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    Chronique

    Notations, crise de la dette et récession
    Par le Pr. Tarik El Malki

    Par L'Economiste | Edition N°:3602 Le 24/08/2011 | Partager

    Tarik El Malki est docteur en économie, professeur à l’ISCAE, membre du Centre marocain de conjoncture (CMC) et chroniqueur à Atlantic Radio (groupe Eco-Médias)

    La perte du triple A des Etats-Unis, chez Standar & Poor’s, n’était pas une surprise, cette décision a été justifiée par une dette supérieure à 100% du PIB, à près de 15.000 milliards de dollars. En outre, l’administration Obama a pris tardivement la mesure de ce dossier. La gestion politique a laissé des séquelles politiques, montrant les failles du système américain. S&P étaye sa décision en qualifiant le compromis «d’insuffisant». C’était l’avis général des économistes et des commentateurs. Un rude coup pour les Etats-Unis et pour Obama. Coup que le maintien de la note maximale chez Fitch ne parvient pas à effacer.
    Quelles raisons poussent les investisseurs et les marchés financiers à s’inquiéter de la note des Etats-Unis? Passer de AAA à AA+, outre le caractère humiliant pour la première puissance économique mondiale, va rendre plus cher le crédit, et donc alourdir le recours à l’emprunt nécessaire pour financer le déficit américain (une hausse de 1% des taux d’intérêt représente un coût de 140 milliards de dollars!).
    Pour les investisseurs, cette décision a une connotation psychologique : elle ébranle des certitudes dans lesquelles ils s’étaient confortablement installés. En effet, les bons du Trésor américain étaient l’actif le plus sûr, celui sur lequel tout l’édifice financier est bâti. La dégradation des titres de dettes américains ébranle cette vérité: c’est l’impensable qui s’est produit. Aussi, les marchés ne détestant rien de moins que l’incertitude, la montée du stress se traduit par un changement de comportement immédiat et une aversion au risque. Ceux-ci devraient se détourner des placements jugés trop risqués pour leur préférer des valeurs refuges (l’or a dépassé 1.800 dollars l’once). Les banques ont déjà montré des signes de méfiance en rechignant à se prêter entre elles. A terme, les prêts aux entreprises ou aux ménages pourraient se raréfier ou se renchérir.
    De manière générale, les acteurs économiques sont préoccupés des conséquences sur l’économie américaine et par ricochet sur la croissance mondiale.
    En clair, tous redoutent une récession américaine et mondiale. A court d’argent, comment les Etats-Unis pourront-ils relancer la machine?

    L’impact sur les marchés boursiers

    La crainte d’une récession mondiale est l’origine fondamentale de la chute des Bourses mondiales. Les chefs d’Etat et de gouvernement et les banques centrales du monde entier ont tenté d’apaiser les esprits pour éviter le krach.
    Les investisseurs attendent toujours des signaux forts de la part des Etats sur leur capacité à redresser leurs finances, sans entamer le dynamisme de l’économie.
    L’attitude des dirigeants politiques occidentaux, européens en particulier, oscille entre effets d’annonce et résignation tant ils semblent incapables de restaurer la confiance sur les marchés.

    Le risque pour l’Europe

    Pour l’Europe, il faudrait certes des engagements fermes et réalistes sur la réduction de la dette des pays: en France, le débat est lancé à travers la fameuse «règle d’or».
    Mais, le plus important reste une réponse commune à travers certains outils :
    - l’émission des Eurobonds. L’avantage de l’Eurobond est de donner à un pays emprunteur le bénéfice automatiquement de la garantie solidaire de tous les autres membres de la zone euro ;
    - la réactivation et la dotation significative du Fonds européen de stabilité financière (FESF) dont l’objectif est d’aider les Etats à financer des banques à problèmes et racheter les titres de pays en difficulté. Il est actuellement doté de 450 milliards d’euros alors qu’il en faudrait plus de 2.000 milliards selon certains experts.
    - la redéfinition du rôle et des objectifs de la BCE, notamment en matière d’aide aux Etats en difficulté, et surtout la mise en place d’une politique économique européenne effective (un gouvernement économique de l’Europe).
    De telles décisions nécessitent des leaders charismatiques et clairvoyants de la trempe d’un Mitterrand ou d’un Kohl. Ils auraient une approche historique de l’Europe et non court-termiste guidée par des intérêts électoraux immédiats.
    Le danger que fait planer cette faiblesse européenne est la montée en puissance des partis d’extrême droite qui alimentent leur fonds de commerce politique de cet «échec» supposé de la politique européenne.

     

                                                                                                                                                          

     

    Interdire la notation privée des dettes publiques

    Ce débat n’est pas nouveau. Depuis le début de la crise, en 2008, on s’interroge sur l’objectivité des agences de notation et sur l’absence de contrôle.
    Il est en effet saisissant qu’en 2011, Standard & Poor’s, Moody’s ou Fitch aient distribué bons et surtout mauvais points, alors qu’elles ont si lamentablement échoué en 2008. Elles avaient évalué positivement des titres toxiques dits «subprimes». On connaît les conséquences.
    Les agences ont poussé le vice et cynisme jusqu’à dégrader la note de pays arabes (Egypte et Tunisie) en pleine tourmente politique!
    Face aux critiques, les agences de notation se replient sur une «position d’observateurs objectifs et extérieurs» des politiques budgétaires. Elles arguent que leur travail détermine la situation financière, économique, politique et sociale de l’Etat pour mesurer le risque de défaut de remboursement des emprunts. Cependant, on sent bien une anomalie. Celle-ci tient en l’influence quasiautomatique de la note sur le taux des emprunts. Une dégradation entraîne une hausse, détériorant ainsi une situation financière déjà difficile.
    La Grèce en fut l’exemple concret. D’énormes biais ont été identifiés dans les méthodes de calcul, biais dont sont conscientes les agences. Mais ce n’est pas le plus important. La principale critique est le manque d’objectivité dû à un besoin de gagner en notoriété. Ces agences sont prisonnières d’une contradiction inhérente à leur raison d’être: donner de bonnes prévisions pour augmenter leur influence et en même temps limiter leur influence pour ne pas perturber ces prévisions.
    D’observateur neutre, l’agence devient acteur politique. En tant que tel, plusieurs options lui sont offertes: elle choisira celle qui lui convient le mieux, selon ses propres critères, quels qu’ils soient.
    Il faut interdire aux agences privées de noter les dettes publiques et en réserver la charge au FMI ou à une institution sous l’égide de l’Eurogroupe. Pour ce faire, il faut une décision politique; le chemin paraît encore très long…  

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