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Culture

«La amants de Fès«
1er épisode: Une belle Française

Par L'Economiste | Edition N°:2334 Le 04/08/2006 | Partager

Mariya El Ghorfi écrit ici son premier roman, publié aux éditions Eddif, sous le titre «Les amants de Fès». Son roman relate l’histoire d’une famille de Fès au début du XIXe siècle. L’héroïne, Soussane, se trouve au cœur d’intrigues amoureuses, plutôt mouvementées. Convoitée à la fois par le père et le fils, elle va changer le cours de vie de la famille Benabed. De leurs voisins aussi. En toile de fond, c’est ce Maroc d’antan avec sa douceur de vivre, mais aussi ses dérives, ses femmes soumises, ses esclaves, ses codes sociaux, que l’auteur a choisi de décrire. L’Economiste en accord avec les éditions Eddif et Mariya El Ghorfi a décidé de retenir cette oeuvre pour son traditionnel «Feuilleton de l’été».--------------------------------Il était quatre heures du matin, l’aube était fraîche et à peine embrumée. La vieille médina se trouvait dans une enceinte aux murs de pisé couleur sable, hérissée de merlons pointus et de petites baies. Des faubourgs, on accédait à l’intérieur de la cité par de lourdes portes monumentales à un ou trois arcs concentriques, construites en pierres de taille. Leur encadrement rectangulaire était gravé de caractères coufi et de décors floraux. Ces arcs abritaient de lourdes portes en bois que l’on fermait au coucher du soleil et que l’on ouvrait au lever du jour, pour des raisons de sécurité. Ces portes divisaient également la ville en quartiers qui, le soir, ne communiquaient plus entre eux. La médina engourdie de sommeil commençait à s’éveiller et l’on apercevait, çà et là, des lueurs dans les petites fenêtres des maisons. Les ruelles étroites qui serpentaient la cité étaient encore désertes par cet hiver précoce et rigoureux. A l’intérieur des vieux remparts, dans une impasse, s’élevait la maison de l’hadj Mekki Benabed, riche négociant importateur en cotonnade, de la ville de Fès, d’une lignée puissante et enracinée. C’était l’une des plus cossues du quartier Batha. Construite par feu son père, l’hadj Abed, elle était un chef-d’œuvre d’architecture. Sa beauté remarquable témoignait du génie créateur des maîtres artisans qui y avaient laissé leurs empreintes. Habitation bourgeoise de style arabo-andalou, elle ne dévoilait son charme et sa magnificence que lorsqu’on y pénétrait. Elle était entourée d’une enceinte de hautes murailles, décourageant les malfaiteurs et les indiscrets. Poussée la grande porte extérieure en bois de cèdre, on accédait à un vestibule puis à un grand patio à ciel ouvert, revêtu de marbre assorti de zelliges. Au milieu de la cour, trônait une vasque de marbre blanc d’Italie, déversant une eau de source limpide. Une dentelle de stuc recouvrait la partie supérieure des murs de la maison, et des zelliges multicolores, la partie inférieure. Les kobbas ou pièces principales du rez-de-chaussée de la demeure donnaient sur le patio avec une vue sur le jardin, lieu de repos et de promenade où l’on savourait les moments de détente. Il était composé de plusieurs parterres où foisonnait une grande variété de végétation méditerranéenne: citronniers, orangers, bigaradiers, grenadiers, cyprès, jacarandas, mimosas, jasmins et rosiers. Enfin, au milieu de ce décor enchanteur, était blottie une loggia ou kiosque du jardin.La demeure comprenait un étage réservé aux maîtres des lieux et à leur grande famille. Le contexte arabo-musulman avec ses contraintes et ses obligations était omniprésent et limitait toute velléité d’indépendance. Seules les filles mariées quittaient le domicile pour rejoindre leurs époux, qui habitaient eux-mêmes avec leurs familles. Ainsi la maison abritait plusieurs générations à la fois. Quant aux domestiques, une aile au fond du jardin leur était affectée, tout près des cuisines et du hammam. A l’étage supérieur, se trouvait la terrasse, espace utile et privilégié pour les femmes et les enfants de la maison. C’était aussi un lieu de rencontres