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Economie

Exclusif - Sortie à l’international: «Une excellente opération pour le Maroc compte tenu du contexte»

Par Moulay Ahmed BELGHITI | Edition N°:5852 Le 28/09/2020 | Partager
Le Trésor obtient des conditions meilleures que celles de 2019 à périmètre comparable
Une économie sur les charges d’intérêt de 300 millions de DH par an
L’émission préserve les avoirs extérieurs
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Mohamed Benchaâboun, ministre des Finances: «Il n’a jamais été question de lever 2 milliards d’euros, nos réserves de changes sont très confortables équivalant à plus de 7 mois d’importations» (Ph. MEF)

En dépit du contexte marqué par la pandémie du Covid-19, le Maroc s’est illustré sur les marchés financiers internationaux. En décrochant un taux moyen de 1,66% pour le milliard d’euros levé via l’eurobond, le Maroc a obtenu des conditions de financement remarquables dans une période marquée par les incertitudes par rapport aux effets futurs du Covid-19. Ces conditions permettent au Trésor de réaliser une économie sur les charges d’intérêts de la dette 300 millions de DH par an. Timing, conditions, modalités… Mohamed Benchâaboun, ministre des Finances, confie exclusivement à L’Economiste les contours de cette émission de dette souveraine à l’international.

- L’Economiste: Le timing de cette sortie sur le marché financier international (MFI) était-il adéquat compte tenu du contexte?
- Mohamed Benchaâboun:
La sortie sur le marché financier international était programmée pour le début de cette année. Toutefois, le déclenchement de la pandémie du Covid-19 en mars nous a poussés à reporter à plusieurs reprises cette sortie en raison de la dégradation des conditions de financement sur ce marché. Nous ne voulions pas sortir avec n’importe quel coût notamment après la sortie très réussie de novembre 2019. Les marchés se sont améliorés depuis, mais le contexte actuel est toujours instable marqué par des incertitudes liées à l’évolution de la pandémie. Ces incertitudes sont d’autant exacerbées par un risque de reconfinement plus prononcé qui mettrait à mal l’économie mondiale.
Dans le monde de la finance, ce contexte incertain crée beaucoup de volatilité sur les marchés et les investisseurs affichent une grande aversion au risque. Malgré donc ce contexte très difficile, le crédit Maroc a reçu, comme par le passé, un accueil très favorable de la part des investisseurs internationaux en raison de ses atouts incontestables: stabilité politique, un track record confirmé en matière de réformes structurelles et de stratégies sectorielles ambitieuses qui permettent de renforcer la résilience de notre économie et sa diversification pour un meilleur ancrage dans les chaînes de valeurs internationales. Ce constat est également partagé par les agences de notation dans la mesure où le Maroc est l’un des rares pays d’Afrique et de la région MENA à avoir pu maintenir son investment grade depuis plus de 10 ans malgré les grandes turbulences qui ont secoué le monde et la région durant cette dernière décennie.

- Comment jugez-vous les conditions de cette sortie?
- Excellentes. Malgré le contexte difficile dont je viens de parler, lever 1 milliard d’euros sur 2 tranches de 5 ans et demi et 10 ans avec des coupons de 1,375% et 2% respectivement, soit un coût moyen de 1,69% est une excellente opération pour notre pays. Bien entendu, il ne faut pas comparer ces conditions avec celles de la sortie de 2019 car le monde de l’ère d’avant Covid est totalement différent de celui que nous traversons aujourd’hui qui est très complexe et plein d’incertitudes.
Dans ce contexte instable et imprévisible, nous avons effectué un suivi très rapproché du marché en concertation avec nos quatre banques conseil pour finalement choisir cette fenêtre pour sortir et être assurés d’avoir des conditions aussi favorables que celles que nous avons obtenues. A titre d’information, si nous étions sortis au mois de mai dernier, nous aurions payé un coupon de 3,10% pour une maturité de 10 ans contre un coupon de 2% pour l’actuelle émission, soit une économie de plus de 100 points de base. Par ailleurs, cette sortie va nous permettre de remplacer une ancienne dette, d’un même montant, qui était assortie d’un taux d’intérêt de 4,5% par une nouvelle dette assortie d’un taux d’intérêt moyen de près de 1,7%. Concrètement, ceci va se traduire par une économie de près de 300 millions de DH par an au niveau de la charge des intérêts.

