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Etats-Unis: Pourquoi la haine des gens ordinaires
Par Francis GHILES

Par L'Economiste | Edition N°:1869 Le 05/10/2004 | Partager

Francis Ghilès est Senior Fellow à la Euro Arab Management School de Grenade et membre du Conseil scientifique de l’Institut de la Méditerranée à Marseille. Il a été durant de longues années le spécialiste du Maghreb pour le quotidien britannique Financial Times. Il a donné et donne de nombreuses conférences et analyses sur le monde arabe et la Méditerranée C’est la situation économique qui, le plus souvent, détermine le résultat des élections dans les grandes démocraties occidentales. La progression du pouvoir d’achat, la création d’emplois nouveaux, la confiance des citoyens dans leur avenir et celui de leurs enfants sont les facteurs-clés des choix, au grand dam des spécialistes de politique étrangère qui rêvent de voir leurs concitoyens s’intéresser plus aux grandes affaires de ce monde. Aux Etats-Unis, la situation économique n’est guère encourageante pour l’immense majorité des concitoyens de George W. Bush. Les réductions d’impôts de ces quatre dernières années n’ont guère relancé l’activité économique mais plutôt bénéficié aux plus riches Américains.. La multiplication des déficitsLes divisions entre riches et pauvres, classes moyennes et une minorité de très riches, se sont aggravées. Les déficits budgétaires qui en résultent se paieront cher dans les années à venir. Le revenu moyen des ménages a chuté de l’équivalent de 1.220 euros (environs 13.000 DH) et, pour la première fois depuis la grande crise économique qui a suivi le krach boursier de 1929, l’économie a enregistré une perte sèche d’emplois sur quatre ans.On aurait pu penser que les trois questions centrales posées depuis l’invasion de l’Iraq en 2003 c’est-à-dire la corruption, le copinage et la compétence des responsables politiques et économiques, domineraient la campagne des élections présidentielles. En effet, l’effondrement de la compagnie Enron dont le PDG, Kenneth Lay, proche conseiller du président sur les questions énergétiques, a choqué. Cette faillite a jeté sur les pratiques de certains fleurons du grand capitalisme américain une lumière très crue. Les manigances frauduleuses de Enron expliquent que la Californie a été à court d’électricité, il y a quelques années. Ce qui avait coûté fort cher aux habitants de cet Etat. D’autres entreprises de grande envergure ont été ensuite convaincues de fraudes sur leur présentations de comptes, ce qui, aux Etats-Unis, les champions des retraites par capitalisations, est particulièrement dangereux.Les déficits énormes, de la balance commerciale et celle des paiements et du budget fédéral, se payeront au prix fort dans les années à venir. Ce sont les générations montantes qui en assumeront la charge. L’opinion publique américaine le mesure bien, sachant qu’il y a un risque de rompre la solidarité entre générations. Ceci est d’autant plus vrai que ni l’éducation ni la recherche ne bénéficient d’augmentation de budget bien que ces deux secteurs soient pourtant essentiels pour l’avenir des Etats-Unis. De son côté, le déficit de la sécurité sociale aurait pu être financé sans difficulté si tant est que l’administration républicaine ait utilisé le surplus hérité de la présidence Clinton a bon escient, plutôt que de le distribuer en baisse d’impôts qui avantagent une minorité des Américains.Reste l’environnement où cette administration s’est faite l’alliée privilégiée des grandes compagnies minières et pétrolières et n’a pas hésité à combattre, sur le plan international, toute mesure visant à restreindre les effets de serre et le réchauffement de la planète. Dans ce domaine, comme dans d’autres, le président et ses ministres ont tout fait pour restreindre l’accès des Américains à l’information.Ceci est encore plus vrai pour ce qui a trait à la grande mission que s’est fixée le président: combattre le terrorisme. L’aventure irakienne a apporté la preuve de tant de manipulations et de mensonges, de tant d’affirmations démenties par les faits, de tant de viols de la légitimité démocratique qu’il n’est guère exagéré de dire que le président a trahi la confiance que ses concitoyens ont placée en lui, qu’ils soient républicains ou démocrates.. Abus graves sur les droits de l’HommeLa détention de citoyens américains en dit long sur la détérioration grave que connaissent les libertés publiques aux Etats-Unis. C’est ce qui est arrivé à Yaser Esam Hamdi, citoyen