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    Chronique

    Logistique, routes, ports… ce qui va changer en Méditerranée dans les 10 prochaines années
    Par Robert Lanquar

    Par L'Economiste | Edition N°:3587 Le 03/08/2011 | Partager

    Né en Algérie de parents séfarade et berbère, Robert Lanquar, après une expérience de journaliste, a été pendant une dizaine d’années chargé du marketing et des recherches sur les entreprises touristiques, à l’Organisation mondiale du Tourisme. Il a été aussi expert auprès de la Banque mondiale et a participé à l’élaboration de nombreux plans de développement touristique dont le Sénégal et les Seychelles. Il fut coordinateur du groupe d’experts du Plan Bleu -Plan d’action pour la Méditerranée- PNUE entre 1986 et 1996, tout en assurant la programmation technique du Europartenariat Middle East 1994-1996 avec la Euro-Arab Chamber of Commerce (Paris), la Euro-Israel Chamber of Commerce et le Département international de la Chambre de commerce internationale de Paris. Depuis 2000, il assure la coordination du Forum euroméditerranéen de FITUR – Madrid (Ph. R.L)

    La Méditerranée compte pour 30% du commerce maritime international de marchandises en provenance ou à destination de ses ports ou en transit et près de 25% du transport maritime mondial de pétrole passant par ses eaux. Cela devrait changer: les routes maritimes mondiales sont en train d’évoluer très vite en raison de nouvelles conditions géostratégiques et écologiques, et du poids de plus en plus marquant de l’Asie. Des routes alternatives s’ouvrent: celles de l’Arctique avec la fonte des glaces autour du pôle Nord, les routes sud-sud, l’ouverture prochaine d’un nouveau Canal de Panama. Ce dernier est un chantier pharaonique qui se terminera en 2014-2015, un siècle après l’ouverture du premier canal. La nouvelle voie d’eau de 80 kilomètres de Balboa, côté océan Pacifique à Colon, sur l’Atlantique, accueillera des cargos dits «post-panamax» transportant jusqu’à 12.000 conteneurs, ce qui pourrait être une grande opportunité pour TangerMed.

    Nouveaux monstres des mers…
    Le changement le plus marquant viendrait des «savings bunkers», énormes cargos, lents, mais économes, qui navigueront difficilement en Méditerranée et ses étroits passages encombrés par des navires de petite ou moyenne taille: plus de 2.000 navires marchands de plus de 100 tonneaux sillonnent à tout moment la Méditerranée, avec un total de 200.000 traversées par an. Une étude de l’OCDE signalait dès 2003 pour réduire les pratiques non concurrentielles, les pollutions et risques d’accidents, et augmenter la compétitivité du transport maritime, le besoin d’utiliser de très gros navires se rendant dans des ports-hubs capables de dispatcher leurs cargaisons vers d’autres terminaux. On estimerait qu’environ 50% de toutes les marchandises transportées par voie maritime sont plus ou moins dangereuses.
    La Méditerranée perdrait sa centralité, sauf si sa compétitivité est renforcée par l’intégration de la logistique au développement durable des territoires. Le projet Medclusters veut le développement de clusters d’entreprises, dans des filières-clés du bassin méditerranéen comme l’agroalimentaire et la pêche, l’énergie, la logistique portuaire et le tourisme, autour de services comme le marketing commun, l’application de normes environnementales, la coopération dans la gestion et la maintenance, la sécurité, et les effets d’échelle dans les filières de l’offre de produits et services. Cette initiative entend fournir un cadre stratégique et opérationnel aux entreprises de la Méditerranée. Elle permettra de promouvoir des accords commerciaux entre les entreprises européennes, italiennes en premier lieu, et celles des pays de la rive sud du bassin méditerranéen, en particulier le Maroc, la Tunisie, l’Égypte, mais aussi l’Algérie et bien sûr la Libye lorsque la paix reviendra. Elle entraînerait de gros efforts en matière de formation et de promotion.
    Que pourrait être alors la contribution de la logistique dans les ports méditerranéens pour lutter contre le changement climatique? Quelles bonnes pratiques acceptées par tous pourraient réduire les risques environnementaux? Quand on parle de long terme, à plus de 5 ou 10 ans, il s’agit de prendre au sérieux les conséquences du changement climatique sur le littoral méditerranéen. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) considère l’Afrique du Nord comme la deuxième zone la plus vulnérable aux risques climatiques (cf. www.leconomiste.com du vendredi 15 juillet 2011). Quant à l’Organisation mondiale du commerce, son initiative récente «Aide pour le commerce» qui concerne également les pays du sud et de l’est de la Méditerranée, met l’accent sur l’application de normes et standards liés à la protection de l’environnement et la lutte contre le changement climatique pour mieux s’intégrer dans le système commercial multilatéral.

