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Opinions & Débats

Opinion: Ce que le gouvernement aurait pu faire

Par Farid ZERROUQ | Edition N°:5834 Le 02/09/2020 | Partager

Président du Groupe de réflexion sur le développement durable (GRDD), le Pr. Farid Zerrouq enseigne le génie des procédés et de l’environnement, à Fès. Responsable de l’équipe de recherche, QHSE-RG, et auteur de nombreux articles et études, il a présidé ou contribué à plusieurs congrès, colloques et workshops internationaux sur les questions de l’environnement, l’enseignement supérieur, la Qualité-SSE et le développement durable, au Maroc et à l’étranger (Ph. Privée)

Normalement, on gouverne selon une stratégie, avec des objectifs, des actions, une évaluation en continu, entraînant des corrections, et ainsi de suite. Gouverner, ce n’est pas colmater les brèches. C’est agir, c’est prévoir la parade.

Quand la stratégie s’avère inefficace, on se met à table, on analyse, puis on élabore une nouvelle stratégie, de nouveaux objectifs, de nouvelles actions, dans la concertation, avec toujours, une évaluation en continu, non pas pour faire la fête, avant même d’avoir fini, mais pour voir les écarts par rapport au chemin, et l’impact de nos actions sur notre cible.

Le gouvernement porte l’entière responsabilité de la situation que nous vivons aujourd’hui: hésitations à la veille de l’Aïd, lundi noir et sa grande ruée. Ouverture des mosquées et des cafés, restaurants, etc., mais frontières fermées, privant notre pays de deux sources majeures de financement du budget: les touristes et les Marocains du monde.

Dompter la bête

Il faut se donner les moyens de faire appliquer le port de masque obligatoire, sur les lieux publics: plus de personnel, sensibilisation, sanctions sévères.
Il était urgent d’augmenter la capacité des hôpitaux, et de mobiliser de nouveaux personnels dans la Santé et dans la Sécurité (étudiants de médecine, des ISPITS, des écoles de gendarmerie et de police, des secouristes bénévoles, et donner à manger convenablement, à tout ce monde.),
Il fallait organiser un travail par équipe, pour lutter contre le surmenage et le burnout du personnel soignant et de sécurité.
Il faut maintenant faire des stocks suffisants de médicaments, anticiper les commandes de vaccins, même avec les risques de perdre de l’argent, c’est mieux que d’être en pénurie.
Il faut absolument réhabiliter le personnel soignant et les forces de l’ordre. Le gouvernement peut dès aujourd’hui annoncer des augmentations conséquentes, à partir de 2022, sur 3 ans, c’est-à-dire quand nous aurons remonté la pente.

Produire pour survivre

Mettre en place des mesures incitatives, comme moins de charges sur les entreprises les plus performantes, à l’inverse de ce qui se fait actuellement.
Accompagner les entreprises pour diminuer les risques de contamination sur les lieux de travail.
Revoir notre mix agricole, pour plus d’autonomie, et passer des accords pour l’import des produits de première nécessité, que notre pays ne peut ou n’a pas intérêt à produire lui-même, comme le blé. Il faut revoir ces choix, comme la filière sucrière, qui nous coûte les yeux de la tête. Nous pouvons en garder une partie pour une production stratégique, et convertir l’autre partie.
Optimiser les dépenses de l’Etat et n’importer que ce qui est strictement nécessaire.
Emprunter auprès des citoyens. Je propose 15% des salaires, obligatoire, sans intérêt, et jusqu’à 35%, au choix, avec des intérêts intéressants, que l’Etat va prélever le temps de la crise, et qu’il remboursera aux citoyens, une fois notre économie remise à flot.
Il y a des centaines de polytechniciens, de centraliens, de lauréats de prestigieuses universités américaines, françaises, européennes et internationales. Combien sont membres du gouvernement ou de notre parlement?
C’est peut-être le moment de mettre en place un nouveau dirham, qui vaudrait un peu plus de 12-13 dirhams face au dollar et en finir avec la compensation, pour enfin passer à l’ère de la réalité des prix.

Réorganiser le temps

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Les campagnes pour le masque sont difficiles à faire passer (Ph. Jarfi)

Il faut réorganiser notre temps: Les heures de départ et de sortie du travail doivent être étalées sur 4-5 heures, avec horaire continu. Départ de 6h à 10h et sortie de 15h à 19h. Cela évitera l’encombrement dans les transports et l’optimisation de la logistique.
Différencier les jours de repos tout au long de la semaine pour éviter l’encombrement. Etaler les vacances annuelles, sur différents mois.
Dans l’enseignement, il faut diviser les classes en deux groupes: de 7h à 13h et de 13h à 19h. La charge supplémentaire des enseignants peut leur être payée sous forme de rappel, à la sortie de crise.

Mise à niveau

Il est important de profiter de cette situation, pour régler des cas de dysfonctionnements de notre tissu de production et de la société marocaine. L’occasion ne se représentera peut-être pas de sitôt:
- Réorganiser le secteur informel: Des matricules, des formations, des règles, des espaces de proximité, aménagés, des contreparties à la commune, pour le nettoyage, etc.
- Généralisation obligatoire de la CNSS et de la retraite, au sein des entreprises. Sanctionner lourdement au besoin.
- Généralisation de la carte d’identité, des actes de mariage, des livrets de famille, etc.
Oui, ce n’est pas facile du tout, alors je n’ai pas d’autre choix que de vous dire, bon courage, et encore une fois, nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge.

                                                                                                

Pourquoi tant d’incohérences?

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En un mois les morts du Covid-19 ont triplé au Maroc, sans que l’on sache pourquoi, sans changement de stratégie (Infographie L’Economiste)

La pandémie s’est installée durablement, hélas! Sommes-nous en train de perdre la bataille? Après le très long confinement de plusieurs quarantaines de jours, les indicateurs, au lieu de poursuivre leurs tendances baissières, ils se sont littéralement emballés, pour atteindre entre 1.000 à 2.000 cas par jour, et un total de plus de 1.000 décès.

Si la gestion de la crise a été très bien conduite, au tout début des événements, suscitant les éloges et l’admiration du monde entier (moi-même, j’avais loué les efforts du gouvernement, sur ces mêmes colonnes, mais j’avais dit que la bataille n’était pas encore gagnée), aujourd’hui, comme si on avait changé d’équipe dirigeante, c’est la panique à bord, des décisions incompréhensibles, prises à la hâte, sans aucune concertation. Que s’est-il passé, pourquoi tant d’incohérences, de précipitations et de manque de concentration et de discernement?

 

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