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Le Cercle des Experts

Débats malheureux sur les doubles nationalités

Par Khalil HACHIMI IDRISSI | Edition N°:5860 Le 08/10/2020 | Partager

Directeur général de l’agence Maghreb arabe presse depuis 2007, Khalil Hachimi Idrissi a aussi été à la tête de journaux tels que Aujourd’hui le Maroc ou Maroc Hebdo. Diplomé de géographie (3e cycle) Panthéon Sorbonne à Paris, il est aussi un très grand poète, parmi les meilleurs poètes vivants en langue française (Ph. Privée)

En cette fin d’été, triste et peu lumineux, nous avons été surpris par un faux débat, qui a toutes les caractéristiques d’un piège, sur la loyauté des binationaux marocains à l’égard de leur pays d’origine.

Pourquoi ce thème? Pourquoi maintenant? Et quel intérêt avons-nous à allumer, aujourd’hui, la flamme de cette discorde qui a divisé le pays durant une bonne partie de son histoire. Des protégés (Himaya) des chancelleries étrangères d’autrefois aux binationaux d’aujourd’hui.

Sur le fond, l’idée de loyauté dans son acception simple est un euphémisme. Elle renvoie à un concept plus problématique, et plus définitif, celui de trahison. Là on ne rigole plus. Les déclinaisons notamment pénales de la trahison font froid dans le dos.

Des questions qui n’ont pas de sens

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Recueil de chroniques sur tant d’espoir et tant de déceptions

Est-ce qu’un binational qui signe une pétition raide, et inutilement agressive, qui cloue au pilori la politique de l’Etat dans le domaine culturel, et dans les domaines des libertés, est un traître? Et comment alors appeler son homologue signataire qui n’est pas binational: un opposant, un nihiliste?

Le fait d’avoir, en sus, une nationalité autre que la marocaine devient, selon cette vision, un élément constitutif de la trahison. Pour l’autre, le «mono-national», son cas relèverait plus simplement de la liberté d’expression. A la bonne heure! La binationalité limite-t-elle, donc, la jouissance d’une liberté d’expression pleine et entière dans l’un ou l’autre pays?

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Un recueil d’éditoriaux

Sur un plan plus factuel, est-ce que le fait pour un binational de faire partie de la Commission de Benmoussa sur le nouveau modèle de développement est un facteur aggravant? A-t-il accès, lui que nous avons été chercher pour ses qualités distinctives, à des secrets d’Etat qui peuvent profiter, à notre détriment, à son nouveau pays d’adoption?

On peut inverser la question: ne va-t-il pas nous faire profiter de cette situation bancale et nous transmettre opportunément des savoirs, des expériences, des connaissances plus ou moins pointus acquis dans son nouveau pays d’adoption? Auquel cas, il serait qualifié par ses nouveaux compatriotes de traître à sa nouvelle patrie et il serait menacé de déchéance comme François Hollande, dans sa grande pertinence, en a eu l’idée, pour les extrémistes, même nés en France, lors de son éphémère mandat de président de la République française.

Pétition malheureuse

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En novembre 2009, SM le Roi avait clos le débat, notamment pour ce qui concerne nos compatriotes du Sud, séduits par les sirènes de Tindouf, en affirmant: «En toute responsabilité, Nous affirmons qu'il n'y a plus de place pour l'ambiguïté et la duplicité: ou le citoyen est marocain, ou il ne l'est pas. Fini le temps du double jeu et de la dérobade. L'heure est à la clarté et au devoir assumé. Ou on est patriote ou on est traître».

Nous ne sommes, certes pas, dans la même situation dans le débat d’aujourd’hui. Nous ne sommes pas confrontés au séparatisme qui est, comme chacun sait, une forme très achevée de trahison. Nous sommes face à une pétition malheureuse, celle des 400, dont une bonne partie des comparses regrette, désormais, la manière, la forme et le fond.

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Poésies

Le plus choquant dans cette pétition est que les plus sévères avec l’Etat, supposé être définitivement liberticide, sont ceux qui ont durablement bénéficié des subventions publiques dans le cadre de la politique, de ce même Etat, de soutien à la culture. S’ils rendaient l’argent, ils gagneraient en crédibilité. Non?

                                                                    

Une affaire picrocholine

Le 11 août dernier, quelque 400 personnes et personnalités en vue de déclarant artistes, publient une pétition indiquant qu’elles ne se sentent plus être libres de leur création au Maroc. La pétition cite l’emprisonnement très connu de notre confrère Omar Radi ainsi que diverses manifestations sociales dans le Rif moins connues.

Dix jours plus tard, une autre pétition comportant 670 signatures prend l’exact contrepied de la première. Elle critique la position «des 400» en comparant la situation actuelle des libertés avec celle «qui existait durant les années de plomb» Cette deuxième pétition est ensuite rejointe par une partie des signataires de la première.

L’affaire picrocholine aurait dû s’arrêter là. Sauf qu’elle prend un autre chemin: «qui est vraiment loyal vraiment à son pays?», avec une bataille de mots autour des doubles nationalités, nombreuses au Maroc. Même au début de l’Indépendance le Maroc avait évité ces thèmes, sur lesquels poussent rapidement les graines de la haine.

En ramenant la dispute à ses proportions de départ, une discussion un peu vive sur la liberté créative, Khalil Hachimi Idrissi s’élève fortement contre le risque de glissement vers le séparatisme.

 

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