où se faisaient les connaissances et les présentations, et où s’organisaient des complicités et circulaient les informations et les idées. Les pièces étaient richement meublées et décorées. Brocart, satin, velours et tissus de soie couvraient les sofas, les coussins, les portes et les fenêtres. Lustres et miroirs en cristal de Venise scintillaient sous les lumières du jour, et la nuit, sous celles des bougies.. Vieux continentAu Maroc du XIXe siècle, la pression étrangère fut telle que des bouleversements économiques étaient survenus sur le plan interne. Le développement du commerce maritime et l’établissement de lignes régulières avec l’Europe étaient des facteurs décisifs dans ces transformations. Dans les foyers urbains, on assista à la montée d’une classe marchande. Le marché marocain s’ouvrit aux produits européens et à ceux qui y transitaient, ce qui conduisit à un changement dans les habitudes alimentaires et vestimentaires. Après les nombreux échanges commerciaux avec l’Afrique et l’Orient, les riches négociants ou toujjars s’étaient tournés vers le Vieux continent, d’où ils importaient thé, sucre, horlogerie, quincaillerie, cristallerie, argenterie, tissus brochés, soieries et cotonnades. Lesquels occupaient une place de choix. Fès était le centre de redistribution de ces matières, mais l’essor de ce commerce d’importation se fit au détriment de l’artisanat local et au profit d’une minorité de négociants qui virent leur fortune se faire grâce au volume des affaires brassées. L’hadj Abed faisait partie de cette catégorie d’hommes d’affaires. Il avait un grand commerce de tissus avec un bureau de liaison à Tanger. Ses transactions s’inséraient dans des réseaux nationaux et internationaux et étaient alimentées par des commissaires européens, installés au Maroc et qui l’obligeaient à de nombreux déplacements. Outre ce commerce, il possédait de nombreuses terres agricoles dans la région de Fès et y pratiquait avec des fermiers la culture des céréales et des légumineuses.Très jeune, il fit un mariage de raison en épousant lalla Khnata, une riche veuve fassie dont il eut plusieurs enfants, mais seuls survécurent Neftaha, la fille cadette, et Mekki, le fils aîné. Lalla Khnata avait fait de nombreuses fausses couches et avait perdu deux nourrissons. L’hadj Abed ne s’était pourtant pas inquiété ni remarié pour avoir d’autres enfants, surtout qu’à l’époque c’était chose courante. Le petit Mekki allait au m’sid pendant la matinée et le reste du temps, il le passait en compagnie de son père au hri, ou bien l’accompagnait dans ses nombreux déplacements et en profita pour accomplir avec son père le grand pèlerinage à la Mecque. L’hadj Abed voyait germer en son fils les graines d’un grand marchand et ne badinait plus avec son apprentissage. Au fur et à mesure qu’il grandissait, Mekki devenait indispensable à la bonne marche des affaires de son père qui, de son côté, voulait se retirer peu à peu de la vie active. A l’âge de dix-huit ans, Mekki fut marié à sa toute jeune cousine de douze ans, Meriem. De cette union, naissaient quatre enfants. Mamoun, Jaâfar, Saïd et Noufissa, qu’il adorait par-dessus tout, et dont il voulait être proche. Il voulait surtout tisser des liens d’amitié avec ses garçons comme l’avait fait son père avec lui. Un jour, l’hadj Abed apprit à son fils Mekki qu’il s’était remarié. Il lui avoua qu’il s’était follement épris d’une jeune et belle Française d’une vingtaine d’années. Elle s’appelait Sophie. Fille unique d’un commissionnaire d’une grande maison de commerce européenne installée à Tanger, elle était venue de Lyon, après le décès de sa mère, pour aider son père et aussi voir du pays, car elle était fascinée par les mystères et la magie des pays d’Afrique et d’Orient. Elle apprit un peu d’arabe et étudia certaines images données par les amoureux du Maroc, dans leurs récits enchanteurs, avant d’entreprendre son voyage.---------------------------------------.Lundi 2e épisode: Mamoun, Jaâfar et les autres

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