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    Chronique d’Hier et d’Aujourd’hui

    Esquisses saharo-hassani: histoire et peuplement
    Par Mouna Hachim

    Par L'Economiste | Edition N°:3596 Le 16/08/2011 | Partager

    Mouna Hachim est titulaire d’un DEA en littérature comparée. Depuis 1992, elle a éprouvé sa plume dans les métiers de la communication et de la presse écrite.
    Passionnée d’histoire, elle a publié en 2004 «Les Enfants de la Chaouia», un roman historique et social, suivi en 2007 d’un travail d’érudition, le «Dictionnaire des noms de famille du Maroc»

    La constitutionnalisation de la culture saharo-hassani nous invite à la réflexion sur une autre composante essentielle de notre identité et sur le symbole de promotion de la diversité des expressions culturelles offert en cette époque d’uniformisation globale de la société et du monde.
    Ne parlons ici ni de politique ni n’ouvrons la brèche à des idéologies étriquées; mais voyageons à travers l’espace et le temps, humons les effluves des légendes, remontons quelques arbres de généalogie, pointons la complexité des attaches, les inépuisables interpénétrations…
    Peut-on alors commencer sans rappeler le rang de carrefour qu’occupe le Maroc avec ses façades méditerranéennes et atlantiques et son enracinement dans la profondeur africaine à travers le Sahara!
    Loin de constituer une barrière, le Sahara qui forme un ensemble depuis l’Atlantique à la mer Rouge, est un vaste espace d’échanges, inspirateur d’empires et de civilisations.
    Peuplé depuis des dizaines de milliers d’années, ayant connu un passé moins aride, le Sahara englobe, en plus de ses étendues de dunes, des oasis et villes légendaires dont certaines sont aujourd’hui enfouies dans le sable du désert comme Aoudaghost ou Aretnana.
    Carrefour entre les peuples, il a vu le brassage de plusieurs groupes humains. Parmi les populations anciennes figurent les Noirs (Daratites, Ghanéens et Gétules). A ces derniers sont identifiés les Berbères Gzoula qui nomadisaient des montagnes de l’Atlas (Jbel Weltita) au pays Lamta au contact des Noirs de Ghana et dont certaines fractions se sont sédentarisées dans les vallées de l’Anti-Atlas et à Haha...
    De leur côté, les Ghanéens (Gnawa) émigrent au Sahara selon le colonel et écrivain Mohamed Boughdadi entre 5.000 et 3.000 av. J.-C. et sont les ancêtres des Woloffs, Wangaras, Peuls, Banbaras, Sarakollés, Soninkés… Ils sont aussi les fondateurs entre 300 et 1240 du riche Empire de Ghana qui chevauchait les Etats actuels du Sénégal, Mali, Mauritanie et que des liens millénaires liaient au Maroc comme le prouvent ces gravures rupestres, sorte de «signalisation routière» le long de la route reliant Figuig et Tondia au Soudan, appelée Route des Chars.
    Quant aux Daratites, ils sont apparentés aux Ethiopiens et sont aussi signalés par Pline dans le bassin du Draâ. Ils ne sont pas sans rappeler ces légendes relatives aux descendants de Koush (fils de Canaan, fils de Ham, fils de Noé) fondateurs d’Axoum en Ethiopie. Parmi elles, celle faisant des harratins, des descendants de Koush, venus d’Ethiopie pour s’établir au Draâ où ils bâtirent Zagora.
    Dans ce sillage arrivent aussi des peuples désormais liés comme les Himyarites ou Sabéens, venus d’Éthiopie depuis l’Arabie Heureuse. Les liens humains entre le Maroc et le Yémen, favorisés par la voie du désert semblent évidents si l’on considère les ressemblances notables relevées par les chercheurs que ce soit sur le plan de l’agriculture (en terrasse); des systèmes d’irrigation; de l’architecture des Qsour; des arts traditionnels… Parmi les légendes rapportées par les historiens du Yémen, reproduites par Tabari dans son Histoire universelle: un des rois du Yémen, nommé Ifrikos aurait conquis le Maghreb avant l’islam et y aurait fondé des villes et des villages avant de laisser quelques tribus confondues depuis, avec les tribus berbères.
    Parmi ces tribus: les Sanhaja (en amazighe, Iznagen. Zenaga). Grands nomades chameliers, peuplant le Maghreb depuis l’Atlantique à l’oasis de Ghadamès en Libye, nomadisant plusieurs siècles avant l’islam des montagnes de l’Atlas jusqu’aux rives du fleuve Sénégal auxquels ils donnent d’ailleurs leur nom, ils étaient connus pour leur voile qui ne laissait voir que leurs yeux, d’où leur surnom d’El-Moulathamoun (Les Voilés).
