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Société

Quel avenir pour les délaissés de Jamaâ El Fna?

Par Ghizlaine BADRI | Edition N°:5866 Le 16/10/2020 | Partager
Les commerçants, artistes, restaurateurs de la place mythique en danger
Des impôts qui s’accumulent, des caisses qui restent vides et pas d’aides financières
Aucun revenu depuis 10 mois en l’absence de clients nationaux et internationaux

La Place Jamaâ El Fna est vide (Cf notre édition n°5865 du 15 octobre 2020). L’image paraît surréaliste, car le monde entier continue d’imaginer cette place légendaire avec son joyeux tumulte et son folklore millénaire. Malgré cela, ils sont quelques commerçants à résister et oser s’aventurer à ouvrir leurs magasins ou déposer leurs produits à même le sol,  malgré l’absence de visiteurs.

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La place Jamâa El Fna reste désespérément vide en l’absence de visiteurs nationaux et internationaux (Ph. GB)

Pour Bendiche Mbarek, Président de l’Association «Lha’ad Ljadid nourritures et boissons de la place Jemaa el-Fna», la situation est critique. «Il y a des commerçants qui se cachent le visage pour aller faire la manche dans la rue car il n’ont plus rien à manger! Nous sommes à l’agonie. Y a-t-il des responsables qui s’intéressent à notre sort?», déplore Bendiche.

Avec une centaine de chariots de nourritures et de boissons et plusieurs centaines de milliers de DH de dépenses entre charges et impôts, 90% de ces petits commerces ont mis la clé sous la porte. «Nous avons des charges très lourdes, entre les 1.200 DH mensuels de redevances versés à la régie de la préfecture pour payer l’emplacement, les 50 DH quotidiens qui représentent les frais du gardien, ainsi que les frais de stockage de nos carrioles tous les jours, nous n’arrivons plus à nous en sortir. Nous n’avons plus aucun revenu depuis près d’un an à présent…», lance le représentant, qui demande aux responsables et au Gouvernement une aide financière pour appuyer ces commerçants qui sont les plus nombreux de la place.

Car, même avec la reprise, la réduction des plages horaires pour exercer (17h à minuit), diminue fortement leur rendement et ne leur permet pas de rentrer dans leurs frais, est-il indiqué. «Nous avons contacté le Wali de la région Marrakech-Safi, pour avoir une autorisation de 24h afin de nous permettre d’augmenter nos bénéfices et réduire les frais de stockage de notre matériel toutes les nuits. Nous sommes en pourparlers actuellement et attendons sa réponse», poursuit Bendiche.

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Place Rahba à l’intérieur des rues commerçantes reste ouverte malgré tout dans l’attente d’éventuels touristes et visiteurs (Ph. GB)

Abdelhak Belkhadir , Président de l’Association des Commerçants et Artisans traditionnels de «Souk Jdid», le plus ancien de la ville, souligne de son côté que la crise sanitaire a massacré ces petits commerces depuis mars dernier. «Cela a anéanti les artisans qui venaient à peine d’investir, pour la haute saison, dans l’achat de nouveaux produits et le réaménagement de leurs commerces.

«Dans le Souk Sammarine, près de 5.000 artisans traditionnels sont regroupés en 28 associations. Toutes ces personnes se sont retrouvées du jour au lendemain sans aucun revenu. Nous avons adressé nos doléances aux ministères de l’Intérieur, du Commerce et du Tourisme pour demander l’annulation de notre impôt sur le revenu de 2020. Nous avons même appelé le secrétariat du Chef du Gouvernement, mais nous n’avons eu aucune réponse», regrette Belkhadir. Si le responsable avoue être dépassé par les événements, il ne comprend pas pourquoi leurs professions n’ont bénéficié d’aucune aide financière, sachant que des commerçants ont tout perdu du jour au lendemain.

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Abdelhak Belkhadir, Président de l’Association Souk Jdidi Jemaa el-Fna alerte sur la situation critique des commerçants de la place Jamâa El Fna (Ph. GB)

«Au-delà de la crise qui nous a tous terrassés, certains bazaristes ont perdu leurs tapis à cause des mites et d’autres leurs meubles en bois attaqués par des champignons. Il faut nettoyer régulièrement ce qui ajoute des frais supplémentaires», argue Abdelhak Belkhadir. Les artisans du cuir de la place, crient également leur colère face à une situation qui les rend perplexes.

«Pourquoi les autorités ne permettent-elles pas aux touristes nationaux d’accéder à la ville de Marrakech? Cela nous permettrait au moins de recommencer à travailler. Nous n’avons aucune plateforme web, qui nous permet d’accéder aux touristes étrangers même si depuis près de 20 ans plusieurs projets sont lancés, financés, ils finissent par avorter.

De plus, nous souffrons d’autres problématiques, le cuir doit être constamment aéré, car il se détériore…Nous subissons en silence des drames, des vies perdues et des familles entières brisées...», ajoute Abdelali El Idrissi, Président de l’Association «Amal» en artisanat traditionnel à «Souk Naal» dans le quartier Benyoussef, qui regroupe 45 magasins de cuir, sacs et chaussures.

Et les artistes de rue?

Amal Meriem, Présidente de l’Association des Artistes de la place Jemaa el-Fna, qui compte avec 5 autres associations culturelles et artistiques près de 400 artistes au total partage quant à elle ses interrogations par rapport aux aides apportées par le ministère de la Culture pendant cette crise sanitaire. «Nous sommes des acteurs culturels à part entière, nous avons largement contribué à l’essor de la place Jemaa el-Fna qui a été classée en 2001 dans la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco. Les dispositifs transversaux mis en place grâce au Fonds Covid-19 ont permis à plusieurs  artistes de bénéficier des dispositifs TadamonCovid initiés par le ministre de la Culture, Othmane El Ferdaous. Nous aussi sommes des artistes à part entière et souhaitons à présent que les responsables agissent et nous entendent pour sauver notre métier. Nos artistes et notre patrimoine se meurt de jour en jour dans l’indifférence générale», conclut la représentante de l’association des arts et du spectacle.

Ghizlaine BADRI

 

 

 

 

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