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Agriculture: Gérons au mieux le peu d’eau dont nous disposons encore

Par Pr. Hassan CHLYAH | Edition N°:5862 Le 12/10/2020 | Partager

Professeur émérite de l’Université Mohammed V et ancien doyen de la fac des Sciences de Rabat, le Dr. Hassane Chlyah est ingénieur en agronomie, détenteur d’un doctorat d’Etat en Biotechnologie (Ph Privée)

D’ici à 2070, un tiers  de l’humanité pourrait vivre dans des conditions climatiques extrêmes.  Ce sont les conclusions d’une étude publiée en mai 2020 dans la revue américaine Proceedings of the National Academy of Sciences.  La température augmenterait de 3°C et la température ressentie pourrait être de 7,5°C.  Le Maroc se situe dans la zone sud de la méditerranée qui reçoit le moins de précipitations, la F.A.O. confirme la raréfaction progressive des ressources en eau.

On n’en est pas encore là.  Cependant, pour les deux prochaines décennies au moins, il faut gérer le peu d’eau dont nous disposons encore par diverses mesures.  Nous en citons quelques unes qui nous semblent les plus importantes.

- Culture des semences paysannes: Durant des siècles, les agriculteurs ont choisi leurs semences sur les plus beaux plants de variétés spécifiques adaptées à leur environnement, à divers stress, le stress hydrique en particulier.

- La recherche scientifique: Divers laboratoires universitaires, d’instituts de recherche agronomique et d’entreprises semencières sélectionnent des variétés (céréales en particulier) pouvant être sobres pour la consommation d’eau et supportant des températures élevées.  Ces travaux reposant sur la manipulation de gènes, des hybridations pour transfert de gènes, permettent de créer chaque année, des variétés plus performantes, pouvant tolérer un stress plus important.

Pour l’économie d’eau on peut citer:

- La purification et le recyclage des eaux usées, le dessalement des eaux des nappes phréatiques etc. 

- La numérisation de la fourniture d’eau. Les données d’observation spatiale et de géolocalisation permettent le suivi en temps réel de l’état des cultures, des ressources hydriques etc. Le suivi spatial permet une gestion raisonnée des intrants, dont l’eau d’irrigation; ceci est rendu possible par le développement de la robotique agricole qui utilise le système de géolocalisation européen Galileo pour un positionnement précis: un drone peut préciser la date d’irrigation et la quantité adéquate donc une économie d’eau.

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Recherche scientifique, dessalement d’eau de mer, recyclages des eaux usées, semences paysannes.... ces mesures pourraient être utilisées pour les deux prochaines décennies au moins pour gérer les ressources en eau (Ph L’Economiste)

Des algorithmes sont déjà utilisés pour irriguer des cultures et des champs permettant d’économiser l’eau.  D’autres algorithmes pourraient permettre de généraliser l’irrigation au goutte à goutte pour toutes les spéculations agricoles dont l’arboriculture y compris l’arganier et le palmier dattier.

- Le dessalement d’eau de mer pour irriguer les cultures dans les zones côtières.

Toutes ces mesures qui visent à adapter les plantes au stress hydrique et à économiser l’eau seraient de moins en moins efficaces quand le changement climatique devient très sévère. Ce qui amènerait les agriculteurs à ne plus cultiver des plantes gourmandes en eau, comme le maïs par exemple, et avoir recours à des espèces très sobres (le sorgho, le mil…).  Le mil nourrit plus de 100 millions de personnes dans les régions les plus arides en Inde et en Afrique.

Par ailleurs, la recherche scientifique devrait s’intéresser aux plantes adaptées aux conditions extrêmes dans le désert et sur les côtes (tolérant l’eau salée).  On chercherait à rendre ces plantes comestibles (réduction de fibres, augmentation de protéines etc.).  La physiologie de ces plantes pourrait inspirer à développer des plantes ayant les mêmes résistances.

Technique de la ferme verticale

Quand la température atteindrait des niveaux tels qu’aucune plante cultivée ne pourrait supporter, alors les plantes seraient cultivées dans des conditions totalement artificielles dans ce qu’on appelle déjà «la ferme verticale».  C’est une sorte de serre où les végétaux occupent des étagères.  Le support des plantes serait constitué de déchets recyclés et stérilisés.  Concernant l’eau, les plantes pourraient être cultivées en hydroponique en circuit fermé, sinon l’eau est fournie en gouttelettes;  il y a donc une grande économie de l’eau.

