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Evénement

Safi: Quand des chômeurs deviennent casseurs

Par L'Economiste | Edition N°:3587 Le 03/08/2011 | Partager
De violents heurts entre contestataires et forces de l’ordre
Une quarantaine de policiers blessés
Deux arrondissements complètement saccagés

Deux arrondissements ont été complètement saccagés et incendiés par les contestataires qui se sont mués en véritables casseurs

La ville de Safi a été lundi dernier le théâtre de violents affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. Tout a commencé vers 9 h du matin. Une quarantaine de manifestants, des enfants de retraités et d’anciens salariés de l’OCP, aujourd’hui décédés, ainsi que de jeunes diplômés chômeurs ont organisé un sit-in sur la voie ferrée reliant les locaux de l’Office au port commercial de la ville.
Ils ont alors tenté d’empêcher le passage des trains transportant la marchandise de l’Office, dont le soufre, vers le port. Leur but était ainsi de sensibiliser de manière provocatrice et extrême les autorités de la ville et de l’OCP au problème des listes de candidats au recrutement à l’Office.
La police est rapidement intervenue pour tenter de les raisonner et dégager la voie ferrée. Le premier train a pu passer, mais les manifestants ont ensuite réagi en jetant des pierres sur les policiers. Un peu plus tard, ils ont été rejoints par de jeunes adolescents et des enfants des quartiers pauvres de la ville, dont le fameux quartier Laklaiâa dont est issu Kamal Amari, le manifestant décédé en juin dernier. Ensuite, c’est la confrontation directe entre les contestataires et les éléments des forces auxiliaires. Des renforts de police sont arrivés et ont tenté de maintenir la voie ferrée libre. Cependant, comme les manifestants n’en finissaient pas de jeter des pierres, le train suivant, qui transportait des voyageurs, n’a pas pu passer. Il était, en effet, trop dangereux d’exposer les passagers aux jets de pierres. Aussi, les voyageurs ont été déposés à une vingtaine de kilomètres de Safi, dans le centre de Bougadra.
Plus tard dans la journée, les choses ont dégénéré encore plus. Les manifestants se sont transformés en de véritables casseurs. Ils ont pris d’assaut les locaux du Premier arrondissement et ont tout saccagé. Conséquence: destruction des archives et d’importants dégâts matériels. Moins d’une demi-heure plus tard, un autre arrondissement a été complètement mis à sac et incendié, avec d’aussi grosses pertes matérielles.
La police a fini par arrêter en flagrant délit de détérioration de biens publics une dizaine de personnes qui se trouvaient à l’intérieur de l’arrondissement. Aujourd’hui, des renforts policiers sont venus de Casablanca. En effet, l’on compte de nombreux blessés dans la police. «Une quarantaine de policiers se sont présentés à l’hôpital Mohammed V pour blessures légères et certaines un peu plus graves. Des plaies, des traumatismes et des contusions essentiellement. Ils ont passés des radios et presque la totalité des policiers ont pu ensuite rentrer chez eux. L’un d’entre eux, un peu plus atteint a dû rester hospitalisé cette nuit. Mais il est hors de danger», apprend-on auprès de la délégation de la Santé. La même source confirme qu’aucun manifestant ne s’est présenté à l’hôpital, de crainte, peut-être, d’être arrêté. C’est ce qui rend difficile toute évaluation ou confirmation du nombre de blessés parmi les manifestants.
Selon une source officielle, cette manifestation était organisée en marge de discussions entamées entre des associations de jeunes chômeurs, les autorités provinciales et municipales et l’OCP, le 12 juillet dernier. «Une réunion s’est déroulée pour revoir les listes des candidats à l’embauche dressées par l’Office. Des erreurs ont, en effet, été constatées et reconnues par des responsables qui s’étaient engagés à réexaminer ces listes et ensuite convoquer les candidats sélectionnés». Environ 800 jeunes auraient assisté à cette réunion. Ainsi, l’action de lundi a certainement été organisée pour faire accélérer cette procédure et mettre la pression sur les autorités.
Par ailleurs, la même source souligne que ces jeunes diplômés chômeurs sont manipulés par des groupes islamistes fortement présents à Safi et notamment la mouvance Al Adl Wal Ihssan qui aurait même «… engagé des personnes démunies pour provoquer les forces de l’ordre et les pousser à intervenir par la force», confie-t-il.

Safi, ville sinistrée

Bien que l’on ne puisse que condamner les méthodes des contestataires, qui se sont mués en véritables casseurs, certaines personnes dans la ville diront qu’elles ne sont pas étonnées de voir de tels incidents. Une source bien informée avait même prédit il y a quelques mois des événements de ce genre. En proie à un important taux de chômage, la ville de Safi ne parvient en effet plus à créer de l’emploi et de la richesse, suscitant le désespoir chez bon nombre de ses habitants. Les conserveries qui faisaient la renommée de la ville sont aujourd’hui à l’arrêt et les jeunes manquent totalement de perspectives d’avenir. L’OCP est le seul véritable employeur de la région. Dans ce contexte, les jeunes de Safi ont fortement adhéré aux mouvements de contestation qui ont traversé le Maroc. De plus, depuis la mort de Kamal Amari, ce jeune manifestant décédé en juin dernier, la tension est encore montée d’un cran dans le chef-lieu des Abda.

 

Marie-Noëlle RASSON

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