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Affaires

«Le luxe, c’est avant tout de l’émotion«
Entretien exclusif avec Yves Carcelle, PDG de Louis Vuitton

Par L'Economiste | Edition N°:2372 Le 29/09/2006 | Partager

. L’Economiste: Comment fait-on pour rester au top des marques de luxe depuis 150 ans?- Yves Carcelle: Vous avez raison de le rappeler. Louis Vuitton vient de fêter ses 150 ans d’existence. Dans une industrie comme la nôtre, je crois que la qualité est cruciale pour garder le leadership. Depuis dix-sept ans que je gère Louis Vuitton, je n’ai jamais reçu la moindre plainte sur un de nos produits. Au contraire, beaucoup de gens gardent les sacs Vuitton pendant vingt ans sans la moindre détérioration. Ce mélange de qualité et l’attachement aux traditions de la maison constituent notre force principale, et nos clients s’y identifient parfaitement. Par exemple, le procédé utilisé pour fabriquer les malles est le même depuis 1854. Quand un client achète un article Louis Vuitton, il achète un peu de la nostalgie du voyage, 150 ans d’artisanat et parfois des images qu’il a pu voir du dernier défilé de Marc Jacobs, notre directeur artistique. Tout cela fait une richesse incroyable et contribue à l’entretien du mythe de la marque. C’est cette constance dans la qualité qui nous assure la fidélité de nos clients et cette durabilité au sommet. . Quelle évaluation avez-vous faite du marché marocain?- De notre point de vue, les deux villes les plus importantes sont Marrakech -avec une forte clientèle touristique- et Casablanca. Nous avons d’ailleurs été surpris par la fréquentation de nos magasins par une clientèle essentiellement locale. Nous savons donc qu’il existe un potentiel de demande des produits de luxe. Nous sommes les premiers à nous installer, mais j’ai de bonnes raisons de penser que dans les mois qui viennent, d’autres marques viendront au Maroc. En général, l’installation d’une enseigne de luxe relève des standards sur l’environnement. Il faut que non seulement les magasins et les rues avoisinants soient beaux mais, en outre, que l’environnement soit protégé. On l’a constaté dans de nombreux pays, le luxe est un facteur d’embellissement des villes. N’oubliez pas que l’industrie du luxe est aussi un facteur positif pour le tourisme. Et pour le Maroc, c’est une belle carte à jouer. . Louis Vuitton est la marque la plus contrefaite au monde. Quelle est votre stratégie pour lutter contre l’«industrie du faux»? - En matière de protection des droits de propriété intellectuelle, notre politique est basée sur la tolérance zéro. Une équipe de 40 personnes est chargée de protéger nos droits un peu partout dans le monde. Nous y consacrons 15 millions d’euros chaque année. Parallèlement, nous sensibilisons les gouvernements sur les dégâts de la contrefaçon, et je dois dire qu’année après année, nous sommes entendus. Je reste aussi persuadé que la meilleure façon de lutter contre ce fléau, c’est de l’attaquer de front en offrant aux clients des produits authentiques. Notre protection tient aussi à la maîtrise totale de la distribution. Les vrais articles Vuitton ne sont vendus que dans nos propres magasins. . Où placeriez-vous le Maroc sur l’échelle des pays à contrefaçon?- Nous accueillons favorablement l’évolution de la législation de décembre 2004, qui a rendu effective la loi de 1997. Je constate aussi qu’il y a de plus en plus de saisies de produits d’imitation. En revanche, l’aspect dissuasif de la législation actuelle reste encore faible, mais il faut encourager le gouvernement à aller vers plus de sévérité face à ce phénomène. Les pénalités financières devraient être plus dissuasives qu’elles ne sont aujourd’hui. L’impossibilité d’engager une action au pénal avant d’épuiser la procédure au civil est un frein. Je reconnais cependant qu’une évolution a eu lieu. On est aujourd’hui au milieu du flanc.. Pourquoi avez-vous déclaré la guerre aux sites de vente en ligne?- Ce que nous reprochons à certains des revendeurs en ligne, c’est de se laver les mains de ce qu’ils exposent, allant jusqu’à faire de la promotion des articles de contrefaçon. C’est impardonnable. Nous avons engagé avec succès des actions en justice contre certains opérateurs. Ils ont été condamnés à de lourdes amendes. Lorsque vous avez un magasin, vous êtes responsable de ce que vous vendez. Il n’y a pas de raison à ce que les sites de vente en ligne décident de leur propre chef qu’ils sont au-dessus des lois. Il y a bien eu des actions menées contre ceux qui véhiculaient des idées nazies sur la toile. Notre objectif n’est pas d’inhiber la vente en ligne, mais nous demandons que ses opérateurs fassent le ménage chez eux.. Vous montez en régime sur le marché chinois, réputé pourtant comme le temple mondial de la contrefaçon…- Ça n’a rien de paradoxal. Nous avons été les premiers à croire en ce marché. Dès 1982, nous y avons ouvert notre premier magasin et nous sommes à 13 points de vente actuellement. Il faut considérer la Chine plutôt comme un réservoir de croissance que comme une menace. Sachez que, hors Hong-Kong et Taiwan, ce pays est le troisième marché mondial de produits de luxe. Nous assistons à un phénomène incroyable de ce qui sera dans le futur le premier marché mondial de l’industrie du luxe. En ce qui concerne la contrefaçon, le gouvernement chinois a montré sa détermination à lutter contre ce fléau. Par ailleurs, si la Chine est la première usine de contrefaçon du monde, les clients chinois s’intéressent de moins en moins aux articles copiés. C’est clairement aujourd’hui une activité d’exportation. C’est l’évolution inverse que l’on observe en Italie qui après avoir été une base industrielle de la contrefaçon, est devenue importateur du faux. C’est ce qui explique le changement d’attitude du gouvernement italien en termes de traitement de ce fléau. . Etes-vous conscient que vos magasins peuvent servir de levier de blanchiment de l’argent sale?- Nous sommes très vigilants sur cet aspect et nos procédures sont claires. Il arrive parfois que dans nos magasins sur les Champs Elysées, des touristes se voient proposer de l’argent pour acheter des sacs. C’est une chose contre laquelle nous menons une lutte sans merci en étroite collaboration avec les pouvoirs publics. Propos recueillis par Abashi SHAMAMBA & Wiam MARKHOUSS

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