Une économie de plus de 100 points de base par rapport à une sortie en mai

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Compte tenu du contexte, le Maroc a pu obtenir «d’excellentes» conditions de financement. Un coût moyen de 1,66% est considéré comme un taux bas. Il permet une économie de 300 millions de DH par an

- Le marché semble quelque peu déçu du montant. N’auriez-vous pas pu lever davantage?
- Dès le lancement de cette émission, nous avons projeté de lever 1 milliard d’euros pour rembourser la tombée d’octobre 2020 d’un même montant. Certes, nous avons supprimé le plafond des financements extérieurs pour cette année pour pouvoir mobiliser davantage de fonds et limiter l’impact des mesures prises pour faire face à la pandémie du Covid-19 sur les avoirs extérieurs du pays, mais il n’a jamais été question de lever 2 milliards lors de cette émission dans la mesure où nos réserves de change sont à un niveau très confortable avec l’équivalent de plus de 7 mois d’importations après notamment la mobilisation de près de 3 milliards de dollars auprès du FMI au titre de la LPL (ligne de précaution et de liquidité). De plus, notre stratégie en matière de financement se base sur la diversification de nos sources de financement et de nos bailleurs de fonds et dans ce cadre nous avons encore un potentiel de mobilisation auprès de nos bailleurs de fonds classiques tels que la Banque mondiale, la BAD et la BEI, ainsi que les bilatéraux (KFW, AFD entre autres).
Vous avez parlé d’une certaine déception du marché qui souhaitait une levée plus importante du Trésor sans doute pour soulager le déficit de liquidité du système bancaire. Sur ce point, je voudrais préciser qu’on ne peut pas combler un déficit de liquidité provenant de l’augmentation sans précédent de la circulation fiduciaire par l’emprunt extérieur quand la solution réside dans le retour de la monnaie fiduciaire dans les circuits bancaires.

- Pourquoi avoir choisi le marché de l’euro, le marché US n’aurait pas été plus judicieux?
- Il est vrai que le marché du dollar US est généralement plus profond que le marché de l’Euro avec une base d’investisseurs plus large. Cependant, notre choix de faire une levée en euro s’explique tout simplement par notre objectif de refinancer la tombée de 2020 -qui est elle-même en Euro- sans subir le risque de change.

- Quel impact attendez-vous de cette émission outre le fait de rembourser une précédente arrivant à échéance?
- Comme vous dites, cette émission servira d’abord à refinancer la tombée de 2020. De la sorte, nous éviterons de puiser sur nos avoirs extérieurs pour la rembourser et ainsi nous allons pouvoir maintenir une marge suffisante au niveau de ces avoirs dans un contexte où il est encore difficile d’évaluer avec exactitude les effets futurs de la crise du Covid-19 sur notre économie tant que nous n’avons pas encore une idée précise combien cette crise durera. De plus, ce refinancement de la tombée de 2020 nous évitera de pomper sur la liquidité intérieure qui aurait ainsi aggravé davantage la situation de déficit important de la liquidité bancaire. Cela aidera en conséquence à éviter un durcissement des conditions du financement intérieur aussi bien pour le Trésor que pour le reste de l’économie.

Propos recueillis par Moulay Ahmed BELGHITI

                                                                              

Plus de recours au MFI pour cette année

Cette sortie sur le MFI de septembre sera l’unique de l’année. Mohamed Benchaâboun  le confirme à L’Economiste. Il révèle cependant que «d’autres projets de financements extérieurs sont dans le pipe auprès des autres bailleurs de fonds étrangers classiques dont l’enveloppe allouée au Maroc a été augmentée pour supporter les efforts de notre pays à faire face aux implications de la pandémie du Covid-19 sur l’économie marocaine». Ceci étant dit,   le ministre des Finances soutient que «le marché domestique demeurera la principale source de financement pour le Trésor» conformément à la stratégie de financement du pays.

 

 

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