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Dans la plus grande ferme verticale au monde, située au New Jersey (U.S.A.), l’eau est fournie sous forme de vapeur (mist) dirigée d’en bas vers les racines.  Les concepteurs de cette serre verticale assurent économiser 95% d’eau par rapport à la fourniture d’eau en milieu naturel. La lumière provient d’énergie solaire (Ph AFP)

Dans la plus grande ferme verticale au monde, située au New Jersey (U.S.A.), l’eau est fournie sous forme de vapeur (mist) dirigée d’en bas vers les racines.  Les concepteurs de cette serre verticale assurent économiser 95% d’eau par rapport à la fourniture d’eau en milieu naturel. La lumière provient d’énergie solaire; dans la ferme du New Jersey, on fournit uniquement la longueur d’onde préférée par la plante, donc une grande économie d’énergie. Tout le fonctionnement de ce type de serre, y compris la nutrition, est rigoureusement contrôlé par des robots.
Un autre intérêt de ce type de serre: on peut les installer en zone urbaine et périurbaine; cela pourrait constituer une source d’emploi.

La serre verticale ne constitue pas encore une alternative à l’agriculture; elle devient cependant un recours pour des pays déficients en terres agricoles comme le Japon qui exploite déjà quelques centaines d’unités pour réduire les dépenses d’importations alimentaires.

Même si les années 2050-2060 sont encore lointaines, notre pays devrait commencer dès maintenant à initier ce type de technologie d’autant plus que l’augmentation de la température interviendra plus tôt dans nos régions que dans les zones situées plus au Nord.

L’agriculture urbaine, un laboratoire de recherche sur l’alimentation durable

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L’agriculture urbaine est une autre façon d’économiser l’eau. Les cultures peuvent être hydroponiques en circuit fermé.  L’agriculture urbaine pourrait constituer un espace d’expérimentation pour les cultures biologiques, le recyclage des eaux usées et  des déchets organiques ménagers (composte),  et la récupération des eaux de pluie.
L’agriculture urbaine permet de tisser des liens avec l’enseignement et la recherche. C’est un laboratoire pour la recherche sur l’alimentation durable, la transition écologique, la production d’énergie à partir de déchets, le tri et la collecte de déchets ainsi que la recherche pour une stratégie de maîtrise énergétique.

                                                                                      

Elevage d’insectes: Très peu utilisateur d’eau

• Il sera dans les prochaines décennies l’un des secteurs les plus importants de l’agriculture

• Et fournira un système alimentaire durable et naturel

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Deux milliards d’êtres humains mangent des insectes, en Afrique, Asie et Amérique du Sud.  Il existe plus de six millions d’espèces dont plus de 2.000 sont comestibles.  L’élevage d’insectes constitue une source de protéines qui se substituera progressivement aux sources de protéines produites par l’élevage de bovins et ovins. 

Dans les prochaines décennies, l’élevage d’insectes  contribuera au ralentissement puis l’arrêt de la déforestation visant à libérer les terres pour cultiver le soja destiné à l’élevage de bovins, donc un effet positif sur la réduction de l’effet de serre en plus d’une très grande économie d’eau...

Les pays asiatiques possèdent des fermes d’élevage d’insectes; des associations multiplient les initiatives pour développer la recherche et l’industrie de l’entomoculture. On peut citer comme insectes d’élevage le grillon, le ver de farine, la mouche soldat noir, le criquet, le scarabée etc.

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La production de protéine est destinée à nourrir des animaux de compagnie (croquettes pour chien), le poisson d’élevage et même à la production de steak à base de protéines d’insectes (programme INRA France- Ecole agronomique Paris).

Ce type d’élevage permet la valorisation des déchets organiques dévorés par les larves.  Une start-up élève des insectes sur des déchets ménagers riches en nourriture.  Peuvent aussi servir comme nutrition de larves des coproduits agricoles (son de blé, résidus de betterave et de brassage de céréales).

La fabrication d’engrais à base de déjections d’insectes est déjà programmée par des start-up en Espagne et en France. Signalons enfin qu’un grand site d’élevage d’insectes (5 ha) est installé en Picardie (France).  Il produit déjà 1000 tonnes de protéines par an et vise à atteindre 10.000 tonnes. L’élevage d’insectes sera dans les prochaines décennies l’un des secteurs les plus importants de  l’agriculture et fournira un système alimentaire durable et naturel.

 

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