux du Japon avec les pays qui comptent vraiment. En témoignent les rencontres récentes à Fukushima du Premier ministre du Japon Naoto Kan avec le Premier ministre de la Chine Wen Jiabao et le président de la Corée du Sud Lee Myung-bak, qui se sont tenues à proximité de la centrale endommagée et qui ont contribué à calmer les inquiétudes des pays voisins quant aux fuites radioactives.
La tragédie a également rapproché le Japon des États-Unis, dont les relations s’étaient refroidies depuis l’avènement au pouvoir, il y a deux ans, du Parti démocratique du Japon, mais qui en sont ressorties plus étroites que jamais. Les forces d’autodéfense du Japon ont joué un rôle important dans les opérations de sauvetage et de remise sur pied des infrastructures, la moitié de son effectif de 200.000 soldats ayant été envoyé dans la zone sinistrée.
Alors que la concentration des troupes sur les lieux du sinistre rendait vulnérables les défenses du Japon, les États-Unis ont pris la relève en assurant la sécurité de l’Asie de l’Est en déployant un porte-avions et plusieurs croiseurs. Les Forces armées américaines ont même aidé les effectifs japonais dans leurs recherches de victimes disparues.
Malgré tout, les pays voisins du Japon espèrent une reconstruction rapide et un retour à la normale dans les plus brefs délais, ce qui, en fin de compte, demande un pouvoir plus mobilisateur encore de l’appareil d’Etat. Le séisme et le tsunami ont plongé le Japon dans une crise profonde. Mais, pour une rare fois, le pays, à la croisée des chemins, ne peut plus remettre à demain les réformes globales qui auraient dû être adoptées depuis fort longtemps.

Copyright:Project Syndicate, 2011.
www.project-syndicate.org
Traduit de l’anglais par Pierre Castegnier

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