    Les «autoroutes» tardent
    La Méditerranée va perdre des parts de marché dans le trafic maritime mondial. Pour l’instant, les projets d’autoroutes de la mer de l’Union pour la Méditerranée tardent à voir le jour malgré le lancement plus ou moins réussi de quelques lignes depuis 2007 comme Istanbul-Toulon et Istanbul-Marseille. Le tourisme méditerranéen doit, de son côté, se recentrer sur la mer, non seulement le littoral et les arrières-pays. Cela veut dire plus de moyens pour développer les îles et les transbordements, c'est-à-dire plus de ferries, plus de croisières, plus de tourisme nautique. C’est ce qui ressort de l’analyse des recommandations sur le trafic maritime en Méditerranée occidentale de la Commission économique pour l’Europe des Nations unies. Nous avons, nous aussi, souvent répété dans des chroniques antérieures, notre croyance en l’énorme potentialité des croisières en Méditerranée. Le secteur connaît des taux de croissance à deux chiffres depuis 2008; ce qui pourrait bien se poursuivre jusqu’après 2015. Les pays du sud et de l’est de la Méditerranée devraient en profiter. Quant au tourisme nautique, il faut l’encourager tout en contrôlant ses impacts sur l’environnement, tel est l’objectif de divers projets comme « Odyssea » et Mémoire des ports de Méditerranée porté par la Fédération du patrimoine maritime méditerranéen. Lors du 9e Forum mondial du développement durable (Paris, 27 et 28 juin 2011; www.leconomiste.com), des propositions de refondation ont été lancées pour la Méditerranée pour en faire un nouveau pôle d’émergence au sein de la mondialisation. Il ne s’agit pas seulement d’ouvrir un espace maritime à des territoires littoraux ou des arrières-pays aux économies contrastées et des identités plurielles. Pour recentrer la Méditerranée, il faut la considérer dans un ensemble entre l’Europe et l’Afrique et la doter des infrastructures indispensables à son développement en particulier dans les transports et la logistique, les interconnections électriques et la disponibilité de systèmes efficaces de communication par satellites et câbles. Seule l’accélération de l’émergence des pays du sud et de l’est de la Méditerranée pourrait défier cette probabilité. Mais, comme le soulignait Philippe de Fontaine Vive, vice-président de la BEI, devant le Cercle des économistes, «force est de constater, cet apparent paradoxe: pour l’Union européenne, cette émergence n’est pas prioritaire, mais marginale.»

    Les clairs-obscurs de l’économie mondiale

    Le commerce mondial n’augmenterait que de 7,3% en volume en 2011 après une hausse de plus de 15% en 2010. La croissance de l’économie mondiale dépasserait à peine les 4% cette année. Les pays émergents avaient tiré l’économie mondiale de la crise. Or, de nombreux signes de modération font douter de l’avenir immédiat malgré un optimisme politique de rigueur : inflation trop élevée en Chine, resserrement des politiques budgétaires dans tous les pays développés, fin des effets de reconstitution des stocks. Les déséquilibres mondiaux ne seront pas réduits et occasionneront une pression supplémentaire sur les taux de change au moment où l’euro est de plus en plus attaqué et que le montant des remboursements des dettes des États grossit considérablement en raison des notes très controversées des agences de notation financière. Et puis il y a les politiques environnementales pour lutter contre le changement climatique pour réduire le bilan carbone des chaînes de transport et d’approvisionnement. Les bonnes pratiques de logistique vont devenir indispensables pour optimiser ces chaînes. Au-delà de la transparence et de la réduction des règles bureaucratiques, il s’agit de mettre en place une meilleure gouvernance et coopération internationale et un partenariat renforcé entre les autorités compétentes (douanes, transports, ports et aéroports) et les intermédiaires.

     

                                                                                                                                                                                                                                   

     

    TangerMed, bientôt premier port de la Méditerranée?

    Les résultats du 1er semestre 2011 de TangerMed sont en progression de 82% par rapport à la même période 2010. Ils s’inscrivent dans la vision d’un port qui pourrait devenir, d’ici quelques années, le premier de la Méditerranée. L’indice de connectivité des transports maritimes réguliers de marchandise (LSCI) de Tanger dans le monde est passé du rang 78 en 2004 au rang 18 en 2010. Cet indice pourrait bien montrer que TangerMed se situe parmi les 15 premiers en 2011. La connectivité du trafic de conteneurs «moins de 5 jours» s’est amplifiée considérablement et les résultats en EVP (équivalent vingt pieds) pour 2011 renforcent la position de TangerMed maintenant relié à 125 ports dans le monde. Le transport passager et le TIR (transit international routier) ne connaissent pas une telle croissance. Ne faudrait-il alors repenser la politique tarifaire des passages du détroit de Gibraltar? Les prix des ferries sont parmi les plus chers au monde au kilomètre/passager. L’étude demandée par nos deux pays en 2003 sur la construction d’un tunnel ferroviaire sous le détroit montre qu’il ne sera réalité que grâce à une forte volonté politique. Si l’on veut améliorer le commerce et le tourisme entre le Maroc et l’Espagne et au-delà l’Afrique et l’Europe, ce devrait être la priorité.

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