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Le Cercle des Experts

Les risques d’une financiarisation prématurée de l’économie marocaine

Par Hicham SAADANI HASSANI | Edition N°:5864 Le 14/10/2020 | Partager

Hicham Saadani Hassani est docteur ès sciences économiques et expert en finances de marché avec une expérience de 24 ans dans un Bureau de recherche d’analyse financière (Ph. Privée)  

Pour sa définition, la financiarisation serait une facette du développement du capitalisme en phase post-logique d’accumulation et qui s’est grandement nourrie des changements des modes de régulation de l’économie. 
Si, historiquement, le développement du capitalisme a reposé sur l’allocation du capital à l’augmentation des capacités de production et des performances industrielles, dans sa mutation financière, il s’en est progressivement déconnecté pour davantage normaliser le caractère spéculatif de l’investissement dans des actifs financiers.
La financiarisation de l’économie a ainsi consacré la prééminence des intérêts financiers sur ceux industriels, naguère vecteurs de progrès et de développement. Depuis, les arbitrages en matière d’investissement semblent obéir à l’objectif ultime de la maximisation de la valeur pour l’actionnaire avec une faible prise de risque, le plus souvent au détriment de l’amélioration de la productivité et de la rentabilité à long terme. Cependant, si tous les investisseurs se ruent sur les actifs financiers, les sous-jacents réels pourraient se révéler insuffisants pour les couvrir, particulièrement dans les moments de crise.
Ce mode d’accumulation à dominante financière s’est progressivement imposé au reste du monde même aux économies en développement, comme ce fut le cas pour le Maroc où ce processus semble avoir pris pied vers le milieu des années 90 avec la mise en œuvre des dernières réformes post-programme d’ajustement structurel, consistant dans le  décloisonnement des activités bancaires, la modernisation des marchés financiers, le lancement d’un vaste chantier de privatisations, etc.      
Loin de vouloir critiquer le bien-fondé de ces réformes, probablement nécessaires au moment de leur implémentation, force est de constater qu’elles ont produit, dans une certaine mesure, les mêmes effets que dans les pays avancés, avec une tendance à la financiarisation de l’économie marocaine.
Si dans les pays avancés, il s’agit d’une évolution dans le sens de l’histoire du capitalisme puisque l’accumulation à caractère financier se basait d’abord et, pendant longtemps, sur l’héritage de l’accumulation du capital industriel, au Maroc, elle s’est, en revanche, opérée plutôt prématurément dans la mesure où la phase une du process ne s’est encore complètement accomplie.  
La mutation peut prendre naissance au déclenchement de la vague de privatisations avant de s’enraciner au moment du décroisement des noyaux durs de contrôle, imposés justement au départ pour se prémunir contre tout risque de perte de la souveraineté nationale sur les centres de décision. La prise de contrôle par des investisseurs étrangers favorise encore davantage la logique actionnariale au détriment des intérêts économiques des entreprises et des pays. 

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La création du futur fonds d’investissement stratégique, décidée récemment par le Souverain, pourrait être un instrument d’accélération de la politique d’industrialisation du pays tout en s’assurant du maintien des conditions de souveraineté en matière de décisions des entreprises marocaines aussi bien industrielles que financières.

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Heureusement, pour le cas du Maroc et même si la financiarisation transparaît déjà via l’importance de la capitalisation boursière de Casablanca par rapport au PIB (près de 60% à fin 2019 contre 11% en 1993), le phénomène n’en est encore qu’à ses débuts. S’il semble inéluctable dans sa trajectoire, il faudrait peut-être le ralentir tant il est vrai que les fonds de pension anglo-saxons et autres fonds spéculatifs ne sont pas encore significativement présents dans le capital de nos entreprises nationales aussi bien via la Bourse qu’en Private Equity.
Ceci étant, il ne faut pas se méprendre sur la thèse présentement défendue, l’idée ne serait nullement de freiner l’expansion du marché financier mais d’en limiter les éventuels risques, notamment en matière de contrôle décisionnel au niveau des entreprises locales. A cet effet, il serait opportun de mettre en place un dispositif de verrouillage par le truchement de:
- L’élaboration d’un arsenal juridique incluant le principe de Golden share (avec une limitation dans le temps, sachant par exemple que la légalité de ce type de mesure a été remise en cause par la cour européenne) en faveur de l’Etat marocain dans le capital de toute entreprise considérée comme stratégique (publique ou privée) pour notre économie. Elle permettrait alors de détenir un droit de veto notamment sur les décisions contraires à l’intérêt national;
- Le conditionnement du débouclage des noyaux durs des entreprises à caractère stratégiques par suffisamment d’assurances sur la qualité et les intentions du futur repreneur, au-delà de la seule logique financière; 
- Le durcissement des conditions de cession du contrôle des entreprises nationales à des capitaux étrangers en imposant et en s’assurant du respect des engagements en matière d’intégration industrielle, de modernisation des outils de production et de sauvegarde (sinon de renforcement) des emplois.
Le tout, bien évidemment, devrait en principe s’inscrire dans le cadre d’une stratégie d’industrialisation qui tient compte des priorités en matière de filières et de maillons cruciaux sur des chaînes de valeur identifiées en amont.

 

Influences monétaristes

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Milton Friedman, 
prix Nobel d’économie

La montée du capital financier a coïncidé avec la reprise par les politiciens des idées monétaristes, portées par le prix Nobel d’économie M. Milton Friedman et par l’école dite de Chicago notamment dans l’objectif de faire face à la stagflation des années 70. En réalité, ce fut davantage un pilotage de l’économie par la monnaie qu’une mise en œuvre des préceptes monétaristes qui visent en bout de ligne le contrôle de l’inflation.
L’application d’une politique monétaire excessivement restrictive avait alors induit un recours massif des opérateurs économiques vers des financements de marché. Développement qui allait prendre de l’ampleur avec la dissipation des tensions inflationnistes et l’initiation d’une vague de dérèglementation dans les années 80. Ce qui a fortement dopé l’importance des marchés financiers, devenus seuls à même de pouvoir nourrir les niveaux de rentabilité exigés par les investisseurs. 

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