    Réputés pour leurs activités caravanières, ils monopolisaient le commerce de l’or et des esclaves fourni par les pays noirs à travers la grande route commerciale, dite Triq Lemtouni. En 1056, sous l’inspiration de leur chef religieux, Abd-Allah ben Yacine, les Sanhaja fondent le mouvement almoravide et règnent jusqu’en 1147 sur un empire qui s’étendait du fleuve Sénégal à l’Andalousie et de l’Atlantique à Alger avec Marrakech pour capitale.
    Les rivaux des Sanhaja étaient les Zenata qui s’étaient faits maîtres des oasis sahariennes au IXe siècle et qui ont fondé au XIIIe siècle, la dynastie mérinide. Cavaliers nomades, ils sont identifiés aux libyco-berbères Garamantes qui nomadisaient depuis le IIIe millénaire avant notre ère, entre la Libye et l’Atlas autour de Djerma (Garama). Réputés pour leurs chariots attelés à quatre chevaux, ils entretenaient aussi des relations commerciales avec le Soudan, le Niger et Carthage.
    Le territoire des Zenata est attesté pour sa part dans le désert situé entre Ghadamès et Oued Saoura.
    Un de leurs groupes forme la dynastie Banou Midrar à Sijilmassa de 757 jusqu’à sa chute en 976 par les Maghraoua zénètes qui sont tous vaincus par les Almoravides.
    En plus de ces peuplements, s’ajouterait dès 1308, l’élément arabe dans le Sahara, constitué par les premiers islamisateurs. Quelques tribus se rattachent à leur filiation comme les Aït Tidrarine, considérés comme les premiers Arabes à peupler la région de Seguia El-Hamra et Oued Dahab.
    Mais l’arabisation sera incontestablement le fait des bédouins Béni Hilal et Béni Soleim, suivis des Maâqil dits yéménites, arrivés par vagues successives depuis le XIe siècle. De leurs filiations seraient issues les tribus Hassān qui indiquent leur descendance du guerrier Hassān ben Mokhtar ben Mohamed ben ‘Aqîl ben Ma‘aqil.
    Selon la tradition généalogique détaillée par Ibn Khaldoun, Hassān avait cinq fils qui allaient donner naissance à plusieurs tribus: Abd-er-Rahman (ancêtre des Rhamna); Oudey (ancêtre des Oudaya); Dlim (ancêtre des Oulad Dlim); Hammou (ancêtre des Brabech), Obayd-Allah (ancêtre notamment des Oulad Damane)…
    Montées dans le Souss au milieu du XIIIe siècle à l’appel du chef berbère rebelle, Ali Aït Idder, ces tribus y forment d’importants groupements. Participant également de manière active au commerce transsaharien «triangulaire» qui menait certaines de leurs branches du sud d’Agadir, à Essaouira ou à Safi, ainsi que le décrit Paul Pascon, ces tribus ne tardent pas à subir les conséquences de la perturbation de cet équilibre économique causée par la pénétration ibère. C’est dans ce contexte d’occupation chrétienne des villes littorales au XVIe siècle que furent proclamés, dans le Draâ, les Saâdiens comme fers de lance de la guerre sainte, rejoints par les tribus du sud-ouest qu’elles soient enrôlées ou pas dans le registre de l’armée appelée «Guich Ahl Souss». Parmi ces tribus: les Chbanate, Chrarda, Zirara, Oulad Delim, Oulad Ahmar, Oulad Jerrar, Brabech, Rehamna, Mghafra, Amarna… Installées pendant les règnes saâdien et alaouite près des principales villes et forteresses, elles entretiennent des relations familiales soutenues avec leurs frères du désert.
    D’autres fractions avaient pris en effet la direction du sud saharien et de l’actuelle Mauritanie à partir du XIIIe siècle avec une hégémonie à partir de la deuxième moitié du XVIIe siècle. C’est de tous ces métissage berbères, noirs-africains, arabes… que se formera la société maure organisée globalement en deux schémas de vie non fermés: les guerriers et les cléricaux Zwaya. Progressivement, toutes ces populations se sont constituées en tribus ou confédérations alliées comme c’est le cas pour les Rguibat, Aroussiyin, Oulad Bou-Sbaâ, Aït Ba-Amrane, Filala, Tekna…
    Résidant un territoire qui va des derniers contreforts de l’Anti-Atlas à l’océan Atlantique, la confédération des Tekna est composée de tribus semi-nomades (région d’Oued Noun et Bani) et de nomades (à Saqiyya El-Hamra). Divisée en deux leff-s: (Aït ‘Athman et Aït Jmel), elle serait formée initialement de Berbères Jazoula et d’Arabes Hassān. Accompagnant pour certaines de ses fractions, la montée victorieuse des Saâdiens, elle laisse des ramifications dans le Gharb et dans le Haouz de Marrakech…
    C’est dire en somme, l’enchevêtrement des liens, la richesse de l’expression artistique et du contenu culturel qu’il nous appartient tous de promouvoir et de sauvegarder dans ses spécificités linguistiques et valeurs patrimoniales en dehors de tout clivage, bercés par un chant aux connotations sublimes, exaltant la fraternité et l’unité du Maghreb et de l’Afrique.

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