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Entreprises

Kafka en Tunisie
Un investisseur marocain piégé par l’après-Ben Ali

Par L'Economiste | Edition N°:3610 Le 07/09/2011 | Partager
La BIAT refuse de lui restituer 15 millions de dollars
Une somme transférée par le Crédit Suisse
L’argent destiné à l’acquisition d’une sucrerie appartenant à Leila Trabelsi

«La Commission tunisienne des analyses financières et la brigade financière ont déjà effectué leurs enquêtes, mais n’ont rien trouvé de suspect», affirme Mohammed El Fehdi, président de Invest Imo

INVESTIR en Tunisie en ces temps troubles peut tourner au cauchemar! C’est la mésaventure qu’est en train de vivre l’homme d’affaires marocain Mohammed El Fehdi, président du groupe Invest Imo. L’histoire remonte au mois d’avril, au lendemain de la Révolution du jasmin. Flairant une opportunité d’affaires, El Fehdi a essayé d’acquérir une sucrerie. Une acquisition qui devait intervenir deux mois après la chute du régime Ben Ali. Période pendant laquelle plusieurs affaires appartenant à l’entourage du président déchu ont été mises en vente par le nouveau gouvernement. Parmi celles-ci, une sucrerie montée à Bizerte par un membre de la famille Trabelsi. Sur recommandations de son comptable tunisien, El Fehdi a décidé donc d’acquérir l’unité industrielle. Pourquoi pas, surtout que l’unité, dont la construction a coûté 120 millions de dollars, était mise en vente à 30 millions de dollars. Pour s’acquitter du montant d’acquisition, il fallait donc transférer cette coquette somme du Vietnam, où la famille El Fehdi est installée, vers Tunis. «Nous avons demandé à notre banque vietnamienne de transférer à la BIAT, banque tunisienne, via le Crédit Suisse, une partie du montant de la vente de notre société FGF Industry, c’est-à-dire 15 millions de dollars», explique El Fehdi. L’homme d’affaires marocain affirme que la BIAT a bien été créditée de la somme en question le 19 avril dernier. Mais au lieu de virer la somme sur un compte courant, la BIAT l’a bizarrement versée sur un compte indisponible.
Au début, les relations avec le management étaient chaleureuses. Mais la lune de miel ne tardera pas à tourner au fiel. «Quand mon père a exprimé son mécontentement quant au placement de nos fonds et à la compétence du directeur, le DGA de la banque s’est montré désobligeant. «Il nous a signifié que si nous n’étions pas satisfaits, nous pouvions quitter le pays», témoigne l’homme d’affaires. Qu’à cela ne tienne, El Fehdi décide aussitôt de renoncer à la transaction pour investir au Maroc. Sauf que la banque (BIAT) lui notifie sa décision de «geler ses fonds». Un excès de zèle que l’investisseur a eu du mal à comprendre. Coup de théâtre, la banque motive le gel par des soupçons sur l’origine des fonds. En clair, la BIAT soupçonne une opération de blanchiment d’argent. Du coup, elle diligente une enquête sur la provenance des fonds. Une mission relevant des prérogatives de la CTAF (Commission tunisienne des analyses financières). Or, l’argent avait été viré par le Crédit Suisse. Un gage de confiance aux yeux de l’investisseur marocain. La famille El Fehdi connaît bien la Tunisie pour y avoir géré une importante usine de convention à El Fahs. Mais crise oblige, l’unité a dû être fermée en 2009.
Depuis le gel des fonds, l’affaire est entre les mains de la justice. El Fehdi a engagé deux avocats d’affaires tunisiens, en l’occurrence Yacine Labib et Mohamed Serhane. Soupçonnant des irrégularités au sujet de l’origine de l’argent, le procureur de la République a ordonné l’instruction de l’affaire. Le dossier est actuellement bloqué chez le juge d’instruction. «Plusieurs membres du gouvernement tunisien sont au courant de l’affaire. Sollicité en urgence, le ministre des Finances Jaloul Ayad a même adressé un écrit à l’un de nos avocats, lui signifiant que son département ne pouvait donner une réponse favorable à la requête», précise Mohammed El Fehdi. Dans la lettre du cabinet ministériel, l’on lit notamment que «le gel de cet argent intervient dans le cadre de la loi de 2003, relative à la lutte contre le terrorisme et le blanchiment d’argent. Par conséquent, le déblocage ne pourrait être décidé que par les autorités judiciaires».
Le richissime homme d’affaires craint qu’il y ait tentative d’influence de la justice. Il est vrai que depuis le changement du régime, la Tunisie est un pays en transition. Et l’appareil judiciaire a connu de profonds bouleversements. Par conséquent, l’affaire pourrait ne pas être instruite dans des conditions idéales. Cependant, l’avocat tunisien, Me Serhane, affirme que la situation sera assurément débloquée et que l’investisseur marocain pourra récupérer son argent tôt ou tard. Sauf que El Fehdi ne va pas se contenter de récupérer sa mise, mais compte bien demander des dommages-intérêts d’au moins 15%. Une indemnisation pour compenser l’immobilisation de 15 millions de dollars pendant presque 6 mois.

Saga américaine

LA famille ne tarda pas à se sentir à l’étroit au Vietnam. Elle veut se développer à l’international, tout en gardant pied dans son pays d’accueil. Pour cela, elle décide de redéployer ses activités. Elle vient d’ailleurs d’acquérir l’usine de recyclage de plastique (Plastimo) dans l’Etat américain du New Hampshire pour un montant de 5 millions de dollars. Mieux encore, elle va se permettre, en moins de deux semaines, le luxe de s’offrir le mythique hôtel The Balsam’s, dans le même Etat. Un établissement prestigieux réputé accueillir de grands événements politiques aux Etats-Unis, les candidats à la Présidentielle... Par ailleurs, la famille El Fehdi vient de monter également un fonds d’investissement de 150 millions de dollars auprès du Crédit Suisse. Et au Maroc, les El Fehdi comptent investir dans la pierre. Un terrain a déjà été localisé dans le quartier Al Ghofrane à Casablanca. Une réserve foncière de 50 ha dédiée à la construction d’un projet de logements sociaux. Montant de l’investissement: 700 millions de DH.

250 millions de dollars

L’INVESTISSEUR marocain est à la tête d’un holding opérant dans le textile, l’immobilier et l’import-export au Vietnam. «Après avoir fermé les six usines que nous possédions à Fès, nous sommes partis au Canada, avant de monter en 1999 la plus grande usine de textile au Vietnam (Enzo Viet) sur une superficie de plus de 14 hectares», explique Mohammed El Fehdi, président du groupe Invest Imo. Dotée d’équipements de haute technologie, l’unité de production intervient sur toute la chaîne de valeurs, depuis le tissage jusqu’au produit fini. Elle exporte principalement sur les marchés nord-américain et européen. Selon le patron, le chiffre d’affaires d’Enzo Viet, qui emploie quelque 2.500 personnes, s’est élevé en 2010 à 250 millions de dollars.

Hassan EL ARIF

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