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    Costume marocain: Un produit indémodable, un raffinement millénaire

    Par L'Economiste | Edition N°:3606 Le 30/08/2011 | Partager
    Une histoire qui remonte à l’antiquité
    Héritage gréco-romain et influence arabe

    Les broderies qui caractérisaient initialement les habits juifs ont été introduites progressivement à ceux des musulmans, surtout dans les milieux citadins raffinés

    Le costume est la parole d’une nation qui exprime au mieux ses particularités et son histoire. Il transmet un grand nombre d’informations sur la société où il a été créé et porté. Et les transformations relevées dans les modes vestimentaires traduisent de profonds changements intervenus à travers son histoire. Au Maroc, la tradition vestimentaire se perd dans la nuit des temps. Elle remonte à l’antiquité lorsque les royaumes berbères rayonnaient sur tout le bassin méditerranéen. A cette époque déjà, «le voyageur grec Hérodote, signalait un vêtement Libyen de cuir teinté en rouge, et relevait son influence sur la tradition vestimentaire grecque», rapporte Ali Amahan, dans son étude sur «Le costume traditionnel». Les historiens notent aussi que les souverains amazighs du Maroc antique portaient des habits pourpres et se paraient de diadèmes. Néanmoins, peu d’informations existent sur l’évolution du style vestimentaire au Maroc depuis cette période jusqu’aux premières conquêtes arabes au VIIe siècle. C’est à partir de ce moment que l’influence arabe et orientale a commencé à se manifester sur les habits des marocains, surtout dans les milieux citadins. Les vêtements y constituaient «un mélange entre l’héritage de traditions classiques gréco-romaines et l’apport du Moyen-Orient. Les costumes d’apparat des citadins témoignent de la richesse de l’apport d’éléments marqués par le raffinement des traditions arabes», fait savoir Jean Besancenot, dans son ouvrage «Costumes du Maroc». Les historiens s’accordent à dire que les styles vestimentaires marocains n’ont pas connu de grands changements pendant plusieurs siècles. Les récits de Léon l’Africain et de Charles De Foucauld, cités par les historiens, plaident en faveur d’une permanence du costume marocain à travers le temps. Pratiquement, tous les éléments composant le costume traditionnel sont attestés dès le Haut moyen âge. Dans les grandes villes, notamment à Fès, le burnous, le caftan, la jellaba… étaient d’usage courant. Au 14e siècle, le voyageur syrien Al Umari relève, au Maroc comme en Andalousie, le port du burnous par les personnages éminents. Globalement, les éléments constituant le costume marocain se ramènent à quelques catégories que distingue la coupe, la matière (laine, coton, soie), la technique (tissage, broderie, passementerie…) et la couleur. A cela s’ajoutent d’autres critères relatifs à la manière dont on porte les différentes pièces en fonction du sexe, de l’âge et du statut social. Ces vêtements étaient fabriqués dans le cadre d’une économie locale d’autosubsistance, dans laquelle les femmes constituaient la cheville ouvrière d’une industrie de l’habillement où le tissage était la principale technique mise en œuvre. La couture était cependant une affaire d’hommes, le taleb du douar (fqih dans le monde rural) étant le principal couturier.
    Les produits d’habillement marocains étaient également exportés vers l’Europe. Les échanges avec les pays de la rive nord de la Méditerranée, que ce soit l’Andalousie musulmane, l’Espagne chrétienne, le Portugal, l’Italie ou encore la France, ont été constants, d’après les chroniques de Léon l’Africain. Des documents rapportés par les historiens mentionnent que le roi du Portugal avait commandé en 1519 à un commerçant de Safi 9.000 haïks, qui étaient très réputés au niveau international à l’image de la célébrité actuelle du caftan, qui figurait déjà dans la garde robe des marocains du moyen âge. Il existait deux types de ce vêtement devenu aujourd’hui symbole du savoir-faire des créateurs marocains. L’un est brodé et agrémenté de passementerie pour les femmes. L’autre, plus sobre, est réservé aux hommes. Ce vêtement citadin est né de l’influence moyen-orientale. Le raffinement du costume marocain était mis en valeur par une série d’accessoires, notamment les coiffures, qui traduisent des particularités locales. Pour les hommes, les historiens rapportent quatre couvre-chefs: la aimama (grand turban de couleur), la razza (turban en coton blanc), ainsi que la chachiya (calotte). Le quatrième étant une version complexe portée dans certaines cérémonies, composée à la fois de la calotte et du turban. Les femmes, elles, portaient des châles en soie à rayures (Sebniya), des foulards en soie, généralement jaunes, ou en laine teintée au henné, ainsi que le qtib (foulard d’introduction récente). Pour compléter les pièces du costume, les chaussures consistaient en sandales ou babouches (belgha). Les hommes chaussaient surtout des babouches en cuir d’une seule couleur tandis que celles des femmes étaient en cuir brodées (cherbil). Ces pratiques vestimentaires allaient perdurer jusqu’aux premières années de la colonisation qui ont amené avec elles leur lot de transformations. Cela concerne