américain, né en Louisiane et détenu au secret, sans aucun accès à son avocat, sa famille et ses amis, sur un bateau américain tout simplement parce que la Sécurité le suspectait d’être lié a Al Quaeda. Pendant trois ans, les autorités américaines lui ont refusé la protection de la Convention de Genève. Mais le dénouement de cette affaire est encore plus extravagant: les autorités ne retiennent plus d’accusations contre lui, mais ont décidé de le libérer à condition qu’il accepte d’être déchu de sa nationalité américaine et de “retourner” en Arabie Saoudite, le pays d’où étaient venus ses parents! Et, là-bas, il ne pourra pas voyager librement.On croit rêver! De quel droit un gouvernement choisit ceux qu’il incrimine d’actes terroristes? Les isole, les emprisonne pendant des années, ne retient plus les charges qui pesaient sur eux? Les oblige à renier leur nationalité? Décidément, les dirigeants américains ne se conduisent guère mieux que ceux d’une république bananière ou d’une méprisable dictature. Pourtant, les Américains prétendent être des parangons de vertu démocratique, de montrer la voie au monde et de refaire la carte, en la démocratisant, au Moyen-Orient.On comprend que dans de telles circonstances, les pays du Moyen-Orient (sauf l’Arabie Saoudite qui s’empressera sans doute de recevoir Yaser Esam Hamdi et d’imposer les restrictions à sa liberté que le protecteur américain exigera) n’ont que faire des prétentions américaines. Pour les pays européens, le dilemme est grand: jamais un dirigeant américain n’a été aussi impopulaire que George W. Bush; jamais le risque de divorce entre les deux rives de l’Atlantique n’a été aussi grand. Le peuple américain ne semble pas, dans sa majorité, avoir mesuré l’ampleur du désastre, du cul-de-sac à vrai dire, dans lequel les entraîne une politique de copains, de coquins et d’incompétence tant sur le plan économique interne que sur celui des relations internationales.Quelque soit l’heureux élu à la présidence en novembre prochain, il aura fort à faire. John Kerry aurait bien évidemment un style différent, moins méprisant que celui qui parle comme un cow-boy texan et qui, quand il est aux côtés du Premier ministre britannique Tony Blair, semble illettré. Il n’est pas sûr que John Kerry ait des positions très différentes de celles de George W. Bush sur la question Israël-Palestine. Quant à l’aide que certains grands pays européens telles la France ou l’Allemagne pourraient apporter aux Anglo-Américains en Irak, il est difficile d’imaginer Paris et Berlin s’engageant dans une aventure qui s’apparente de plus en plus à un bourbier, pour ne pas dire le plus grand fiasco depuis la guerre du Vietnam. . Les difficultés vont s’accroîtreGeorge W. Bush a envahi l’Irak en manipulant et en exagérant les risques que présentait la dictature (très laide, il faut le dire) de Saddam Hussein. Mais il réussit à faire le contraire de ce qu’il espérait, c’est-à-dire qu’il a réussi à créer une base de terrorisme nouvelle, au cœur d’une région déjà en proie a bien des difficultés. John Kerry, s’il gagne, aura bien du mal à s’en extraire, d’autant plus que le gouvernement actuel de l’Irak paraît falot, les élections prévues pour février prochain de plus en plus incertaines, le terrorisme de plus en plus la seule loi du pays. Que le peuple américain soit seul à ne pas se rendre compte que son président ait trahi sa confiance (pas seulement en politique étrangère mais aussi en politique économique et sociale) est le bon droit des citoyens. Qu’il ne s’étonne guère alors des réticences des dirigeants européens et de la haine croissante et du mépris que lui manifestent des millions de gens ordinaires de par le monde.George W. Bush n’a pas seulement trahi la confiance du peuple américain, il a trahi celle de tous ceux, Européens, Arabes ou autres qui savent tout ce qu’ils doivent aux Etats unis et à son peuple depuis un siècle.Peut-être que le peuple américain comprendra, d’ici à l’élection de novembre, à quel point son président a trahi les principes élémentaires de droit, d’équité et de respect pour ceux qui vous ont confié la lourde charge de diriger l’Etat. C’est le respect que les présidents successifs ont montré pour ces principes et pas seulement la puissance économique du pays qui, depuis l’indépendance acquise il y a plus de deux siècles, ont fait la grandeur des Etats-Unis. Si les dirigeants américains bafouent ces principes, les années à venir seront difficiles.

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