à la fois la composition des costumes, leurs formes, la nature des matières utilisées ainsi que le processus de fabrication. Ces changements rapides n’étaient pas le fruit d’une évolution ou de mutations internes de la société marocaine. Ils sont d’abord le résultat de «l’inégal rapport de force qui s’instaure entre le Maroc et les puissances européennes à partir du début du XIXe siècle», explique Amina Aouchar, dans son étude sur les «Pratiques vestimentaires et mutations sociales». L’ouverture du Maroc au commerce international a permis d’inonder le marché local des produits manufacturés européens. Quelques années avant l’instauration du protectorat, la laine tissée a perdu sa place en faveur des cotonnades importées. Parallèlement, l’adaptation des marchandises européennes au marché local a favorisé la diffusion du modèle vestimentaire citadin dans la campagne. Dans les grandes villes, la mode occidentale commençait à séduire les marocains. L’apparition de nouvelles activités industrielles (mines, usines…) et les contraintes qui y étaient liées (uniformes), ainsi que l’attrait qu’exerçait le costume occidental sur les marocains, notamment à travers sa dimension moderne, ont contribué à son adoption rapide. Cette métamorphose des styles vestimentaires s’est effectuée de façon graduelle pour la première génération et de façon plus radicale pour celle qui a suivi. En effet, dans une première phase, «l’homme n’adopte pas le costume occidental dans son ensemble. Il en retient ce qui lui semblait pratique: les chaussures et le pantalon», fait savoir Aouchar. Cette première génération n’adoptera que rarement le costume européen dans son intégralité, notamment à cause du souci identitaire. Par contre, les générations suivantes, celles qui fréquentaient les écoles ou étaient employées dans les établissements ou les administrations, ont troqué jellaba et selham contre un costume cravate à l’occidentale. Après l’indépendance, les moyens de communication comme la radio et la télévision ainsi que la mobilité sociale ont largement participé à la diffusion de ces nouveaux styles. L’adoption du costume européen a eu pour conséquence l’abandon par l’homme rural des derniers accessoires les plus significatifs du costume traditionnel, notamment le burnous et les différentes coiffes. Mais le changement le plus frappant a concerné les pratiques vestimentaires féminines. Une mutation qui traduit l’évolution du statut de la femme et son insertion dans la vie économique et sociale. Le fossé séparant les styles d’habillement des jeunes femmes et celles plus âgées, durant les années 60 et 70, illustre parfaitement les mutations qu’a connue la société marocaine. Pendant cette période, une nouvelle génération de femmes instruites et libérées a succombé à l’appel de la mode européenne en portant des mini-jupes et des robes décolletées au moment où leurs ainées optaient toujours pour la jellaba et le niqab local. Cette vague de jeunes adeptes de la mode occidentale a été plus importante dans les années 70-80, lorsque les jeans et les célèbres pantalons à pattes d’éléphant étaient la norme dans les milieux branchés. La fin des années 80 et le début des années 90, ont été empreintes de conservatisme et marqués par l’introduction de nouvelles pratiques, inspirées de pays islamiques, par une génération de jeunes endoctrinés. Pour eux, «le vêtement intervient comme signe et vecteur du changement, dont la finalité est de signifier la volonté de rupture avec la conception occidentale», note Abderrahmane Moussaoui, dans son étude sur Le Libas Al Sunni. Le costume islamiste, le fameux qamis (longue chemise) se veut une rébellion contre les normes occidentales. Parallèlement, le hijab (voile) a fait son apparition, notamment dans les universités. Cette évolution de deux modes vestimentaires contradictoires reflète la complexité des relations sociales au Maroc. Et au-delà de sa fonction utilitaire, le costume constitue ainsi un élément reflétant des idéologies et marquant l’appartenance à un groupe social.

    Normes d’élégance

    La superposition des vêtements, et donc d’étoffes, de broderies et de couleurs, constitue une marque d’élégance traditionnelle dans le Maroc du moyen âge. Les hommes et les femmes portaient en effet trois ou quatre habits superposés, de longueurs, d’épaisseurs et de couleurs différentes. Si les formes sont simples, le marocain chic portait un ensemble de différentes nuances d’une ou plusieurs couleurs. Par exemple, les notables de Fès revêtaient des jellaba et selhams blancs, auxquels s’ajoutait un drapé en tissu léger que l’on nommait le ksa. Ils n’hésitaient pas à enfiler plusieurs jellaba et selham, en jouant sur les couleurs des pans et des plis. Sous la jellaba, ils portaient également un jabador en drap fin (pantalon et chemise brodés).

     

    Spécificités juives

    Dans les villes marocaines du moyen âge, les citoyens de confession hébraïque se distinguaient par la couleur noire de leurs vêtements. Leur calotte (chachiya) et même leurs sandales étaient noires. Ils ne portaient pas de haïk, mais plutôt une sorte de manteau de laine.

     

    Mohamed Ali MRABI

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